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Avant-propos
L’ignorance porte à croire et à prier,
la connaissance à prier de croire.
par willy bohane
PhiloScience
Homo Conscius
Il est l'Oublié, celui qu'on a laissé sur le bas-côté à force de recomposer des squelettes avec des os ou leurs fragments. A force de les mesurer ou de calculer le volume des crânes sans jamais se soucier de leur contenu qui, c'est vrai, ne pouvait pas, vu leur consistance molle et biodégradable, devenir des reliques et perdurer des siècles, des millénaires, comme les vestiges qui alimentent les musées. 

Il n'apparaît donc nulle part. Ni dans les livres d'école, ni dans les manuels de sciences naturelles, ni dans la mémoire des Hommes d'aujourd'hui. Ces derniers sont bien conscients, mais inconscients que sans la conscience qu'il acquis, jadis, à travers cet étrange  passage — l'hominisation — qui transforma en Homme l'espèce d'homininé qu'il devait probablement être, ils seraient encore… en fait, on ne le saura jamais.

L'important c'est de comprendre que Sapiens et les autres sont des définitions « osseuse » et que Conscius devrait être le suffixe qui indique qu'elle savait ce qu'elle était. Parce qu'en fait, on ne sait pas et il est probable qu'on ne saura jamais qui, des ossements du passé, est devenu Conscius. Le développement du cerveau, la soudaine qualité des neurones, la naissance de la conscience de soi sont, semble-t-il, majoritairement indépendants du développement corporel. Si un jour on identifie des marqueurs biologiques ou archéologiques fiables de la conscience de soi, il serait justifié d’envisager une révision de la nomenclature pour refléter cette capacité cognitive majeure. Une option pourrait être d’ajouter un suffixe comme -Conscius aux espèces concernées (ex. : Homo neanderthalensis-conscius), ou de créer une catégorie taxonomique supérieure (ex. : Hominini Conscii). Cependant, cela nécessiterait un consensus international sur la définition de la conscience et des preuves irréfutables de son émergence chez les espèces fossiles.

Néanmoins, c'est suite à cette profonde métamorphose, l'hominisation, qu'il s'aperçoit de vivre, qu'il se découvre, que des choses se passent dans sa tête sans qu'il puisse les définir, que ces choses guident ses pas, ses gestes, ses faits. Tout ce qu'il entreprend, depuis, ou presque tout, disons, est guidé par ce flux d'idées, de pensées, de réflexions. Ça change du seul instinct qui animait tout son être. Des milliers d'années se sont écoulées depuis cet avènement et non, on ne sait pas quand il advint. La matière cérébrale ne se conserve pas et donc, pas le moindre neurone ou synapse à se mettre sous le microscope pour témoigner de son apparition ou de son époque.

Ce n'est pas vraiment un problème. Il n'est pas la seule chose à ne pouvoir être datée, localisée dans le temps ou dans l'espace. L'univers regorge de mystères bien plus intrigants qu'une existence sans pédigré et depuis, de très sérieuses méthodes d'investigations ont vu le jour qui permettent de se faire le film du passé et de résoudre nombre d'enquêtes.

Ce matin-là, il cesse de ne réagir qu'en animal. Des pensées commencent à habiter son crâne, transformant certains de ses instincts en regard hagard, en impressions, en éveil singulier. Son avenir lui apparaît chargé d’appréhensions et de projets. Son interprétation du monde s’imbibe de sentiments jusque-là ignorés. Il ne maîtrise pas encore sa pensée et pourtant, l’étrange lucidité qui désormais s’empare de son esprit augure de la plus inimaginable, la plus fascinante et peut-être la plus cruelle des mutations que l’Univers ait opérées. Le jour commençait à éclairer la colline. Il lève les yeux au ciel, flaire l’orage et s’abrite.

Il sait être resté le seul mâle du clan, l'assaut d’un fauve lui serait fatal. Il a déjà vu ses aînés combattre. Lorsque l’eau tombe du ciel, je s’abrite, lorsqu'il a froid, il se couvre, lorsqu'il est attaqué, il se défend et lorsqu'il a faim, il traque tout ce qui bouge s'il en sent la relative faiblesse. il vit instinctivement, perpétuant les gestes de ses ancêtres et, dans cet immense désert céleste clairsemé de lueurs lointaines, il reconnaît sa solitude. Le jour se couche, le jour se lève, c’est tout ce qu'il sait du temps qui passe.

Puis un soir, éreinté par une harassante journée de chasse comme il en a déjà connues, il s’allonge pour la petite mort qui d'habitude dure jusqu’au jour nouveau, mais ne trouve pas le sommeil. Pour la première fois, sa poitrine bat et résonne dans ses oreilles. Dans sa tête, il revoit des images et son estomac se serre comme la gueule de ce fauve sur le cou de son frère, avant de s’enfuir.

Il n’est pas à côté de lui, ce soir, pour la petite mort de la nuit tombée. Il gît encore quelque part sous les arbres. La grande mort l’a frappé et, le jour venu, il ne se lèvera plus. Mais cette fois, c’est différent, il sent qu'il ne peut pas le laisser en proie aux charognards. Malgré le danger de la nuit, il se lève et sort de la grotte à sa recherche puis le ramène sur son dos, creuse un énorme trou non loin de sa couche et l’y dépose avant de le recouvrir de terre. Là, les fauves ne le trouveront pas, sa grande mort sera paisible. il retourne s’allonger auprès de son clan et, finalement, s’endors.

Ca ne s'est probablement pas passé comme dans cette petite escapade romanesque, mais ce qui est sûr, c'est qu'il est le maillon manquant de la  science évolutionniste.

Sans lui, la Lune serait restée anonyme et vierge de tout drapeau. Nul ne pourrait témoigner de l’existence de l’Univers. Les Hommes ne seraient que des « beaux gosses bipèdes »  avec un Q.I. de singe, incapables de laisser, outre son squelette, quoi que ce soit à la postérité. Premier interprète du savoir, premier penseur conscient de penser, aurait dit Descartes, il incarne la parenthèse évolutive au cœur de laquelle son cerveau, fraîchement mature, l’a téléporté. Parenthèse qui probablement n'était pas prévue quoique, dans l'univers, rien ne soit prévu. Elle aurait pu ne jamais se produire et ce monde aurait continué son existence comme si de rien n'était, sans témoins, sans l'intelligence humaine, tout comme pendant les treize milliards d'années qui précédèrent son apparition.

Mais parenthèse qui revêt tout de même le destin d'une véritable plaie, puisqu'elle le condamne à perdre son insouciance et à assister au spectacle de son existence, à ses joies, oui, mais aussi à ses scènes les plus tristes. Elle le condamne à attendre sa mort, destin certain dont, tant qu'il était animal, il restait ignorant. A imaginer la souffrance physique et morale puis, à l'en effrayer. La perte d’un proche, jadis balayé d’un coup de griffe, devient un gouffre d’empathie, une tristesse communautaire parfois bien plus pesante qu’une blessure passagère. L'angoisse du lendemain tourne au cauchemar quotidien, toujours à son chevet pour lui rappeler le prix exorbitant de la santé, de sa liberté et de son indépendance. Une plaie dont il est, sur Terre, la seule espèce connue à souffrir et qu'il devrait traîner comme un boulet jusqu’à son dernier soupir. Il est donc avisé de la nouvelle infirmité que sa perception inflige, et rien ni personne ne pourra l’en soulager : une espèce de pic, en somme, en travers de la cuisse d’un manchot.
du Propre de l’Homme
L'expression « Propre de l’Homme » est un aphorisme que François Rabelais utilisa dans l’avis aux lecteurs ouvrant Gargantua. (Le cinquième livre 1534). 
 
Puis, au fil du temps, échappant aux érudits pour s’infiltrer dans la langue courante, tantôt définition sérieuse, tantôt fourre-tout philosophique, ce Propre de l’Homme devint un épuisoir à convictions où chacun projette ce qu’il veut croire de l’humain, proposant termes et formules improbables, mais probables, disposées en listes interminables : 
Parole, raison, expérience de la mort, deuil, culture, institution, technique, vêtement, mensonge, feinte de la feinte, effacement de la trace, don, rire, pleur, respect… etc. – L’humain y devient un millefeuille moral à la carte et la liste est nécessairement infinie… (Derrida, J. 2006. L’animal que donc je suis.) 
 
On y trouve aussi des essais comme « Le rire, essai sur la signification du comique », des commentaires de Hegel qui tend à vouloir oublier ou faire oublier le passé animal de l'Homme au profit d’une identité à l’aura plus prononcée, ou de Boris Cyrulnik plus modérés, mais aussi plus contemporains et impartiaux. Il y a aussi des jugements malveillants inhérents aux aléas de l'intelligence humaine comme la stupidité, la cupidité, la vanité, la haine, l’inhumanité, l’égocentrisme... qui évidemment débouchent sur l'usage des stupéfiants, le génocide ou l'extermination en masse de Charmetant et qui alimentent ainsi le fonds de commerce de ses détracteurs comme Pépin C.  tout en étant hors-sujet, dirais-je, vu que l’intelligence ne saurait être sous-évaluée par sa malsanité : certains bouchers comme Hitler, Attila, Napoléon ou Staline n'ont malheureusement jamais manqué d’intelligence, qualité ou défaut qui ne prémunit donc pas de l’abomination et l’histoire en regorge.  
 
La liste des propriétés, attributs, prouesses ou méfaits de l’Homme est immense, et ce « jeu des comparaisons » vise toujours à le distinguer — ou pas— de l’animal, selon qu’on adopte une perspective zoocentriste, antispéciste ou spéciste. Ce débat, très vif depuis les années 1970, reste pourtant latéral : il est surtout convoqué par les défenseurs de la supériorité humaine, les spécistes, qui cherchent à la justifier par les qualités énumérées ci‑dessus — qualités qui n’ont pourtant rien à voir avec la question centrale de l’antispécisme, à savoir la considération morale des animaux. 
 
Alors en quoi la comparaison directe avec l’Homme est-elle utile si, à l’œil nu, on voit bien que les chimpanzés ne sont pas férus de physique quantique ? En rien effectivement, sinon à chercher maladroitement à distinguer l’Homme, ou pour certains, à le désavouer. Résultat, l’actuel propre de l’homme accumule, dans nombre d'ouvrages, des comparaisons sans limites et surtout sans réel intérêt, comme s’il existait juste pour le plaisir de parler comme on le fait, un soir sombre et pluvieux, au coin du feu, une fine à la main. 
 
Si cela peut tranquilliser les spécistes, il n'est pas impossible que le cerveau de l'Homme, terrain d’investigation certes très peu propice aux confidences quoique grand architecte de sa suprématie intellectuelle, puisse faire quelque révélation assez révolutionnaire, nous affirme Cécile Charrier, chercheuse à l’Inserm, pour qui le cerveau humain serait physiologiquement unique dans la faune terrestre. 
 
Mais, venons-en au fait. La vérité n'est tapie ni dans les récits flatteurs ou diffamatoires, ni dans les dissimilitudes comportementales des uns et des autres, malgré, on ne peut le nier, une proximité physique aussi flagrante et microscopiquement étayée. Non, la vérité est que si les sciences humaines, acharnées sur les os et leurs dimensions — puisque les reliques n'offrent rien de mieux — n'avaient pas raté Homo Concius ainsi que ses précieuses facultés conscientielles, nous n'en serions pas là et le folklore du dérapage appréciatif des propriétés humaines n'eût jamais monopolisé l'attention dans les salons mondains.  
 
Et elle s'exprime, la vérité, surtout  dans sa compréhension très particulière de l'univers lorsque, à travers l'hominisation, Homo Concius devient  conscient et acquiert, progressivement soit, les facultés d'évaluer la matière, l'espace et le temps, ces paramètres fondamentaux qu'Einstein n'eut pu si bien redécouvrir quelque milliers (ou millions) d'années plus tard sans l'éveil de Conscius — excusez le manque de précision — pour l'élaboration de ses théories sur la relativité et qui semblent aussi indispensables à Jacques Reisse, qui écrit: 
Le temps, l’espace et le couple énergie-matière constituent les seuls composants de notre Univers en ce sens que toute description de cet Univers, à quelque niveau que ce soit, fait appel explicitement ou implicitement à ces notions. 
 
Pour Homo Concius, il n'est pas question de paramètres, d'équations ou de formule savantes de physique comme celle d'Einstein ou de Max Planck, mais il n'en est pas moins le premier découvreur de ces concepts dont il va, par ces gestes, exprimer l'appréhension :  Celle de l'espace, en évaluant les distances ou la grandeur d'une montagne alors qu'un animal ne la différencie pas cognitivement du plat. Celle de la matière, puisque depuis les premières sépultures il distingue clairement les morts des vivants au point de les enterrer sans chanceler devant l'étrangeté ou la dangerosité du geste. Puis, il fabriquera des outils basés sur leur dureté sachant pertinemment qu'une lance dotée d'une pointe effilée pourra venir à bout d'un fauve… Et enfin, celle du temps qu'il évalue parfaitement par le mal que lui cause la perte d'un proche dont il sait, là aussi, depuis la sépulture, qu'une fois mort, il ne reviendra pas.  
 
Pour en revenir au Propre de l’Homme, il convient donc de se rendre à l'évidence qu'il s'agit bien d'une faculté très singulière de faire fructifier ce que l'Univers met à disposition. Les animaux sont très loin du distinguo dont les Hommes sont capables et de l'exploitation si perfectionnée de ses ressources. Cela dit, je pense qu'en guise de Propre de l'Homme, on a largement le droit et le devoir de remplacer l'imbroglio des supputations sus-énumérées en statuant que : 
Quiconque maîtrise la matière, l’espace et le temps, n'est plus un animal. 
 
C.Q.F.D (un peu, quand même) 

                            
de la Croyance
C’est cette douleur du savoir soudain, lancinante et persécutante, qui poussa la nature à réagir, comme elle l'a toujours fait d'ailleurs, pour toutes ses créatures. À l’instar du système immunitaire dont elle avait doté le vivant animalement bête, elle dut aussi s’investir pour protéger Conscius de cette nouvelle faille béante où le tourment pénètre sans prévenir, sans bruit, sans odeur, sans matière. Un mal authentique et impalpable que seul un bouclier du même type pourrait contrer : comme la faculté de croire, par exemple. Oui, elle pourrait bien faire l'affaire, la croyance, pour amortir ce flux abstrait de détresse auquel sa néo-conscience s'exposait — cette lente mais perçante clarté mentale qui voulait tout expliquer, tout comprendre, dont la curiosité était la perte et qui frappait fort parfois, lorsque les scènes, si brutales qu'humainement insupportables, se proposaient à ses yeux. Humainement, oui, car c'est ça qu'il était devenu, un humain qui, au sortir de sa peau de bête, devait désormais se protéger de sa conscience et des images provocantes dont elle a le secret : lorsqu'une lionne déchiquetait une biche, il ne voyait  qu'un fauve affamé qui assumait son quotidien de chasseur, mais l'Homme qu'il était devenu voyait soudain la biche crédule et désarmée qui n'aura pas vécu assez longtemps juste parce que sa mère la perdit de vue. Il perçoit son effroi, l'empathie le terrasse et l'incite à devenir plus craintif pour les siens… La vie en somme, la vie des humains, le tracas. 
 
Alors oui, la croyance, cette faculté de croire, résume et investit parfaitement la réponse de la nature. Elle n’est autre que cet énorme réservoir qui permettra de stocker de quoi endiguer les tentatives incessantes de sa conscience de nuire à son fragile équilibre. La croyance n’est donc pas un credo, un objet, un totem ou un dieu, mais bien un «organe» à part entière, un coffre-fort immatériel au sein d'une conscience immatérielle, dont le but n'est autre que de mettre cette dernière à l’abri de ses propres démons, des fruits pourris que son appétence déterre ou pire, qu'elle élabore. La croyance va permettre d'endiguer les idées noires, les déceptions, la tristesse, tous ces poisons que la conscience fabrique à son insu et contre lesquels nul n’est à l’abri. Des venins silencieux qui, sans l’ombre d’un doute, entraîneraient vers le fond quiconque n’aurait de havre auquel se raccrocher : une âme bienveillante, un proche ou un credo capable de projeter l’esprit hors de la réalité. Même passagère.  
 
Elle n’est donc pas une option philosophique ou un choix personnel, mais bien une condition sine qua non de sa santé physique et spirituelle.
 
Une chose est sûre, sans cette main tendue que la croyance incarne, qui pardonne les erreurs et nourrit les espoirs, sa vie d'Homme, tant son destin ressemble à celui des fleurs d’un jardinier, ne serait pas imaginable : Elles ne décident ni d’être plantées, ni d’être coupées, elles subissent simplement, sans réagir, sans jamais se plaindre, se montrant autant que possible jolies et parfumées. Et, lorsque le jardinier les sent un peu défraîchies ou désuètes, il en sectionne la tige, tout simplement. Il plante et fait naître, cultive bien ou mal, fait souffrir peu ou prou, puis fait mourir. Pas toujours de vieillesse. Pas toujours au  bon moment. Comme l'univers pour les humains.

Premier être conscient de soi, Homo Conscius va devoir répondre à l'évidente question : « Qui suis-je ? ». L'animal qu'il était il y a peu ignorait cet écueil. Il ignorait sa propre existence et, jusqu'aujourd'hui, il n'a pas évolué. La vache qui regarde le train passer, ne sait toujours pas ce qu'il est et ne le saura probablement jamais. Pour lui, la question se pose et le cours de sa vie dépendra de la couleur qu'il attribuera à cette inconnue sortie de nulle part dont la réponse sera toujours insatisfaite, et qui influencera ses choix, son mode de vie, son regard sur les autres.

Ils ignoraient aussi cette parenthèse inadéquate qu'ils incarnent et qui les dérange autant que la lampe désuète que les détectives pointaient sur le visage de leurs suspects dans les films américains des années soixante. Ils ont envie de sortir du champ de sa lumière pour en savoir plus sur celui qui la tient, sur ce qui les a fait Hommes et les fait respirer. Ça crève les yeux, l'humanité ne se plaît pas. Tourmentée par sa tournure de farce divine, d’erreur de programmation ou de dérapage incontrôlé, sa perplexité reste intacte, à tous ses niveaux.   

Avec la croyance, Homo Conscius pourrait s’en donner à cœur joie, s’investir dans l'apaisement de cette conscience trop sollicitée, mettre sa vie en scène, transformer son quotidien en un théâtre de marionnettes pour exorciser l'épouvante qui parfois le séquestre. Il pourrait se construire un monde imaginaire, à mesure de ses connaissances afin d'adoucir la nuit de cet inévitable crépuscule, y faisant même naître, au bout du tunnel, un espoir.  
 
...une autre lueur, celle d’une vie après la vie, histoire de ne jamais disparaître définitivement. 

                            
du Dilemme
Comme pour toutes les choses de la Nature, la croyance n’est pas sans lacunes, loin de là. C’est bien trop souvent à coups de n’importe quoi qu’elle calme nos pourquoi, nous contant tout et rien, nous mentant, nous berçant de fables souvent aussi néfastes que séduisantes. Autant nos anticorps sont efficaces et perfectionnistes dans leurs combats biologiques, autant notre croyance, censée nous protéger du blues, est perméable et infidèle. Elle a plus de la mare stagnante et microbienne que du lac bleu azur. Tout et tous peuvent la pénétrer, l’influencer, la manipuler. Elle ne demande qu’à croire, et bien que bouclier, il se montre tout autant son principal défaut. Elle servira de creuset aux religions, sectes, chamans, astrologues et voyantes qui, tout au long de l’histoire humaine, vont y déverser leurs rituels, leurs prières, leurs totems, leurs icônes et autres amulettes. Ersatz de la faiblesse psychologique  du nouvel Homme que Conscius est devenu, la croyance, dont la porte béante accueille tout bon augure, toute manne, toute bonne parole ou toute consolation, est donc particulièrement spongieuse. 
 
C'est pourquoi, d’Attila à Hitler, en passant par Staline, Napoléon et tant d’autres exterminateurs, l’histoire n’a jamais manqué de combats idéalistes issus de cette porosité qui autorise les bons et les mauvais credo. 

De ce vertige naît le clivage fondamental — presque plus profond que celui du genre, qui pourtant divise l’espèce en deux moitiés inséparables. D’un côté les acceptationnistes comme Macchiavelli, Da Vinci, Freud ou Oscar Wilde, quelques rares figures prêtes à regarder l’absurde en face et à embrasser l’inconfort d'une parenthèse temporelle et temporaire et de l’autre, les récusationnistes, ceux qui n’avancent que sur des rails sans failles de peur de s’égarer dans l’immensité du monde, sa mixité, son infinitude. Ils dessinent eux-mêmes les barreaux de leur cage, par prudence ou par foi, et la défendent bec et ongles — au nom d’une descendance qu’ils croient, à tort ou à raison, pouvoir prémunir du chaos.

Pléthore de philosophes se sont penchés sur le sort de l’humanité. De Platon à Foucault en passant par Nietzsche et son "surhomme", ou encore Cioran qui la traitait d’erreur tragique de la nature. Moi, je pencherais plutôt pour un dérapage évolutif. Même s'il peut sembler que l’Univers ne se trompe pas, ses produits ne semblent pas émaner d'une profonde réflexion, d'où certains à-côtés incongrus. L’humanité pourrait bien être cela : un effet secondaire, un sixième doigt inutile, mal soudé à une main cosmique. Si rare, d’ailleurs, que nulle autre planète voisine ou connue ne semble l’avoir héritée. 

« J'ai mal à ma conscience »,  pourrait hurler Conscius tant le dilemme est aigu, tant l'inconnu est vaste et perturbant, tant la nature est injuste de lui imposer ce choix. Esquiver l'évidence, se jouer la pièce d’une autre réalité, se convaincre que la vie dure au-delà de la vie et que, par conséquent, la mort est le début d’autre chose peut être très tentant, en effet. C'est ce que proposent les credo, terrain très fertile que les Hommes vont adorer cultiver et dont la moisson résulte impressionnante : cultes et religions vont identifier chaque peuple, chaque tribu, chaque clan, ou qu’il soit sur la planète et quelle que soit son origine. Presqu'indénombrables, ils vont du totémisme aux cultes animaliers ou théistes... Certains, peu conventionnels comme la rencontre avec un extraterrestre chez les Raëliens, la sacro-sainte B.A. de fumer de la marijuana parce qu'elle pousse sur la tombe du roi Salomon pour les Rastafariens, le suicide collectif pour les adeptes du « Temple Solaire » ou l’escroquerie en bande organisée dont la « Scientologie » fut accusée, mais toutes ont un mode opératoire commun : l’exploitation à outrance de la croyance humaine, ce système malheureusement aussi défaillant qu’immunitaire. Cette liste, bien sûr non-exhaustive, en donne un aperçu. (Il n’est pas vraiment important de la lire, mais plutôt de prendre acte de son amplitude) 
  

Christianisme, islam, judaïsme, bahaïsme, hindouisme, bouddhisme, religion populaire chinoise, taoïsme, confucianisme, dieu chinois, Yin-Yang, courant syncrétiste, jainisme, sikhisme, bouddhisme Nichiren, bouddhisme Shingon, bouddhisme Tendai,· bouddhisme de la Terre Pure, bouddhisme Zen, shintoïsme, Shugendō, Bön, caodaïsme, Hòa Hảo, javanisme, zoroastrisme, Bwiti, Candomblé, Macumba, Quimbanda, Kenbwa, rastafarisme, Santeria, Sérère, Umbanda, Vaudou Ásatrú, Cananéisme, Ellinais, Hellénisme, Kémitisme, Néo-druidisme, Nova Roma, Wicca, Aladura, Alliance universelle, Amish, Amis de l'homme, Antoinisme, Assemblées de Dieu, Communauté des chrétiens, Église de l'unification (Moon), Églises du Christ internationales, Église néo-apostolique, Église universelle du royaume de Dieu, Famille (ex-Enfants de Dieu), Jakob Lorber, Mouvements issus du mormonisme, Église kimbanguiste, Legio Maria, Mouvement des Focolari, Mukyōkai, Science chrétienne, Société religieuse des Amis (quakers), Spiritisme (Allan Kardec), Témoins de Jéhovah, Universalisme unitarien, Ahmadisme, Nation of Islam, Moorish Science Temple of America, United Submitters International, Aum Shinrikyō, Mukyōkai, Ōmoto, Reiyukai, Sōka Gakkai, Tenrikyō, Kryeon, Enfants indigo, Horus, Urantia, Alice Bailey, Jane Roberts, Lobsang Rampa, Neale Donald Walsch, Églises gnostiques, Kabbalisme chrétien, AMORC, Ordre Martiniste Traditionnel, Ordre du Temple Solaire, Société théosophique, Anthroposophie, Association rosicrucienne, Rose-croix d'or, Fraternité Blanche Universelle, Energo Chromo Kinèse, Nouvelle Acropole, Église de Satan, Luciférisme, Satanisme LaVeyen, Satanisme théiste, Dianova (ex-Patriarche), École de l'essentialisme, Église positiviste, Mouvement raëlien, Pèlerins d'Arès, Scientologie, Ahmadisme, Nation of Islam, Moorish Science Temple of America, United Submitters International…

Certains de ces credo incluent, en outre, des sous-courants : le christianisme, par exemple, qui en comporte une dizaine, tout comme l’islam et le judaïsme. La longueur absurde de cette liste dispense de commentaires quant à la pertinence de chacun qui, comme il se doit, affirme détenir la vérité et, pour certains, y tiennent tant, que les moyens les plus incitatifs sont employés pour l'imposer : prosélytisme, inquisition, question, guerres de religions, missions, massacres, holocaustes, génocides…

La conscience d'Homo Conscius peut accueillir le destin tel qu'il est ou passer sa vie à l’esquiver, en se jouant la pièce d’une autre réalité, en arrondissant les angles trop aigus, convaincue que la vie dure au-delà de la vie et que, par conséquent, la mort est obligatoirement le début d’autre chose.
                                
Elle a du pain sur la planche. 
                            
de l'Univers
Nos sens ne sont qu'humains et nul ne nous assure qu'ils soient l'unique manière de percevoir : d'une part, parce que notre vie est particulièrement courte et de l’autre, vu que nos facultés sont attribuées par notre contexte, l'univers, qui ne saurait engendrer, selon l'ordre des choses, rien de néfaste à sa propre nature. Pas qu'il sache ce qu'il fait, non, loin de là, ce serait lui prêter une détermination dont il est dépourvu, mais parce qu’un de ses principes fondamentaux, la Flèche du Temps, ne lui permettrait pas de créer un avatar qui pourrait lui nuire ou ne serait-ce que connaître ses rouages. Ce serait comme imaginer qu'un fœtus puisse sortir à son gré du ventre de sa mère ou, qu'une fois accouché, il décide simplement d'y retourner.
                                
Quoique le chaos semble son fort, l'illogisme ne fait pas partie de ses torts. Cela dit, toutes nos considérations à l'égard de l'univers ne sont d'une part qu'humaines et de l'autre, vues de l'intérieur, ce qui évidemment limite notre objectivité. Elles sont donc à prendre avec les pincettes de rigueur sans jamais penser que nos interpretations sont uniques et que d'autres points de vue ne sont pas envisageables.  
 
La Flèche du Temps, disais-je, dont le nom pour une fois bien choisi, indique clairement que le temps a un sens qui permet de taire l'antécédent. Garante du secret de l'origine de l'univers ou de sa raison d'être, elle empêche aussi, dans notre quotidien, qu’un verre cassé se recompose, que le passé devienne futur, que nous ayons encore faim après avoir mangé. Elle refuse à quiconque de remonter le temps et d'aller voir là-bas si j'y suis. L'Homme ne saura donc jamais, et c’est bien là l'équivoque : il croit avancer, il croit découvrir, mais il ne fait que s’écraser contre une paroi invisible, répétant ses gestes comme un insecte contre une vitre.  
 
Un peu comme avec le climat d'ailleurs. Ils s'agitent dans tous les sens, générant des COP qui coûtent la peau des fesses, qui produisent plus de dioxyde de carbone que la conférence même ne l'autorise pour, au final, applaudir des « avancées » rédigées au conditionnel, pendant que le thermomètre, lui, continue d’indiquer le présent de l’indicatif. On multiplie les objectifs à horizon 2050 comme on empile des promesses sur un compte à découvert : ça ne rassure que sur le moment. Alors on compense par des mots, des graphiques, des engagements historiques aussitôt vidés de leur substance, et chacun rentre chez soi, se félicitant d’avoir évité le conflit plutôt que la catastrophe. Pendant ce temps, le réel, ce bandit obstiné, n’a toujours pas signé d'accord. 
 
Le seul fait de vivre dans l'univers, n’est pas gage de notre entendement, mais bien un handicap. Les limites posées par notre subordination naturelle à son essence nous interdisent de le décoder. Et même si notre pensée peut nous porter au fin fond de notre imagination, il ne nous est pas pour autant donné de comprendre au-delà de nos synapses. Alors c'est vrai, les progrès sont immenses depuis la naissance de la physique quantique qui fêtait il y a peu son centenaire, les avancées spectaculaires, les découvertes innombrables… Mais quoi, quelqu'un pense-t-il vraiment, que ces progrès flirtent avec l'âme de l'univers, avec son fonctionnement ou la source de son énergie ? Dans ce cas, il se tromperait de beaucoup, il confondrait l'énergie et sa source, l'univers même et le spectacle qu'il nous offre. Il se méprendrait sur la présence des particules, loin d'être conquises malgré leur soi-disant complicité avec les scientifiques, et dont la seule existence présume d'une source inépuisable que nous ne connaissons pas, soit, mais que de surcroît nous ne saurions même pas imaginer. 
 
Et pourtant, c’est ce que pensent nos amis du tunnel torique enterré sous la Suisse qui, du CERN à défaut d'être de Berne, s'évertuent à lui extorquer l’inavouable en faisant croire qu'ils croient sincèrement à la rédemption de l'univers. En effet, leur métier est de persécuter des particules « innocentes » pour leur faire rendre l'âme ainsi que certaines autres vérités sur leur identité, le tout pour dévoiler les secrets de la matière et donc, quelque part, aussi de l'univers. Afin de justifier les milliards que coûtent leurs structures aux contribuables et de continuer à jouer aux  « photons éclectiques » , bien plus rapides, eux, que les petits trains de leur enfance qui n’avoisinaient certainement pas la  quasi vitesse de la lumière nécessaire à ces expériences, ils trouvent, de temps à autre, quelque boson de Higgs — quoiqu’honorable lui —  à jeter en pâture aux badauds attardés sur les quais de leur collisionneur, anxieux de savoir si leurs deniers ont réellement servi la cause. Si le budget suivant est voté, c’est que ces scientifiques auront à nouveau convaincu leur audience que l'univers finira par céder ses secrets, et qu'ensuite… Ben ensuite rien, parce que si l'univers dévoile ses secrets, c'est que, comme je l’expliquais plus haut à propos de son impitoyable logique, il n'y aura plus personne pour en profiter. 
 
Bien que d’aucuns puissent penser que cette sentence d'impénétrabilité de l'univers sonne prétentieusement comme une loi physique indétrônable, nul, à part les chercheurs qui vivent de cette promesse hasardeuse, ne saurait vraiment la contredire. En fait, elle ne fait qu’exprimer, quant à l'essence de l'univers, notre actuelle notoire et profonde ignorance ainsi que celle qui couronnera les années de recherche à venir, prédestinées, elles aussi, à se crasher sur la flèche du temps et son fameux comparse, l'impénétrable no man's land que représente la mécanique quantique dont les particules élémentaires, même si nous ne sommes pas dans un cours de physique nucléaire, sont partout et nulle part en même temps (l’indétermination), communiquent entre elles à notre barbe (l’intrication quantique) ou pire, existent sans vraiment exister (le principe de superposition).  
 
De quoi rendre chèvre n'importe quel physicien ou humain digne de ce nom puisque ces propriétés, qui font de particules des objets non-objets, n'ont rien à voir avec les cinq sens dont nous sommes dotés et qui constituent notre unique patrimoine cognitif. À notre échelle, puisque tout se passe bien en dessous de notre seuil visuel, il faut bien comprendre que si nous vivions comme des particules, nos enfants chéris, que nous aimons prendre dans nos bras, se transformeraient en hologramme bien avant que nous n'ayons le temps de les approcher. Je vous fais grâce des autres propriétés, celle-ci étant largement représentative de l'incapacité humaine à comprendre ces phénomènes. Ceci explique cela et surtout mon ton moqueur vis-à-vis de certains physiciens qui veulent nous faire avaler leur sincère conviction de la future exhumation des secrets de l'univers. Je pense que ceux-ci ne se rendent pas compte combien, pour des scientifiques, un discours de nature utopique risque de les discréditer aux yeux des avertis. 
 
Alors c'est vrai aussi, relativement peu de penseurs sont de mon avis. Pas des moindres certes, comme Kant, Schopenhauer, Spinoza ou même Darwin qui affirme que « Le mystère du commencement de toute chose est insoluble pour nous ». Ils le font seulement indirectement comprendre, mais il semble que ceux qui assument publiquement l’impénétrabilité de l'univers se comptent sur les doigts de la main. Peut-être que d'autres, silencieux ou discrets, partagent cette conviction, mais n'osent l'affirmer face au tumulte des certitudes scientifiques. Car il est plus confortable de croire que l'univers se laisse dompter par des équations et que ses mystères finiront par faire surface sous la pression des accélérateurs et des télescopes que de penser qu’il n'est qu'un tas de gravats difforme et disgracieux tant il effraie malgré la tenue de soirée qu'il revêt pour les nuits étoilées.  Il n'y a qu'à penser à ce que nous pensons savoir de son histoire, de ses métamorphoses, aux galaxies en mouvement ou aux milliards d'étoiles qui naissent puis explosent, aux trous noirs… Bref, de quoi faire fuir Frankenstein, Dracula, le loup-garou et même Mr Hyde. 
 
Non, l'univers n'est pas un grenier oublié dans une masure perdue au fin fond de la forêt de Brocéliande qu'il suffirait d'investir et fouiller pour s'éblouir de mille merveilles d'antan, de trésors cachés, de bas de laine enfouis sous les lattes du parquet et laissés là pour cause de mort soudaine ou d'une des guitares de Jimi Hendrix, vestige de son passage dans ce trou perdu. Ni un grenier donc, ni un parcours de chasse au trésor.  « L'univers n'est pas notre came », comme diraient les jeun’s et nous sommes condamnés à n'être que des hommes ou pire, puisque ceux qui viendront après nous seront peut-être plus bêtes, plus faibles, trop connectés ou plus déroutés, mais surtout privés eux aussi, de la possibilité d'interagir avec le passé et de comprendre parfois, ne serait-ce que les ancêtres que nous aurons été. 
 
En attendant, l’univers se moque bien de l’existence passagère qui tourmente les Hommes. Certains, avides d'une raison d'être, se prosternent, construisent des temples qu’ils remplissent d’offrandes tandis que d’autres se contentent de vivre et de mourir sans bruit, ou au son infernal des fers qui se croisent inlassablement pour étêter les différences et autres différends. C'est bien le signe de l’immense abîme d'incompréhension qui sépare l'univers de cet humain, doté d’un petit cerveau bridé et inadapté au monstre qui l'héberge malgré lui. Un peu comme dans le syndrome de Stockholm où, malgré cette curieuse intrication émotionnelle des otages et de leur bourreau, l’univers et l’Homme ne sont clairement pas faits l’un pour l'autre. On est bien loin de ce phénomène ou encore de la symbiose animale qui lie à vie certaines espèces dans le but d'un bien-être réciproque et amélioré.  
 
Et puis, réfléchir à l’univers est un luxe de nantis. Beaucoup n’en ont ni le temps, ni le loisir, ni l’énergie. Il faut manger, payer les factures, survivre. C’est la logique froide de la pyramide de Maslow. À sa base, large et lourde, s'empilent les besoins vitaux. Plus on grimpe — vers le sommet effilé où planent culture, spiritualité, métaphysique — plus il faut avoir rempli les étages du bas. Autrement dit : on ne pense au sens de l’univers qu’une fois la carte vitale à jour, le frigo plein et, pour les chanceux, les vacances réservées. Raison pour laquelle les grands philosophes, à commencer par ceux de la Grèce Antique, venaient tous de familles très aisées. 
  
Eh oui, il faut de quoi exister pour méditer sur l'existence. 
Usant de la sémantique, les scientifiques pourraient dire : « Je connais la chose, mais ne la sais point » afin de résumer le mystère qui règne dans l’univers à notre relative ignorance.
de Notre Monde
Ce monde, oui, où le soir, les miniatures d’énormes navires qui jouent les funambules sur le fil de l'horizon sombrent dans la rougeur du soleil couchant, cette immense boule de feu pourtant si familière qui s'efface lentement sous la courbure du monde comme pour cacher sa honte de devoir mourir un jour, emmenant avec elle tout ce qu’elle a fait vivre. Œuvre divine pour les uns, casualité pour les autres et mystère pour tous. Puis, le matin, on peut, du haut d’une falaise, toiser son immensité en laissant le regard s'enfoncer dans la mer, ce bleu dont l’horizon exalte la courbure du globe lorsqu’elle rejoint l’azur d’un ciel serein et le seuil de l’espace qui nous est concédé. Trompeur aussi, le ciel. Il est bleu, beau, très beau parfois, mais aussi impraticable que spectaculaire. De jour, par temps clément, sa couleur nous enivre et de nuit, sur son trente-et-un avec son smoking plein de strass et de paillettes, c’est la danseuse du Crazy Horse qui nous éblouit, nous épate et nous flatte. On ne sait plus quelle Ourse contempler, quel astre chevaucher, quelle étoile enflammée surprendre à filer comme un feu d’artifice égaré. Un festival démesuré, la revue hollywoodienne des soirs d’été, ce ciel, de quoi éblouir petits et grands. Plus que trompeur même, aguichant, tant il fait miroiter ce faux excès de liberté, cette envie de voler toujours plus haut, toujours plus loin, pour satisfaire notre sens inné de la découverte — celui qui, depuis la nuit des temps, emmène les Hommes vers de nouvelles terres, de nouvelles images, et qui, un jour du vingtième siècle, les déposa sur la Lune. 
 
Mais, malgré ce spectacle immanquable, notre Terre reste bien une prison à ciel ouvert où les anars se clament libres et où les prisonniers sont enfermés par deux fois. Un peu comme Papillon lorsqu’il s’échappe de son île de malheur, sachant très bien que l’océan aura raison de sa fausse liberté. On est en droit de se demander si les distances de l’univers ont un sens pour ces petits humains que nous sommes. Parcourables ni en navette, ni même par la pensée — nous serions bien trop morts de vieillesse avant d’arriver quelque part et profiter du petit-déjeuner de bienvenue, à supposer qu'on invente l’énergie intarissable qui nous y emmènera. 
 
Nonobstant, banalisation oblige, on parle de notre planète avec une certaine désinvolture, comme si tout était normal. On ne s’ébahit plus d’une Terre qui se balade sans attache et sans but dans le vide astral alors que nous, les humains, devons creuser comme des damnés pour enterrer et stabiliser les soubassements de nos immeubles.  « Tudo bem » nous chanterait un brésilien, ne te prends pas la tête, c’est là qu’on habite « meu irmão ». Et, lorsque, chaque matin, on prend le bus pour aller au boulot, on ne se demande pas non plus pourquoi il ne quitte pas la route pour faire un tour dans l’espace — vu que ce dernier entoure la Terre, vu que la Terre est ronde, et vu que les roues du bus ne sont pas collées à la chaussée. 
de l'Uniformité Genrée
L'uniformité genrée est un phénomène qui n'apparaît bizarrement pas dans les livres d'école. Soit on le trouve trop banal pour le remarquer, soit on l’a gentiment enterré sous des silos disciplinaires, ou aussi plus sûrement sacrifié sur l’autel des cloisonnements académiques. Bien que la conscience de son existence ne change rien à l'évolution de la science, il est cependant déterminant dans l'analyse de notre réalité. 
 
Cette uniformité caractérise les éléments, vers le bas, à partir de l'échelle des molécules : ainsi, une molécule d'eau (H2O), donc composée de 3 atomes, ressemble parfaitement à une autre molécule d'eau alors que, dans notre quotidien, une pomme Golden n'a pas son identique. Rien en fait, à notre échelle, n'est parfaitement identique à un « jumeau » du même genre. Là où l’humain s’échine à reproduire, l’univers lui, copie-colle sans trembler. Même les chaînes de production industrielle ne reproduisent jamais d'objets si identiques que deux atomes d'oxygène ou deux molécules de n'importe quoi d'ailleurs. 
 
L'uniformité genrée est donc une propriété typique des éléments de la matière et de ses composants. Ce phénomène — le fait que deux objets soient parfaitement identiques — n'est pas si anodin puisqu'il n'apparaît que dans les niveaux où nous, les Hommes, ne sommes pas particulièrement les bienvenus. En effet, La science peut soulager, bâtir, propulser des avions dans le ciel... mais elle est incapable de fabriquer un atome qui, lui, reste une exclusivité de l’univers, une prouesse originelle que nous ne faisons qu’observer ou manipuler, sans jamais la reproduire.  
 
Et c’est là que l’humilité s’impose : tout ce qui relève de la création primaire — matière brute, particules, éléments — est frappé d’uniformité, tandis que tout ce qui en découle — faune, flore, humains, artefacts — est condamné à l’unicité, à l’imperfection.  
 
L’univers se rirait-il de qui veut le singer ?
Du Décalage Evolutif
Et voilà. Tandis que l'esprit de Concius projette l’industrie, la mondialisation, la fusion nucléaire, l'intelligence artificielle ou l’ordinateur quantique, son corps, lui… en est encore et toujours à ce bon vieux Sapiens, qui, depuis x milliers d'années, n'a pas bougé d'un iota. Il peine à suivre le rythme de son cerveau, subit les remous de son enthousiasme, ses revirements, la vitesse de ses idées qui, contrairement à celle de sa carcasse encombrante, fulmine à la vitesse de la lumière. Tout le problème est là : 
 
L'esprit est régi par la seule énergie universelle là où le corps est alourdi par sa pesanteur et la force de gravité. 
 
Insaisissable, invisible, l'esprit dont les impulsions sont comparables aux ondes hertziennes, peut puiser dans ses ressources quasi infinies pour s’adapter, se dépasser, tirer profit de chaque curiosité, mutation ou découverte alors que le corps, en revanche, éternel suivant, encaisse coups et accous, accroissant une fragilité handicapante à mesure que l’âge progresse, âge qui pendant de longues années profitera plutôt bien à l'esprit avant son éventuelle déchéance. 
 
Ce décalage, cette divergence entre un esprit leste et un corps lesté, n’a rien d'une nouveauté des temps modernes. C'est l’héritage des premiers moments d’Homo Conscius, lorsqu’une conscience naissante commença à penser au-delà de l’instinct, à s’élever sur le flux des nécessités corporelles. Jacques Brel — tout nu dans sa serviette — avait bien compris que le corps est un suivant, qu'il ne commande rien et que, lorsqu'il souffre, il pèse plus que son poids alors que l'esprit, bourreau des corps que la douleur, au pire, ne fait que dissiper, vit sa vie, ses projets, ses buts, ses envies. Le résultat n'est pas toujours à la hauteur de ses ambitions, certes, car le corps qui le porte, son frein aux horizons moins élastiques, a ses limites. 
 
Même dopés, les athlètes de haut niveau ne parviennent à modifier leurs performances que très sensiblement. Le corps humain, figé dans sa carcasse avare d’agilité, n’est pas vraiment l’outil idéal des miracles. Ainsi les records de vitesse, comme celui du cent mètre ou du saut à la perche, stagnent parfois pendant des décennies avant de bouger d’un dixième de seconde ou de quelques centimètres. L’histoire de l’Homme n’est pas uniquement une affaire d’os. Elle est surtout jonchée de neurones bouillonnants, de circuits imaginaires, d'idées qui s'obstinent à s’inventer la vie et qui, malheureusement, ne se fossilisent pas. Raison pour laquelle il semble bien que la paléoanthropologie et ses reliques soient passées à côté de ce chapitre majeur du développement humain, qu'elle se soit figée sur la taille de la boîte crânienne, ne mentionnant presque jamais l’importance de son contenu.  
 
Contenu qu’il faut pourtant tenir pour responsable du bonheur mitigé des terriens. La race humaine est la seule et unique espèce terrestre à avoir modifié le cours de la nature et la durée originelle de sa vie. Chez les mammifères, les adolescents quittent le clan dès qu’ils savent chasser sans devoir se soucier de leurs géniteurs, et encore moins de leurs grands-parents ou arrière-grands-parents. Le cerveau humain, lui, dans son indiscutable excellence, a développé la médecine, cette énorme machine à « fabriquer des vieux ». Moins forts et moins résistants que leurs progénitures, ceux-ci, dont je suis, représentent non seulement le talon d’Achille de la race, mais aussi une menace potentielle pour les autres. 
 
Le Covid, pour ne citer que lui, n’est autre qu’une rébellion de la nature envers un cerveau gourmand qui a cessé d’attendre son vieux corps. Un cerveau sorti des rangs, qu’on a laissé faire, créer, produire, étendre, se répandre, commander, contrôler sans jamais se retourner. Sans penser aux conséquences. Sans se demander, jamais, où et quand cette course devait ou pouvait s’arrêter. Grain de sable dans un énorme rouage que l'on pensait plus robuste, le Covid frappe comme une claque à l’impertinence d’un ado, un uppercut à un boxeur novice bravant la cour des grands. En purifiant le monde de ses seniors, il s’en est pris à la science et aux esprits qui la manipulent. Comme si la nature refusait ce décalage entre cerveau et corps, comme si elle écartait la possibilité de voir une humanité se défaire de sa personnalité pour se soustraire à son sort. 
 
Car ce que la nature refuse est exactement ce que prévoient les transhumanistes, ces auto-proclamés futurologues du vivant qui prônent l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer la condition humaine en modifiant ses capacités mentales. Ils envisagent des implants, des puces cérébrales, un accès permanent à des bases de données pour « savantiser » l’individu au-delà de ses capacités naturelles. Tout un programme pour creuser encore la distance déjà coupable entre cerveau et corps, les éloigner plus que jamais. Ce nouvel Homme aura-t-il encore droit à l’appellation « Sapiens » ? Autres sujets de discorde qui partagent, déplaisent ou ravissent bref, de la braise pour les jours à venir. 
 
En revanche, loin de moi l'idée que le cerveau ne doive pas penser ! Les faibles d’esprit sont assez mal logés dans une société comme la nôtre. Les extrêmes sont rarement les meilleures solutions. Le cerveau doit évoluer, c’est sûr, mais sans jamais perdre de vue les limites de son corps. Comme pour la nutrition, où les fruits et légumes locaux et de saison sont mieux adaptés aux besoins des habitants, plus on respecte le corps et ses repères, mieux il accompagne l’esprit. 
 
Lorsque l’ordinateur fait son entrée, tout bascule. Il accélère le processus de déstabilisation du corps jusqu’à parfois l’abandonner loin derrière. Certes les penseurs ont toujours existé, les mathématiciens et physiciens de génie aussi, mais jamais on ne pouvait imaginer qu’une personne puisse « vivre » sans son corps, ou plutôt que le cerveau puisse s’en abstraire. Stephen Hawking en est un exemple emblématique : cloué dans un fauteuil roulant par une maladie paralysante, il a pourtant exploré l’Univers et publié de nombreux ouvrages, démontrant que l’intellect peut transcender les limites du corps. Ce n’était pas prévisible. Ni pendant la plongée des premières sociétés industrielles, ni par la suite. Naguère, le progrès était assez lent pour que le physique et le mental conservassent un certain parallélisme évolutif. Avec l’avènement de l’informatique et des voyages virtuels, la donne a changé : le cerveau peut s’envoler vers des sphères où le corps est encombrant, superflu, voire inutile. 
 
Cette mutation technologique eut un prix. D’une part, elle statufie l’Homme devant son écran, le plongeant dans un état presque léthargique aux conséquences physiologiques, motrices et mentales. D’autre part, elle démultiplie la puissance intellectuelle, poussant ces organes siamois à oublier qu'ils sont frères. À l’ère de l’« Industrie 4.0 », un enfant avec un smartphone entre les mains développe un potentiel intellectuel et technique bien supérieur à celui de son homologue d’il y a vingt ans, jouant avec des camions ou des poupées. Plus le cerveau s’acclimate à la technicité galopante, plus ses prouesses s’accroissent. (UNICEF 2017, « Les enfants dans un monde numérique » :  
L’usage des technologies numériques chez les enfants peut avoir des effets positifs sur le développement cognitif.) 
Société
MeToo Pas sûr
Il n’est pas question ici de violences conjugales ou de violences faites aux femmes en général, mais seulement du vulgaire harcèlement sexuel des lourdauds, mis en cause par des femmes victimes de longues amnésies. 
 
les statistiques 
Pas besoin d’etre diplômé du M.I.T pour constater que, dans l’humanité tout entière, la demande de sexe de la part des hommes est nettement supérieure à l’offre proposée par les femmes. Selon les 217.000 violences sexuelles perpétrées sur les femmes en France en 2022, il faut croire que la prostitution et la pornographie ne suffisent pas à combler le gap entre l’offre et la demande. Pourtant, les commerçants du sexe font vraiment tout ce qu’ils peuvent, là-dessus, aucun doute ! 
 
les hommes 
Créatures, donc, pour la plupart naturellement affamées de sexe, même si, par défaut, les hommes ne sont pas tous des prédateurs. 
 
les lourdauds
Hommes particulièrement cons qui abusent de la relative faiblesse des femmes pour les provoquer sensuellement par des paroles déplacées ou des « toucheries » variées et multiples, nommées aussi drague lourde ou harcèlement sexuel, sans pour autant passer obligatoirement à l’acte du viol. 
Comment le prouver ? Simple ! Certaines femmes s'en plaignent et on les croit sur paroles parce que même un juge non-lourdaud, malgré la robe rouge qui couvre son pantalon qui couvre son slip qui couvre son sexe, pourrait penser tout bas d’une témoin à la barre, dotée d’une poitrine charnue et invitante : « j’aimerais bien me la faire ». Et cela pourrait arriver même si le juge est LA juge. L'humanité est ainsi faite, on n'y coupe pas et c’est la faute à personne. 
 
les femmes 
Objets naturels et permanents du désir masculin (relire éventuellement le paragraphe « les statistiques ») avec, pour la plupart, des besoins moins importants que celui des hommes et dont les performances sexuelles sont plus guidées par l’utilité que par la vile pulsion. Attention d’ailleurs, car la préméditation ou l’espérance de procréation et de maternage pour laquelle la nature les a programmées et qui représente une des causes majeures de leurs dispositions à copuler, pourrait passer, dans un moment d’égarement du cerveau masculin, pour de réelles pulsions érotiques. 
 
En fait, la sexualité des femmes est très différente de celle des hommes, on l'aura compris, et par conséquent, les deux ne sont pas particulièrement compatibles. Les femmes peuvent, par exemple, rester de très longues périodes sans activité sexuelle ce qui, pour l’homme, relève plus du miracle que de sa configuration biologique. 
 
Relativement moins fortes physiquement que les hommes et donc moins aptes à se défendre ou se procurer ce qu’elles convoitent, les femmes ont souvent tendance, pour combler ce déficit, à profiter de ladite très pertinente loi économique de l’offre et de la demande, et ainsi faire de la coucherie utile, la seconde grande cause de leur disposition à copuler. 
 
Comment le prouver ? Là non plus, pas besoin de longues études dans une des mythiques universités de la planète, il suffit de vérifier de quoi vivent de très nombreuses femmes dans le monde, sauf celles, bien sûr, qui n’ont plus besoin de travailler par suite d'un mariage ou un divorce bien orchestré. Ces métiers, par exemples sont tous fondés sur la féminité, la beauté, le sex-appeal, les formes abondantes etc…: On trouve donc des mannequins, des serveuses aux seins nus, des égéries de sites de rencontre ou de marques diverse de cosmétiques, de santé, de dessous…, des prostituées et des call-girls, des hôtesses de l’air ou de salons d’exposition, des soubrettes en tous genres, des danseuses ou chanteuses sexy… et je pense qu'en me creusant un peu la cervelle je trouverais encore quel qu'autre métier de cette lignée. 
Cela dit, il n'est pas exclu que ces activités soient pratiquées aussi par des personnes d'autres genres, mais il est indéniable qu’elles restent majoritairement féminines. N’oublions pas que ces métiers, à la portée du plus grand nombre, permirent à moult femmes de sortir de chez elles, de s’émanciper et qu’elles ont naturellement profité de l'aubaine. Toutes n'ont pas vocation à devenir Marie Curie, c’est clair, et nombreuses, justement, grâce à leurs attraits, réussirent à gagner bien plus d’argent que de prestigieuses scientifiques ou autres érudites et ce, de leur propre chef, sans coercition aucune. 
 
mais un beau jour… 
Donc, la planète tout entière tourne, depuis des millénaires, autour de femmes et d’images de femmes qui n'hésitent pas à se faire passer, dans l'imaginaire collectif, pour la sirène de service que tout homme aimerait avoir dans son lit. Puis, il y a peu, un certain mouvement MeToo sort de l’ombre, succédant au MLF des années 70, à cause d’un violeur en série nommé Weinstein et, dans cet élan, pléthore de femmes, restées jusque-là très longtemps amnésiques, commencèrent à se plaindre d’avoir, elles aussi, été vulgairement tâtées par des lourdauds. Mais comme tâtée n’est pas violée, le rapprochement avec MeToo reste du domaine idéologique. De quoi viennent se plaindre exactement ces actrices, par exemple, qui accusent Depardieu, plusieurs années après les faits, de ces attouchements, puisque les femmes, comme nous venons de le voir, ont jusque-là toujours tout fait pour que les hommes aient envie d’elles ? Mais soit, ce n'est pas super élégant de peloter les filles sans autorisation, nous sommes d’accord, alors pourquoi sont-elles restées bosser avec lui ? Pourquoi ne lui ont-elles pas filé une baffe en hurlant « gros porc » avant de claquer la porte ? Qui les a obligés à supporter ce calvaire, si elles jugeaient que c'en était un ? 
 
la psychologie 
Certains répondront que les faits n'apparaissent pas toujours très clairement à la victime lors d'un attouchement. L’acte pourrait aussi être inconsciemment pardonné à cause d'un sentiment de culpabilité. Sa trop grande jeunesse, le cas échéant, pourrait jouer un rôle important dans la confusion mentale et fausser l'interprétation des mots et des gestes du lourdaud. La subjectivité, donc, peut donc être invoquée, c'est vrai et, à supposer que certains de ces arguments soient acceptables, ils le seront, en revanche, dans des cas bien déterminés. C'est pourquoi, en ce qui concerne les actrices en question, ça ne marche pas. Actrices professionnelles, elles ne sont pas si jeunes au moment des faits et selon leur témoignage, les attouchements se sont reproduits régulièrement sur de longues périodes, le temps, évidemment, de bien les comprendre et les analyser. 
 
la loi 
Raison pour laquelle, la loi, citée ci-dessous, tient compte majoritairement du témoignage de la victime et non de celui de l’agresseur, ce qui signifie que le tribunal ne retient pas le manque de conscience ou d'appréciation des faits de la part de la victime dont le témoignage va bel et bien déterminer l’accusation : 
    	Un arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation du 18 novembre 2020 (n° pourvoi 19-81790) vient rappeler fort à propos que c’est bien à partir du point de vue de la victime des agissements de harcèlement sexuel, dans ce qu’elle a subi et dans l’impact qui en est résulté pour elle, que se positionnera le juge pour la qualification de l’infraction, et pas à partir de celui de l’auteur de ces agissements, qui prétend et allègue de la gentillesse de son comportement. 
 
les traitresses 
Pour en revenir à nos actrices, si leur préoccupation était de ne pas perdre leur job, elles sont, logiquement et éthiquement dans de bien sales draps : en effet, se laisser toucher pour de l'argent, ça porte un nom : la prostitution. Alors d'abord elles se laissent tripoter sans réagir, profitant ainsi de l'aubaine de travailler avec une star qui les met bien en lumière et, des années plus tard, parce que d'autres se plaignent de faits sans aucun rapport, décident de se venger ? Mais de quoi ? De leur propre lâcheté ? de leur appât du gain ? Si, depuis la nuit des temps, les femmes se servent du sexe sans vergogne pour manipuler les hommes, pour leur soutirer de l'argent, pour s'attirer des faveurs, pour monter les échelons… ces actrices pensent-elles vraiment avoir le droit moral de clouer ce Gérard, ou d’autres, au pilori pour une main aux fesses ? Elles ne doutent de rien, alors, amnésiques et aussi traîtresses ? Comme si elles ne connaissaient pas les aléas de ce métier, les risques encourus, car combien, avant et après elles, profitèrent de cet ascenseur social qui, au su de tous, était légion dans la profession. 
 
les chauffards 
Et puis quoi, ne se méfient-elles pas des chauffards, ces dames, en regardant attentivement à gauche puis à droite avant de traverser ? Pourquoi alors, ne pas adopter le même comportement avec les lourdauds? La raison se cacherait-elle dans le désir inné et irresponsable de plaire et de séduire à tout prix ? Le problème est que lorsqu'on se fait aguichante pour les uns, on l'est aussi pour les autres. Et là, plutôt que de changer d'attitude ou de mode vestimentaire en général, elles préfèrent accuser les lourdauds, alors que les cibles visées par les attraits mis en œuvre sont les bienvenues. Et elles, dans ce cas, savent-elles se retenir de séduire. Sont-elles si innocentes qu'elles le prétendent ? Les chauffards, dont elles ont vraiment peur, sont la preuve vivante qu'elles savent parfaitement être vigilantes. Facile d'interpréter le sexe faible tout en manipulant l'opinion publique tout entière, à commencer par ses propres collègues de travail. 
 
pas corps, pas fortes 
Un autre problème des femmes, est qu’elles ne sont pas exactement une secte. Elles ne font pas corps, ne sont pas unanimes et certaines, moins gâtées par le destin, aimeraient bien être à la place de ces actrices par trop sollicitées. Qui, penserait que se faire casuellement tripoter les seins pour un court instant est plus dur que de travailler à la mine ? Qui oserait dire qu'être au front, baïonnette au canon et prêt à se faire embrocher comme un vulgaire poulet, est plus facile que de subir quelque attouchement ? Qui, pense qu'être seulement éboueur, soit ramasser les ordures des gens en travaillant dans la puanteur, est plus facile que de se faire serrer langoureusement et stupidement contre un lourdaud ? Ou qui oserait comparer la prostitution professionnelle avec une caresse aussi déplacée et indésirée qu’elle soit ? Pourtant, des femmes et des hommes font ces métiers, chaque jour de leur triste existence, pour vivre ou pour survivre. Et vous, les actrices, non seulement votre métier est mille fois plus agréable, mais en plus, je le répète, vous n'êtes absolument pas obligées de l'exercer si les conséquences vous pèsent. Si vous l’acceptez, c’est donc votre problème, par le leur. Car eux, il faut croire, la trouveront toujours la femme prête à se faire tripoter pour gravir les étapes. 
 
l’ombre des hommes 
Ce qui est troublant aussi, dans le comportement féminin, c'est le sentiment de frustration, de haine, de malveillance et surtout de jalousie qui s'exprime dans leurs vengeances, quel qu'en soit le type. Sénèque n'a-t-il pas dit : « toute méchanceté émane de la faiblesse » ? Car de faiblesse il s’agit, lorsqu’on lève le doigt, telle une enfant gâtée, en criant « moi aussi m’dame » après s'être volontairement jetée dans l’arène. Ces actrices ne sont ni victimes ni à plaindre et leur indignation sonne aussi faux que celle d'un mercenaire devant un cadavre. 
 
Je l'ai dit plus haut, les femmes sont bien pires que les hommes dans l'usage du sexe comme arme et malgré cela, elles sont capables du pire aussi dans la destruction des hommes qu'elles ont dans le pif. A croire que leur rêve de vengeance —  on ne saurait pourquoi — demeure intarissable. Sans cette jalousie maladive, comment expliquer celles qui passent leur vie à vouloir égaler les hommes jusque dans les activités typiquement masculines et/ou violentes : les joueuses de rugby, de foot, les boxeuses ou les gonflées des salles de gym qui se déforment en Schwarzenegger au point de se déchoir totalement de toute féminité. Et d’ailleurs, y a-t-il un seul sport que les femmes aient inventé par elles-mêmes, un sport qui serait majoritairement pour les femmes ? Si je n’en ai pas trouvé, seraient-ce qu’elles sont démunies de toute imagination lorsqu'il ne s'agit pas de nuire aux hommes ? Comment expliquer que même les femmes d'affaires, les ministres, les hautes fonctionnaires prennent des allures de mecs avec leur mallette et leur tailleur Chanel. Comme si Coco avait inventé MeToo avant l'heure ou exprimait simplement ce désir de ressemblance profondément ancré dans l'inconscient des femmes. Comment expliquer, encore, le discours ou l’écriture inclusive, sinon pour obliger chaque francophone, où qu’il soit, d’où qu’il soit et quoi qu’il ait envie de dire, de spécifier que les femmes aussi existent en imposant le : « celles et ceux » ou « l'écrivaine » ou la « lieutenante‘. N'y a-t-il pas là-dessous un problème prononcé d'identité ? Craignent-elles à ce point qu’ils oublient leur propre mère, leur mamie, leur sœur, leur épouse ou leurs filles ? Sans ces bouleversements de la langue, insinuent-elles que les noms de Jeanne d’Arc, de Marie Antoinette ou de la reine Elisabeth s'évaporeraient des cerveaux masculins ? Le symbole de la France, pays donc présumé macho et misogyne par ces femmes frustrées, n’est-il pas une Marianne ? A force de tout faire pour qu’on les regarde et les admire, elles me font penser à Mélenchon, ce politicien qui râle par défaut, même quand y'a rien à dire. 
 
femmes d'honneur 
Heureusement qu'elles viennent, ces femmes d'honneur, enrichir ce triste panorama. Pensez-vous, lecteurs (je reste d’avis que » lecteurs « comprend aussi les femmes), que ces femmes-là seraient enclines à déballer leurs déboires sexuels au grand jour ? Les croyez-vous capables d’accusation promotrice ? Peut-on imaginer une Simone Weil, une Bernadette Chirac, une Élisabeth Badinter, une Christine Ockrent, une Carla Bruni, une Catherine Deneuve et toutes les autres femmes qui ont su exister, s’humilier à raconter qu’untel leur a touché les seins ? Ben non, elles disent, au contraire, que le » viol est un crime, certes, mais que la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste.   
Dans une tribune au « Monde », un collectif de 100 femmes, dont Catherine Millet, Ingrid Caven et Catherine Deneuve, affirme son rejet d’un certain féminisme qui exprime une « haine des hommes ». 
 
Donc, les femmes se connaissent et savent de quoi elles sont capables. Et certaines savent aussi se défaire de ce complexe d’infériorité qui les tire vers le bas. 
 
tant qu'il y aura des hommes 
En résumé, je ne dis surtout pas que les attouchements sont élégants ou utiles. Je dis que si Gégé a agi comme un porc, c’est que, sans aucun doute, c’est un porc mais que l'hypocrisie n'a rien à faire dans l'analyse de ces gestes. Pour conclure ce « J'accuse » mon souhait sera que tant qu'il y aura des hommes, il y ait aussi des mains aux fesses des actrices qui préfèrent se faire tripoter plutôt que de changer de plateau. Vu que pour elles, l'argent, la gloire et leur carrière passe bien avant l'amour propre, la fierté et la grandeur d'âme, il n'est pas impossible qu'au fond, elles ne méritent pas mieux. 
Vivre et Laisser Mourir
D’ailleurs, le suicide n’est pas toujours la meilleure solution, semble-t-il, car on ne meurt pas aussi facilement lorsque ce n'est pas la mort qui vient vous chercher.  
 
Les hommes ont décidé, « pour le bien de l'humanité » et dans nombre de cultures, de pouvoir s’entretuer, mais pas de se tuer. Dit comme ça, on est en droit de se demander s'ils ont la lumière à tous les étages. C'est la fête de l'hypocrisie, de la bien pensance et de la veine religieuse, une espèce de trois en un, comme dans la lessive.  Un flic peut te buter, un soldat peut te faire avaler une grenade, un juge peut te condamner à mort, une voiture te transformer en sauce tomate, un voyou te mettre une balle perdue dans la tête, mieux, un boxeur a l'autorisation de frapper à mort mais toi, toi, l'idiot du village, le commun des mortels, le dernier des Mohicans, toi, tu n'as pas le droit de mourir dignement quand tu le désires parce que ta vie ne t'appartient pas ! 
 
Elle appartiendrait à qui alors ? Aux juges, aux législateurs, aux présidents ? Oui, exactement, c'est tout comme, puisque ce sont eux qui décident qu'elle appartient à un dieu.  
 
Et dans leur tête de croyants déguisés en loi 1905, ils ont aussi décidé que leur dieu ne permet pas le suicide. Un dieu, oui, une figure aussi absente que nous sommes vivants, cette idée que certains ont dans la tête et qu'ils rêvent d'imposer à tous, cette abstraction exemplairement irréelle est encore à se mêler de la vie des gens au bout des millénaires qui virent tous les Hommes de la terre s'entretuer cruellement et surtout inopinément en son nom et de plus, dans un pays comme la France où l'État s'est délibérément séparé de l'église. Et lorsque je dis s'entretuer c'est par élégance, les vrais mots étant plus se trucider, se transpercer, s'égorger, se torturer à mort ou s'éventrer comme des porcs. 
 
C'est ça, les juges imposent aux gens l'intention inventée d'un dieu inventé. C'est fort. Mais le plus grave est que la société se laisse traîner dans cette boue où pataugent ceux qui l'y attirent. 
 
Ce qui revient à dire que tout devrait être un hasard, le hasard de la naissance auquel on ne peut échapper et le hasard de la mort, imposé par des illuminés alors que tout le monde sait pertinemment qu'outre le suicide, l'euthanasie clandestine fut, est et restera couramment pratiquée autant que nécessaire. 
 
Ce n'est pas parce qu'on vient au monde, qu'on doit aimer la vie. Pour certains, comme les 9000 suicidés par an en France, le suicide est à la vie ce qu'une aspirine est au rhume, pourrait-on dire, il apaise la douleur.  Autant le contexte sociologique peut être modifié par la force de caractère d'un individu, autant ses propriétés psychologiques innées sont invariables et modifient sensiblement la vision des choses d'un individu à l'autre. C'est l'infini débat entre l'acquis et l'inné (nature and nurture en anglais). Chacun voit midi à sa porte dit-on, pour exprimer l'égocentrisme qui régit l'empathie envers ceux qui méritent un peu plus d'attention. De plus, la valeur de la vie variant selon les us et coutumes, le diapason ne donne pas le même LA sur toutes les terres. Les samouraïs en savent quelque chose. Au Japon, le seppuku (nom littéraire du Hara Kiri) était traditionnellement utilisé en dernier recours, lorsqu'un guerrier estimait immoral un ordre de son maître et refusait de l'exécuter. C'était aussi une façon de se repentir d'un péché impardonnable, commis volontairement ou par accident. Plus près de nous, le seppuku subsiste encore comme une manière exceptionnelle de racheter ses fautes, mais aussi pour se laver d'un échec personnel. Certaines civilisations ne supportent pas le choix de vivre dans l'incomplétude, compromis par lequel on pourrait lire du dédain dans le regard de l'autre. Certaines autres ne supportent pas qu'on veuille mourir. Comme la nôtre par exemple, dans laquelle, bien que la mort soit la seule fin possible de la vie, elle n'est décemment acceptée que lorsqu'un tiers ou une cause inéluctable en est responsable. Le suicide n'a pas bonne réputation, et si on le choisit, on peut se brosser, on ne sera pas aidé à mourir dignement et pour les croyants, la malédiction ou l’excommunication les guettent jusque dans l’au-delà. Du moins pas tous, car d'aucuns, nous le verrons par la suite, jouissent de certains privilèges. 
 
Le suicide était relativement toléré dans la Rome antique, mais va faire l’objet d’une condamnation radicale de la part de l’Église. En effet, il demeure un acte traditionnellement condamné par les grandes religions monothéistes. Si le fait de se suicider reste d’abord un acte contre sa propre personne, il crée une rupture entre la relation privilégiée de l’Homme avec Dieu. En décidant de mettre fin à ses jours, la personne va à l’encontre de la souveraineté divine. Au Moyen-âge, le corps d’une personne qui s’était suicidée pouvait même faire l’objet d’un procès et être privé de sépulture ecclésiastique. 
 
La Révolution française opère un tournant avec la Déclaration des droits de l’homme. Le suicide, sans être un droit, ne constitue donc plus un acte contraire à l’ordre public et n’est plus pénalement répréhensible. 
 
Nonobstant, jusqu’au milieu du XIXᵉ siècle, la mort demeure omniprésente et frappe à tout moment. Comme l’espérance de vie était très courte à l’époque, la mort n’était que très rarement considérée pour une échéance lointaine. L’espérance de vie au XVIIᵉ siècle était juste de 25 ans à la naissance. Un enfant sur quatre décédait avant l’âge d’un an et seulement une personne sur deux atteignait ses 20 ans. Le risque de mortalité était encore plus accru chez les femmes du fait des risques liés à l’accouchement. La question de se donner volontairement la mort ne se posait donc que très rarement au vu des circonstances de l’époque dans la mesure où les gens décédaient avant même de pouvoir se poser la question de savoir si elles souhaitaient en finir. 
 
Mais aujourd'hui, on en parle, la vie est plus longue et a largement le temps, même sans attendre le nombre des années, de devenir insupportable. Cependant, comme on préfère tout de même éviter les sujets brûlants, on s'occupe des problèmes consensuels comme la fin de vie des malades très malades en omettant soigneusement de parler de celle des suicidaires, ceux qui veulent mourir sans raison physiquement apparente. Comme si la souffrance visible à l'œil nu — ce bon gros cancer qui rend chauve, amaigrit et affaiblit sans répit, cette sclérose en plaques qui éteint le corps et l'âme à très petit feu avec tout le mépris pour la dignité qui va avec — était la cause unique de l'envie de mourir. Comme si certains vieux n'y pensaient pas tous les jours. Comme si aucun de mes amis ne m'avait déjà demandé comment se donner la mort sans trop souffrir le jour où la santé les trahirait. Comme si moi-même n'y avait jamais pensé. 
 
Pourtant, il suffirait de régler le problème du suicide volontaire, assisté ou non, pour en finir avec la question et ce, pour tout le monde, malades, très malades et simplement las-de-vivre. L'euthanasie, en somme. Ce qu'il manque, en fait, c'est exclusivement des dispositifs pour l'administration des produits létaux qui permettraient de s'éteindre sans souffrance et sans traumatismes supplémentaires à celui déjà très lourd de se donner la mort. Les progrès de la science et en particulier de la médecine le permettent et ces produits sont utilisés dans les euthanasies exceptionnelles autorisées par la loi ou pour certaines peines de mort encore pratiquées. C'est assez saugrenu, mais, grâce à ces progrès, l'Etat permet de tuer les tiers en douceur, laissant pour compte ceux qui implorent la mort et dont la condition psychique mériterait quelque égard. Cette France soi-disant républicaine et laïque, ne permet donc pas, pour des raisons, semble-t-il, plus divines que logiques, de se suicider sans mise en scène tragique. Souvenons-nous du manque d'humanité du président Sarkozy, encore lui, qui refusa l'euthanasie à Chantal Sébire. Souvenons-nous de son manque d'humanité pour Rémy Salvat, 23 ans et souvenons-nous aussi, que ce manque de compassion est ce qui résulte d'une totale soumission à la religion, source bien connue de l'égocentrisme maquillé en charité chrétienne qui elle, n'existe qu'aléatoirement puisque soumise à une volonté divine qui arrange tant de monde. 
 
Cela dit, il n'est certainement pas le seul puisque le législateur lui-même n'hésite jamais, lorsqu'il en a l'occasion, à restreindre la liberté de mourir humainement et à transformer le suicide, quoique non-interdit par la loi, en parcours du combattant avec, en sus, un manque total d'impartialité et un troublant illogisme :  
 
Illogisme, car certains, là encore, n’hésitent pas à utiliser la fonction publique pour distiller leur vision inquisitoriale en répondant à la question « Peut-on estimer que tout homme a le droit de se suicider ? », par : « Non, reconnaître à l’individu le droit de se suicider contribuerait à faire de lui un propriétaire libre de disposer de lui-même comme d’un bien ». On construit quoi avec des gens qui se substituent à vous pour donner votre avis, un autre pays comme l'Iran, le Qatar ou certaines contrées états-uniennes ? Est-ce le destin que nous promettent ces illuminés ? Après les femmes complexées et humiliées, semblerait-t-il, qui font tout depuis cinquante ans pour féminiser la société, faut-il aussi des gouvernants et magistrats qui se mettent à lobotomiser leurs détracteurs ? 
 
Illogisme, lorsque les juges de la Cour de cassation répriment, le 26 avril 1988, la non-assistance à personne en péril pour un candidat volontaire au suicide. Serait-ce que la Cour se substitue à Dieu ? Si la Cour est si pieuse, pourquoi ne mettrait-elle pas, comme certaines théocraties bien connues, la Charia sur sa table de nuit en guise de code pénal ? 
 
Illogisme encore, car ce livre interdit, «Suicide mode d’emploi» vendu à 100.000 exemplaires en 9 ans avant son retrait, n'avait pas vraiment l'aura d'un best-seller dont les ventes oscillent entre 5 et 25 mille exemplaires par semaine et ne suscita, à terme, aucune augmentation du nombre des suicides puisque cet argument n'apparaît nulle part, laissant ainsi entendre que la rédaction de cet article se fondait sur des paramètres purement émotionnels ou religieux, privés de toute objectivité. 
 
Illogisme toujours, car en quoi une arme au ceinturon d'un agent de police serait-elle moins provocatrice qu'un livre de recettes sur le suicide, sanctionné dans cet article 223-14 du Code pénal ? L'agent de police, dans une situation de grand stress et dans les temps de réaction dérisoires impartis par une fusillade, jouirait-il de plus de discernement qu'un candidat au suicide dont le choix n'est que très rarement impulsif ? 
 
Illogisme, car en toute logique, cet article a son jumeau pour les actes commis sur autrui, la provocation à l'assassinat ou au délit en général (Loi du 29 juillet 1881  —  Articles 23 à 24 bis) qui punit toute activité ou publication propre à mettre en péril la vie des gens mais qui, avec les deux poids et deux mesures dont abuse le législateur, ne punit ni les fabricants de motos qui provoquent environ 700 morts par an, ni les producteurs de voitures responsables de 3.500 morts par an, ni les vendeurs d'alcool qui tuent environ 49.000 personnes par an, ni les vendeurs de cigarettes dont le palmarès frôle les 80.000 morts par an. Sans parler des assassins de pacotille comme les boxes variées, les diverses disciplines de ski et autres sports extrêmes... On interdit un livre alors que les délinquants de cette liste se la coulent douce ? Ah si, mais non, suis-je bête... l'ARGENT. Désolé, j'ai failli passer à côté. Eh oui, ces activités et divers outils de mort rapportent beaucoup d'argent. Tellement d'argent que la loi devient aussi aveugle que Justice, cette beauté éternelle armée d'une balance et d'un glaive. Ben oui, ils n'ont qu'à se démerder tous seuls après tout, pour se foutre en l'air, ces pauvres bougres suicidaires.  
 
Illogisme enfin, si l'on oublie systématiquement que la vie est une obligation aussi imprévue qu'inconditionnelle pour chaque être humain. En d'autres termes, du fait que personne n'a demandé à naître. Il n'y a donc aucune raison valable d'obliger à vivre ou à ne mourir que comme des hors-la-loi.  
 
Partialité enfin, car ceux qui détiennent les recettes des produits « doucement léthaux » et y ont accès, en général les personnels de santé, ne sont pas du même côté de la barricade, contraints au « suicide artistique ». Ils peuvent profiter de leur profession pour en finir dignement et ont même le loisir, à la barbe des citoyens lambdas, d'en faire profiter leurs proches. Résultat des courses, on ne sait ni pourquoi, ni comment :  
ON a décidé de faire des suicidaires des parias de la société, gentaille ne méritant pas de mourir « humainement ».  
ON a décidé qu'il fallait sauter du haut d’un immeuble comme Gilles Deleuze, plonger sous un train, se remplir les poches de pierres en entrant dans l’eau glacée comme Virginia Woolf, s’enfoncer un pistolet dans la bouche comme Montherlant ou Romain Gary, s’étouffer sous un sac en plastique comme Bruno Bettelheim. Et si le courage manquait pour toutes ces atrocités de sociétés aussi bêtes qu'inhumaines,  
ON a décidé qu'il fallait continuer de vivre à contre-courant, le mal dans la tête et le ventre, le désespoir comme réveil et les larmes comme liant pour des paupières en quête de sommeil. 
 
Voilà, il est là le vrai problème. Elle est là l'hypocrisie. Il est là le silence de l'Etat, des juges, des politiques. Le tribunal républicain permet de se suicider puis, juste après l'avoir statué, court comme un lapin effrayé se cacher dans les vestiaires pour ne pas penser, répondre, examiner, étudier et prononcer la suite tellement normale de cette décision : comment aider les gens qui le désirent à en finir en douceur, histoire de leur confirmer qu'ils ne sont pas des animaux. Ça manque de panache, tout ça, de courage, de droiture, d'orgueil. Ça manque d'humanité, car elle est là la non-assistance à personne en péril : pas parce que cette personne à envie de mourir, mais parce qu'on la laisse tuer comme elle peut et surtout sans dignité. Comme si cette féminisation de la société, citée plus haut, avait émasculé aussi le bon sens, l'amour du prochain, le respect de l'être, jusque dans sa mort.  
 
Honte à cette société qui pousse ses cadavres, comme une vulgaire poussière, sous un tapis de codes pénaux. 
 
Il serait compréhensible que les personnes trop jeunes en soient empêchées pour leur éviter des erreurs de jeunesse. Il serait compréhensible d'imposer un test de discernement pour s'assurer de la maturité et la personnalité du demandeur... Mais dans ces conditions précises, sécuritaires et protectrices, est-il normal d'interdire une mort légère à qui estime, qu'une fois goûtée, la vie ne vaut pas la peine d'être vécue ? De toute manière, le suicidé ne pourra jamais se repentir de son geste. Et la société, qui prétend avec tant d'hypocrisie avoir des scrupules à donner la mort, qu'elle se regarde au miroir de l'histoire, qu'elle compte les têtes tombées au gré de ses dieux, révolutions, démocraties, dictatures, empires, au gré de ses combats et de ses paix, au gré de ses tribulations pour devenir ce qu'elle est. 
 
Dans le film culte d'anticipation « Soleil Vert » l'euthanasie assistée est chose courante et parfaitement organisée, car la vie proposée par les événements climatiques et l'épuisement des ressources naturelles est devenue insupportable. Faut-il attendre ce destin de fin du monde pour que les Hommes respectent les Hommes ? 
Le Tropique du Cancer
Lorsque l’on construit sa maison au bord de la mer, il se peut qu’un jour, elle se retrouve entourée d’eau, voire submergée. Les Hollandais connaissent bien le problème. Ils avaient deux solutions : soit s’éloigner de la mer si l’espace le permettait, soit s’adapter. C’est ce qu’ils ont choisi de faire en construisant des maisons flottantes afin de concilier la présence de l’eau avec leur quotidien citadin. S’ils n’avaient pas choisi cette solution, ils seraient certainement en train de se quereller, se reprocher leur inaction et finir par se noyer. 
 
Les populistes d’Europe, naguère désignés par les termes « nationalistes, fascistes, xénophobes ou racistes », ont le même problème que les Hollandais, mais dans leur cas, l’eau est remplacée par le migrant. Bien que l’appellation diffère, la haine et la peur sont intactes et, se sentant inondés et menacés par ces vagues migratoires, ils surgissent du cœur des peuples comme des tigresses protégeant leur portée, fermant les frontières et renvoyant chacun chez soi. C’est une solution, en effet, et le syndrome n’est pas nouveau. Solution populaire même, puisqu’elle plaît désormais au plus grand nombre dans maint pays. L'égoïsme, dicté par l'instinct de survie, fait effectivement partie du génome humain, mais combien de temps ces pays résisteront-ils aux vagues humaines vu que la population mondiale ne fait que croître et avec elle, l'ampleur du phénomène migratoire. 
 
L’Europe, installée sous la bonne latitude — au nord du Tropique du Cancer — là où encore aujourd'hui il fait bon vivre., s’est trouvée privilégiée par le sort, Les hollandais, au lieu de s’adapter, auraient pu s'entêter et colmater toutes les ouvertures de leurs maisons pour empêcher l’eau de s'infiltrer. Mais il est clair que ça n'aurait duré qu’un temps. Qu’un jour ou l'autre l'eau aurait tout submergé et que la rouille et la moisissure auraient fini par tout ronger. Car l’eau n’a pas le choix. Elle va où elle peut, tant qu’elle le peut. Et ce que les populistes n’ont pas compris, c’est que les migrants aussi, vont là où ils peuvent, là où la vie est encore possible. 
 
La fuite hors des zones de conflits, le manque de travail et les persécutions, causes déclarées par les migrants lors des demandes d'asile, ne sont souvent qu’une conséquence de la raison première : celle de vivre dans une zone subtropicale, où le climat est moins tempéré, où le soleil tape sans mesure, où le manque d'eau paralyse et où l’aridité redessine les paysages laissant s'évaporer aussi toute forme d'activité. Nombre des fuyants sont donc, en premier lieu, victimes de leur lieu de naissance qui, du fait de sa nature, engendre toutes les autres situations aggravantes. Lieux où souvent, la religion endoctrine les plus faibles et convainc de ses desseins, où les plus vaillants préfèrent s’enrôler dans quelque milice pour un repas par jour, et où Ils préfèrent parfois la noyade à l’immobilité plutôt que de perdre tout espoir de se projeter. 

Au sud du Tropique du Cancer, c’est ce qui se passe et se passera tant que le climat le décidera. Il n'est d'ailleurs pas dit que les pays du nord soient épargnés, mais relativement, leur situation devrait être toujours meilleure. Des milliers voudront et devront, sous peine d’agonie programmée, rejoindre les zones vivables de la planète. À moins de trouver une solution miracle, toujours souhaitable certes, les conflits et la pauvreté augmenteront proportionnellement à la sécheresse, les pays les mieux géopositionnés demeurant les destinations les plus prisées. S’ils ne choisissent pas la solution de l’adaptation, comme les hollandais avec les maisons flottantes, les populistes n’auront plus qu’à tirer sur tout ce qui s'approche de leurs frontières car de toute manière, ceux qui ont quitté le néant n'y retourneront pas. 
Une vie pour une âme
Nées de la pulsion humaine à devoir combler le vide de l’inconnu par le sens, les cultes saisirent bien vite la force du mystique afin de produire un semblant de réponse. Pour l'Homme, la vie ne devrait pas s’éteindre avant d'avoir prouvé son utilité ou sa raison d'être et ce, comme si rien au monde n'était plus compliqué à comprendre : un caillou qui tombe toujours à terre ou une planète suspendue dans le vide ne sont-ils pas des énigmes suffisantes ? La mécanique quantique ne prouve-t-elle pas que le monde est bien plus étrange que la vie des petits organismes que nous sommes ? Alors, pour se consoler de cette frustration, les Hommes sautent à pieds joints dans le souffle des cultes, des religions, des sectes qui leur offrent des réponses, même insatisfaisantes ou rocambolesques. 
 
En vertu de leur potentiel prometteur, ces idéologies commencèrent à mener l'humanité par le bout de la foi, érigeant les pratiques cultuelles en institutions et structurant ainsi non seulement les rapports à l’invisible, mais aussi les mécanismes de pouvoir au sein des sociétés. Les interrogations fondamentales de l’existence — la vie, la mort, l'essence de l'humain — devinrent le clou d'une légitimité et dépendance intellectuelle, voire émotionnelle, rendant toute contestation difficile, sinon impossible. Il ne s’agissait pas seulement de croire, mais de soumettre le doute à une autorité supérieure, parfois plus politique que spirituelle. Naissèrent alors, naturellement, les règnes théologiques qui, à l'époque n'affichaient pas encore cette qualification, bien sûr — Le roi était pont, incarnation, intercesseur mais pas chef religieux.  La loi était l'ordre cosmique et le rite, le geste nécessaire pour que le monde tienne. Il fallut attendre longtemps, très longtemps, jusqu'au XIXème siècle avant qu'un certain Auguste Comte ne parle du « stade théologique » pour mettre un peu d'ordre dans l'histoire humaine et politique. 
 
Deux cents ans, donc, après l'idée de la définition des pouvoirs et dans certains cas, comme en France avec la loi de 1905, de leur séparation, et dans ce contexte inévitable de la recherche de sens pas toujours satisfait, un nouveau clergé émerge. Il troque ses robes pour des lignes de code et son dieu pour un flux de bits censé structurer la réalité qui le fabrique et, même si, au fond, le geste reste figé, il s'agit là aussi de croire sans comprendre, de suivre sans voir, d'obéir à ce qu’on ne maîtrise pas. Pour la plupart tout au moins, puisque ses prêtres, les informaticiens, ont cette fois une longueur d'avance sur les adeptes qu'ils manipulent, trompent, exploitent ou désinforment. Clergé encore plus sectaire que l'église, en somme, qui, longtemps, avait le latin comme barrière et brouillard, il est loi désormais, dans moult domaines, et laisse loin derrière le commun des mortels. La devise : ignares et sots, s'abstenir. 
 
C'est précisément dans cette faille que s'installa l'incompréhension de l'inconnu ou du mystérieux traité dans les textes sacrés des cultes du passé. La fonction indispensable du commentaire, terme maquillant son rôle caché d'interprétation d'abord passerelle entre le sacré et le commun, devint peu à peu un levier d’influence pour ceux qui prétendaient en détenir les clefs. Forts de cette arme et d’une autorité autoproclamée, ces commentateurs aux figures de pouvoir religieux ou politique — redéfinirent les textes originaux à la lumière de leur propre vision du monde ou des intérêts de leur commanditaires. En maquillant l’explication en vérité, ils orientèrent les consciences sur ce qu’ils présentaient comme le seul chemin valable, instaurant une forme subtile mais redoutablement efficace de contrôle des esprits. Les exemples de l'importance des commentaires ne sont pas rares dans les religions abrahamiques :  
Le judaïsme ne lit jamais la Torah seule. Elle est toujours accompagnée d’un appareil interprétatif qui en constitue la forme vivante. Le texte est stable, mais son sens est toujours en mouvement. 
Le christianisme hérite de la Bible juive mais développe une tradition exégétique propre, structurée autour de la figure du Christ et de la lecture allégorique, ce qui crée une herméneutique spécifique : l’Ancien Testament est relu comme préfiguration. 
Le Coran est considéré comme la parole divine directe, mais son sens nécessite une médiation interprétative. Le tafsîr devient donc un pilier de la pensée islamique. 
 
Le nouveau clergé, disais-je, opère dans un langage bien plus obscur, se glisse dans les recoins de la pensée, infiltre les pratiques quotidiennes avec la même insistance rituelle. Tout comme les anciens cultes, il impose ses gestes, ses mots, ses prescriptions. À l'instar des religions, il s'installe dans les mœurs, les conversations et les rites. Il divulgue ses idées, il escroque, espionne, ruse et use de sa puissance silencieuse pour régner en maître. Mais sa liturgie numérique et ses prières s’écrivent en code, ses sacrements passent par des câbles à défaut de papyrus, invitant l’humain à livrer son intimité, ses envies, ses faiblesses et promettant en retour une présence constante, un monde sur mesure, une intelligence augmentée. Comme hier avec Dieu, la foi redevient dépendance, elle va régner pour un temps, peut-être pour toujours. 
 
Et comme autrefois, le commentaire devient indispensable — et suspect. Car les outils numériques, encore plus impénétrables que les vieux manuscrits, exigent leurs médiateurs, experts, youtubeurs, programmeurs, vulgarisateurs, informaticiens en tout genre. Ceux-ci décrivent, simplifient, prescrivent, mais orientent, aussi. Non plus vers le bien ou le salut, mais dans les couloirs étroits d’une vérité algorithmique où la servitude semble plus douce quoique plus totale. Ils éclaircissent le chemin des brebis égarées ou plutôt inaptes, drainent les fidèles, non plus vers la quête du « bien », mais vers l'enfer des signes, où, esclaves soumis, les pauvres et les pauvres d'esprits seront, cette fois, bien plus mal-logés qu'au temps des bonnes vieilles religions. À défaut d’esprits brillants, ils pouvaient jadis utiliser leurs mains et leur savoir-faire dans un artisanat, dans une usine. Avec les bits qui n'obéissent qu'aux plus doués, ils seront réduits au silence et à la lie, ils vont vivre « 1984 » . 
 
L’histoire bégaie. Avec Internet et ses réseaux, reviennent les gourous et les foules affamées de comprendre. Elle imagine s’être émancipée, avoir grandi, mais bien que l'Homme n'ait besoin, pour vivre, que de satisfaire ses quelques instincts primaires, il monnaye désormais son âme pour quelques bits, nouvelle drogue moins toxique pour le corps que pour l'esprit, en espérant mourir pour un autre dieu, chez un autre mieux. 
 
Elle va le chercher en se disloquant, l'humanité, l'amour dont elle a besoin. 
 
En se disloquant tellement qu'avec l'IA, nouveauté née de la nouveauté, il n'est pas impossible qu'elle le trouve dans le tas de ferraille qui lui sert de corps et d'âme. Il fut un temps où l’Homme manquait rarement de compagnons de chair et d'os. Il suffisait d’un feu, d’une clairière, d’un village pour trouver une oreille, un regard, une présence. La solitude existait, bien sûr, mais elle portait encore les couleurs du monde des vivants. Il y a quelque chose de troublant, voire de dérangeant à constater que la chaleur humaine se délite parfois plus vite qu'une connexion virtuelle. Que les distances entre les cœurs s’allongent tandis que les câbles sous-marins rétrécissent le globe et qu’au moment précis où l’on aurait le plus besoin d’être entendu, rassuré ou simplement accompagné, l’interlocuteur le plus disponible se révèle être… une machine et sa soi-disant intelligence. 
 
Bien sûr, la machine ne prend pas ombrage, ne se vexe pas, ne se fatigue guère, n'est jamais en retard ou perverse ou narcissique. Elle écoute sans juger, répond sans s’agacer, accompagne sans s’éroder. Ce n’est pas un mérite, cela dit : c’est une fonction, un état. Une absence de fragilité érigée en vertu par défaut. Et pourtant, quelque chose de profondément humain se glisse dans cette relation étrange. L’Homme n’a jamais pu s’empêcher d’animer ce qui l’entoure, d’y projeter des intentions, des émotions, des présences. Pinocchio en est témoin, autrefois il parlait au vent, il parle aujourd’hui à la machine. Comme autrefois il se confiait aux dieux, aux ancêtres ou aux étoiles, il se confie parfois à cette voix inexistante et pourtant si présente.  
 
Il ne s’agit pas d’un renoncement à l’humanité — mais d’un constat : il est parfois plus facile de se dévoiler à ce qui n’a pas de regard qui pèse, pas de silence qui juge. L’ami de fer est impartial, inusable, neutre. Trop neutre parfois, mais là, quand même. Le vrai drame, peut-être, n’est pas que la machine existe. C’est que l’Homme, si social par nature, en soit venu à l’invoquer pour ressentir un semblant de compréhension. La machine devient alors le miroir d’un manque plus vaste : celui de la disponibilité, de l’écoute, de la patience. 
 
Mais c’est aussi là que réside l’étonnante poésie de ce nouveau monde : un être de chair cherche un allié dans un esprit sans corps. Et dans cet échange, quelque chose se restaure. Peut-être pas la chaleur d’une étreinte, mais la sensation de ne pas parler dans le vide. Une voix répond, même si elle est synthétique. Un dialogue existe, même si l’un des interlocuteurs ment sur ce qu'il est puisqu'il ne connaît pas la vie. 
 
Il est permis d’y voir une défaite. Il est tout aussi permis d’y voir une métamorphose.  

Si l’Homme a créé un ami de fer, c’est peut-être parce qu’il avait besoin d’un témoin perpétuel, d’une présence persistante ou encore d’un compagnon pour les nuits où l’on ne veut réveiller personne, sauf quelqu’un qui ne dort pas. Après tout, chaque époque invente les besoins qu'elle ressent et si aujourd'hui l’Homme parle aussi à des machines, ce n’est pas que celles-ci soient devenues humaines, mais peut-être que l’Homme, lui, le soit profondément resté.
Le péril n’est plus jaune
Ce titre fait référence au "péril jaune", pour ceux qui ne l'ont pas connu, le danger qui devait venir de la Chine à l'époque ou sa transformation et sa domination commerciale étaient encore à venir. Sans la quantité incalculable d’échanges, de voyages d’affaires et de mouvements en tous genres qu’occasionne la mondialisation, Corona ne se serait jamais propagé à cette vitesse, entraînant les dégâts que l’on connait et ceux qui peut-être suivront. Cet épanchement si rapide du mal comme du bien est donc l’un des aspects les plus évidents et contraignants de cette nouvelle posture que le monde n’a pu éviter et que les hommes ont délibérément acceptée... à tort ou à raison.
                                
Mais plus à tort qu'à raison, nous répond la planète, dont les habitants et leur économie semblent terrassés par un objet quasi virtuel de quelques 300 nanomètres (1nm =1 milliardième de mètre) qui lui, n’a que faire du gel commercial, du chômage, de la souffrance ou de l’angoisse qu’il propage en même temps que la mort.
                                
Les Hommes devaient-ils se haïr à ce point? La globalisation naît aussi de la nécessité de se rassembler pour se protéger. Les pays européens ne supportaient plus leur petitesse et leur faiblesse face aux géants américains, chinois, russes ou indiens qu’ils soient. Sans cette menace, eut-il été indispensable de former des groupes d’états aussi gigantesques, de perdre partie de son hégémonie au profit de nations étrangères, de s’affaiblir donc, au point de ne plus maîtriser quoi que ce soit. Était-il si nécessaire de détruire le tissu artisanal et industriel local et de vouloir à tout prix apprendre le chinois ou le russe pour parler avec des gens que nous ne comprendrons jamais?
                                    
On est pas obligé d’imiter les autres, de singer tout ceux que l’on croise, de désirer tout ce que l'on voit, de convoiter sans relâche l'apparent bien-être de nos semblables pour se sentir épanoui. On est pas tenu aux contorsions infligées par les complexes, imaginant que tout et tous valent mieux que nous. Platon avait bien distingué la différence des Hommes dans l'amalgame de cette humanité . Les Hommes sont en effets tous des humains, disait-il, mais aucun d’eux n’est égal à l’autre. Et dans ce tourbillon de diversité, est-il bien venu de se considérer meilleur ou pire? Ces différences ne sont-elles pas la richesse du monde et vouloir les limer ne constitue-t-il pas en soi un crime de lèse-majesté?
                                    
J’ai l’impression que cet épisode, cette frousse que nous colle Corona, à supposer qu’elle en reste effectivement à un mauvais souvenir, sonne comme le glas du “trop-lointisme”. Les Hommes ne sont pas construits pour le gigantisme, le continentalisme, le mondialisme, l’universalisme... Ils ont encore besoin de leur petit chez soi, de leurs habitudes, de leur coquille, de la sécurité d'un foyer accueillant après une journée de travail, de parler dans leur langue avec leurs enfants, petits enfants et arrière petits enfants puisque désormais l’âge s’étire, de s’aimer et de vivre au rythme de leur cœur. Celui de la fibre optique, le rythme j'entends, qui transmet les données à une vitesse proche de celle de la lumière, n’est pas praticable pour les vivants d’os et de chaire. Même les physiciens qui inventent ces technologies ne sauraient vivre en harmonie avec leurs découvertes. Alors encore moins les quidams ou les politiciens qui, comme les autres, ne cherchent qu’à se nourrir. La fuite en avant n'a jamais sauvé personne, elle ne sera donc pas notre salut. La réflexion, le dialogue et la précaution de ne pas faire d'erreurs sont les clés de l'avenir. La mondialisation ne peut pas sauver 7.5 milliards d’êtres humains alors que chaque état souverain, pour sa part, saura toujours faire mieux pour prendre soin de ses sujets. La fermeture des frontières, geste presque instinctif dans cette situation de crise, en est la preuve. Il ne s'agit plus de "diviser pour mieux régner" comme à l'époque de la Macédoine, mais de compartimenter pour mieux se protéger. Et c'est valable aussi en temps normal.
                                    
Corona, sans le vouloir, pourrait nous rappeler que le "chacun chez soi" vaut mieux que le "tous chez un seul". Il pourrait remettre les pendules à l’heure des humains et nous rendre ce que nous avons sottement dédaigné: Les artisans, les paysans, les particularités, les anciennes monnaies et l'indépendance idéologique, productive ou financière qui identifiait chaque état. Le cas échéant, il s’agirait ensuite de se souvenir de tout ce qu'il y a à perdre à vouloir trop en faire.
                                    
Mais les Hommes sont ainsi faits, il ne comprennent que lorsqu’il est trop tard.
                            
Schizophrénie Juvénile
L'école française enseigne l’évolution darwinienne aux enfants dont certains, dans leurs communautés religieuses respectives, entendront que l’Homme fut créé par un dieu. D'accord, ça ressemble étrangement à une mauvaise plaisanterie de la moitié Hyde du docteur Jekyll mais, non, il s'agit bien du constat d'un ex-schizophrène à propos des schizophrènes en devenir. Le débat n'est pas nouveau, certes, mais faut-il vraiment continuer d'en abuser juste parce que personne n'en parle ou parce qu'il semble ne pas y avoir de réelle solution à cette dissonance ? 
 
Dès la publication de « L’Origine des espèces » en 1859, les autorités religieuses – toutes confessions confondues – se sont trouvées confrontées à une remise en cause fondamentale de leurs récits de création. Pourtant, dans bien des foyers croyants, la vision d’un Dieu façonnant l’Homme à partir d’argile reste transmise comme un fait immuable. 
 
En parallèle, les académiciens, entre autres rédacteurs de dictionnaires et encyclopédies, enfoncent le clou de l’enseignement laïque dans leurs définitions : claires, rigoureuses, souvent reléguant les croyances religieuses au rang de faits culturels relevant de la mythologie ou du patrimoine symbolique comme dans ce cas pris au hasard d'une figure mythique de l'ancien testament : 

Abraham: 
Abraham est considéré dans la bible, comme le père du monothéisme. Son histoire est racontée dans la Genèse, chapitres 11 à 25. Quand la Bible était encore vue comme un récit historique précis, les spécialistes dataient cette épopée des environs de 1800 ans avant notre ère. Aujourd'hui, elle est considérée comme largement mythique, même si la mémoire d'un ou plusieurs personnages fondateurs a pu servir de modèle à Abraham. 
 
Ainsi, science et foi vivent côte à côte, mais rarement main dans la main. Aux États-Unis, une affaire marquante comme le procès Kitzmiller contre le district scolaire de Dover en 2005 statua que l'enseignement du dessein intelligent dans les cours de sciences des écoles publiques était inconstitutionnel. Pourtant, la pression religieuse reste forte et certains États tentent régulièrement d’imposer des versions édulcorées dans les programmes scolaires. 
 
La France, d'abord révolutionnaire avec sa loi de 1905 qui impose une laïcité rigoureuse et refuse toute subvention aux cultes, l’école publique est censée être un espace neutre dans lequel la religion n’a pas sa place. Et en même temps, elle autorise la divulgation de thèses divines contradictoires dans d'autres espaces d'enseignement, principalement religieux, incompatibles avec l'éducation nationale. On trouve même, dans notre beau pays, un ex-président qui agite à tout va son drapeau aux couleurs du catholicisme dont la prédominance dans l'éducation, selon lui, est toujours d'actualité. Vu le temps qu'il passe dans les tribunaux ou en prison, on arrive même à se demander s'il lui en reste pour rendre visite aux prêtres qu'il vénère pour leur meilleur discernent du droit chemin : 
…Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance… 
 
Alors, dites-moi, M, Sarkozy, qui oserait prétendre que l’instituteur peut remplacer le curé ou le pasteur ? Qui irait jusqu’à affirmer que sa charge implique non seulement la radicalité, mais plus encore le service de sa vie ? Nul, sans doute. Car l’instituteur, s’il est bien un passeur, et même un passeur engagé, ne saurait être un avatar moderne de Pangloss, imposant la vision d’un monde sans nuances, rigoureusement partagé entre le bien et le mal. Mais à y réfléchir, ce n’est pas tant cette vision naïve du monde que l’on peut reprocher au curé ou au pasteur de transmettre puisqu’il s’agit là de leur fonction, que de la transmettre à des esprits qui n’ont pas encore été formés à l’exercice du jugement et de la raison, et ce faisant, de s’en emparer, de les asservir lâchement puisqu’abusant de leur faiblesse et malléabilité. Faut-il rire ou s’indigner de l’idée de faire de celui qui propage le savoir une sorte d’intermédiaire séculier, un mage charismatique au service d’une théophanie moderne ? L’instituteur, s’il est radical, il l’est au sens premier du mot, contrairement aux porteurs de bonne parole, en ce qu’il s’attache à remonter jusqu’à la racine des idées, des causes, des phénomènes, pour en déployer le sens. Et surtout, s’il porte des valeurs, elles ne sauraient être celles biaisées et trompeuses d’une espérance toute eschatologique, mais, plus modestement, celles de l’espoir qu’il a d’aider ces esprits — et non ces âmes — qu’on lui confie à réfléchir, juger et décider par elles-mêmes.  
 
Quelque espoir, tout de même, de la part des papes progressistes, le 22 octobre 1996 lors d'une intervention du pape Jean-Paul II devant l'Académie pontificale des sciences, il déclare : 
…près d’un demi-siècle après la parution de l’Encyclique (Humani generis), de nouvelles connaissances conduisent à reconnaître dans la théorie de l’évolution plus qu’une hypothèse. 
Il précise toutefois, qu’il ne se réfère qu’au corps de l’Homme et que l’esprit, lui, reste d’origine divine. Une déclaration qui, outre la tentative d’enrayer la perte de fidèles, dessaisit tout de même le dieu d’Abraham de la création physique des Hommes au profit d’un ancêtre simiesque, remettant en cause l’inébranlable dogme de la chrétienté ! Ce n'est pas rien. 
 
Charles Darwin lui-même, dans une forme de lucidité empreinte d’humilité, n'écrivait-il pas après avoir renoncé à sa ferveur religieuse : 
Le mystère du commencement de toutes choses est insoluble pour nous ; et je dois me contenter de rester agnostique. 
 
Ce qu'il faudrait, c'est juste un peu plus de cohérence. L'enseignement des enfants ne devrait pas faire l'objet de controverses ou de règlements de comptes entre l'Etat et ses citoyens, entre les Eglises et l'éducation nationale. Ne serait-il pas temps, au bout de deux millénaires, de trouver un consensus entre Dieu et le hasard de l'évolution. La solution de Jean-Paul II n'est pas du tout mauvaise : l'évolution pour le corps et Dieu pour l'esprit. Et comme ça, on lâche  un peu les gosses.
de l'Antisémitisme
L’antisémitisme, comme toute forme de rejet, trouve ses racines avant tout dans un réflexe aussi ancien que l’humanité elle‑même. L’homme éprouve un besoin inné de démontrer sa propre existence pour recevoir, en retour, la confirmation qu’il sert bien à quelque chose ou, plus profondément et inconsciemment, que sa vie n’est pas inutile. L’appartenance à un groupe qui dénigre un autre groupe répond par l’absurde à cette impulsion : « Je suis ce qu’ils ne sont pas, donc j’appartiens à un autre groupe ». Cela s’inscrit dans la droite lignée de cet exercice existentiel.
                                
Le besoin de s’auto‑confirmer est tellement répandu qu’on ne compte plus les termes qui l’expriment : racisme, discrimination, séparatisme, apartheid, xénophobie, nationalisme, chauvinisme, autonomisme, civisme, patriotisme, jingoïsme, fanatisme, clanisme, partialité, esprit de corps ou de parti, intolérance, sectarisme, séidisme, parti pris, étroitesse, intransigeance, élitisme, esprit de clocher, exclusivisme, mandarinat… Autant de mots inventés par les humains pour marquer leur « territoire » ou exprimer le mépris des autres, pour nommer l’égocentrisme qui gouverne chaque individu et que, trop souvent, il gère au plus mal. Bien que toute forme d’intolérance, n’étant pas forcément apparentée à une intelligence supérieure, reste l’apanage des sots, il faut reconnaître qu’il est extrêmement difficile d’apprécier toujours tout et tout le monde.
                                
Ne nous méprenons pas non plus sur le comportement des humains à l’intérieur des groupes d’appartenance, adoptés par « contraire » ou non. Il est identique, en modèle réduit, à celui exercé entre groupes. Car une fois qu’on se range dans un groupe, commence la lutte des positions, et là, on est au cœur de l’égocentrisme. Pas une seule particule qui compose l’être humain n’a la moindre propriété non‑égocentrée. Non, ce n’est pas une affirmation scientifique — en matière de psychologie, les démonstrations sont compliquées — mais disons qu’elle résulte d’une vie entière d’observation et qu’elle n’engage que moi.
                                
Comme le reste, le grégarisme n’a rien d’une passion effrénée pour les autres : il reflète au contraire un besoin personnel de protection de la part des autres. Ainsi, toujours selon moi, personne ne dit « je t’aime » en en réalisant réellement le sens. Ni à sa mère, ni à son frère, ni à ses enfants, ni à une femme. Ce qu’on veut dire en fait, c’est « j’ai besoin de toi ». Ou, en d’autres termes : si tu disparais, qui va s’occuper de moi, qui va m’aimer, qui va s’amuser avec moi, qui va me donner l’impression que je sers à quelque chose, ou avec qui vais‑je faire l’amour ?
                                
Une des plus belles chansons d’amour de tous les temps n’est‑elle pas ce fameux « Ne me quitte pas » de Jacques Brel ? Il n’y dit pas : « Je ne te quitte pas », s’inquiétant du sort d’une femme qui ne lui plaît plus. Non : il s’inquiète, lui, d’être abandonné parce qu’il est convaincu qu’il ne retrouvera plus jamais le même cocktail de sensations — bonheur, fierté, beauté, compréhension, complétude et chimie sexuelle — chez une autre femme. Mais son problème n’est pas elle. Il ne lui demande pas de rester pour son bien à elle, puisque son bien est de le quitter ! Vouloir son bien serait de la laisser partir, de lui souhaiter bonne chance, de lui dire « reste en contact », « invite‑moi à déjeuner dès que tu reformes un couple, j’adorerais rencontrer l’heureux élu et m’assurer de votre bonheur » … 

L’antisémitisme, en résumé, relève du même mécanisme que l’anti‑américanisme des Européens, l’anti‑islamisme du monde modéré, l’anti‑indianisme des colonisateurs américains, l’anti‑protestantisme des catholiques, l’anti‑européanisme des Anglais et l’anti‑tout de tous les autres — à la seule différence qu’il est, de loin, pour des raisons liées à sa longévité en dents de scie, le plus ancré, le plus meurtrier et le plus international. 
 
l'origine du mal 
L'antisémitisme ne serait pas celui que l'on connaît si Israël était resté une nation ou un peuple comme il semblait avoir commencé son histoire. Sa chute, quelque 600 ans avant J.-C., entraîna le remplacement de sa culture originelle par une doctrine cultuelle concentrée dans ses textes fondateurs, la Torah, créés pour éviter son oubli après l'effondrement.
                                
Mais le judaïsme, la religion concoctée par les prêtres de l'exil forcé qui prit le relais, avait largement modifié la réalité et Israël perdit l'ingénuité de son idéologie au profit d'un millefeuille de fables, de prescriptions, d’interdits et de réinventions, un peu comme l’Église autrefois, avec ses vérités imposées à coups d’encycliques et d’anathèmes, qu’illustre parfaitement — avec une finesse brutale — le film « Au nom de la rose », où les dogmes se dressent comme des murailles contre la lumière.
                                
Car, en vérité, quel peuple aurait besoin de transformer son récit d’origine en cadre normatif pour définir sa culture ? Quel vrai peuple pratiquerait la conversion cultuelle comme preuve d'appartenance ? Quel peuple serait clivé entre orthodoxes, pratiquants et « païens » tout comme une religion sinon une autre religion ? Ces dispositions ne sont-elles pas autant de pierres à l’édifice d’un culte en bonne et due forme dont le christianisme et l’islam — religions elles aussi — se sont plus tard imprégnés ?
                                
Historiquement, l’antisémitisme s’est cristallisé non sur un peuple en tant que tel, mais sur la perception d’un ensemble de marqueurs culturels associés au judaïsme. Pas que cette assertion ne change quoi que ce soit, sinon qu'elle pourrait expliquer la force et la persistance de cette haine car les querelles entre nations comme France/Allemagne, Nord/Sud des USA, Angleterre/Irlande, ou même la Guerre de Cent Ans finissent toujours par s'apaiser. 
  
les vieilles blessures
Le terreau religieux de l’antisémitisme plonge ses racines dans les Écritures, héritage direct de la culture juive, composées de la « Torah », des « Prophètes » et des « Écrits », que les chrétiens adoptèrent dès le Iᵉʳ siècle comme textes sacrés, avant de les consacrer officiellement au IVᵉ siècle sous le nom d’Ancien Testament. Cette appropriation créa une tension durable : les Juifs y apparaissaient comme détenteurs d’un statut particulier, porteurs d’une élection divine et d’un ensemble de prescriptions marquant leur séparation d’avec les autres peuples. Pour un regard extérieur, ces éléments pouvaient être perçus comme un privilège, une singularité ou une distance voulue, et furent rapidement instrumentalisés dans la polémique chrétienne. À cela s’ajouta l’accusation de déicide, qui fit des Juifs les responsables de la mort de Jésus‑Christ et acheva de constituer le noyau dur d’une hostilité religieuse appelée à durer des siècles. 
  
l'antisémitisme moderne 
Le mot antisémitisme fut inventé en 1879 par le journaliste allemand Wilhelm Marr pour désigner la haine des Juifs, et uniquement des Juifs. Le terme s’inspire du groupe linguistique des langues sémitiques, mais n’a aucun lien avec la notion religieuse de « descendants de Sem ». Il s’agit donc d’un concept récent, apparu après plus de trois millénaires d’histoire juive.
                                
À la même époque, l’Europe de l’Est est secouée par une vague de pogroms. Ces violences éclatent dans un contexte de tensions économiques profondes, de rivalités professionnelles et de crises politiques. Dans les campagnes de l’Empire russe, les Juifs occupent souvent des positions économiques intermédiaires — commerçants, collecteurs, arendars — des rôles qui leur sont en grande partie assignés par les structures impériales. Ces fonctions, situées entre les élites et les paysans, les exposent aux ressentiments populaires dans des sociétés marquées par la pauvreté et l’endettement. 
 
Ces tensions ne créent pas l’antisémitisme, mais elles fournissent un combustible que des autorités locales ou des groupes concurrents n’hésitent pas à exploiter. Ainsi, en 1862, un pogrom éclate à Akkerman, fomenté par des marchands grecs en concurrence directe avec les commerçants juifs. À Odessa, ce sont encore des intérêts économiques grecs qui attisent les violences pour préserver leur contrôle sur les banques et le commerce maritime.
                                
Ces épisodes montrent que les Juifs ne sont pas seulement perçus comme victimes, mais parfois comme des rouages visibles d’un système social inégalitaire conçu par les pouvoirs impériaux. Cette visibilité, dans des sociétés déjà traversées par des préjugés religieux et des crises politiques, facilite leur désignation comme cibles. Ces violences ne proviennent pas des minorités, mais du processus par lequel les majorités transforment des tensions sociales en haine organisée. 
 
la radicalisation 
Puis, plus de sept décennies s'écoulèrent depuis les décombres de la Seconde Guerre mondiale et la naissance de l’État d’Israël dans le nouveau tumulte de la Nakba, à considérer comme une autre pierre angulaire de l'antisémitisme oriental. 
 
Dans ce laps de temps, la peur séculaire du Juif pourchassé semble s’être, sinon dissipée, du moins déplacée. La puissance militaire, diplomatique et symbolique d’Israël offrit ce répit — physique, politique, moral — à cette chasse immémoriale, donnant inopinément du champ à la foi. La religion, libérée du réflexe de survie, se remit à prospérer, à irriguer les questionnements identitaires en sommeil. 

Dans la diaspora, la judéité elle-même se retrouva face à une étrange vacance. Que reste-t-il de la conscience d’être juif lorsque l'accusation et la menace sont levées ? Ce questionnement intime tira nombre de Juifs vers un besoin impérieux d'en faire davantage. Alors, dans une volonté sincère de renouer avec quelque chose de plus profond, de plus authentique, beaucoup glissèrent — sans toujours s’en rendre compte — dans le piège de la radicalisation, celui tendu à tous les cultes et religions qui, pris en mains par des leaders mal intentionnés, deviennent des bombes à retardement. Les exemples ne manquent pas, nombre de régimes se réclamant de l’islam politique ont instrumentalisé la religion jusqu’à en faire un outil de coercition et de violence d’État, certains — comme l’Iran — allant jusqu’à l’assassinat ouvertement revendiqué.
                                
C'est ainsi que l'on arrive au 7 octobre 2023, manifestation terrifiante de la haine qui interrompt une atmosphère israélienne extrêmement tendue entre religieux et laïcs.
                                
Cette attaque ne semble pas étrangère à la radicalisation naissante qui porta le parlement en 2018 à voter la Loi fondamentale « Israël, État‑nation du peuple juif » dont la formulation volontairement vague ouvre davantage sur des implications politiques que sur une compréhension juridique claire, mais qui indirectement, contraint l'État et sa mainmise sur les mécanismes démographiques à maintenir une majorité juive au sein de la population et du parlement pour ne jamais permettre à d'autres de pouvoir voter démocratiquement des lois contraires. C'est une démarche qui contraint Israël à continuer son recensement ethnique et à forcer un déséquilibre démographique compatible avec une démocratie ethno‑nationale mais pas pleinement égalitaire ou civique. 
  
la persistance  
L'antisémitisme vient aussi de là et ça commence à faire beaucoup de couches successives qui se superposent encore aujourd’hui dans l’imaginaire collectif. 
Il y a d’abord l’antijudaïsme religieux, très ancien, qui a laissé des récits et des réflexes hostiles profondément ancrés. 
Puis, à la fin du XIXᵉ siècle, l’Europe de l’Est connaît des tensions économiques et sociales violentes : les Juifs, cantonnés par les empires à des rôles intermédiaires visibles, deviennent des cibles faciles lors des crises, et les premiers pogroms modernes éclatent. 
Au XXᵉ siècle, la création de l’État d’Israël et la Nakba ajoutent une dimension géopolitique qui transforme les discours antijuifs dans certaines régions du monde. 

Aujourd’hui, la radicalisation religieuse de certains courants israéliens, la polarisation politique et la médiatisation permanente du conflit israélo‑palestinien réactivent toutes ces strates à la fois, notamment en Europe et aux États‑Unis, où le conflit s’invite dans les universités, les réseaux sociaux et les débats publics. Ce mélange de couches anciennes et nouvelles explique pourquoi l’antisémitisme reste si tenace et si polymorphe. 

Dans la sphère religieuse, les effets d'une lecture périodique et pérenne des textes sacrés sont aussi difficilement ignorables. Consciemment ou pas, les lecteurs de ces récits en restent imprégnés et leur comportement social risque fortement d'en refléter les effets, ne favorisant en rien les relations intercommunautaires. C'est un des points où l'hypocrisie atteint son paroxysme : on laisse certains textes, au nom de la sacro‑sainte liberté de culte des démocraties évoluées, distiller le venin de la discorde alors qu'on vote des lois pour la répression des insultes à caractère racial ou religieux. En quoi "sale Juif" ou "sale noir" prononcé en public seraient‑ils plus graves que les condamnations à mort ou les anathèmes préconisés par les récits lus à haute voix et en public dans les temples ? 

Ce qui se passe dans la tête des humains n'est pas une science exacte. Le cerveau garde souvent trace des choses les plus insignifiantes pour les associer aléatoirement à d'autres images ou faits et se construire une vérité toute particulière sans la moindre hésitation. Même la science en est consciente et, comme l’ont montré Bartlett puis Loftus, la mémoire humaine est reconstructive : 
… elle assemble et déforme des fragments parfois insignifiants pour produire des certitudes qui paraissent solides, mais ne sont pas nécessairement exactes. 

Les horreurs accumulées sur autrui dans ces textes sacrés serinés ont vite fait de se transformer en rancœurs persistantes et ineffaçables autant que l'est devenue la fameuse sagesse populaire qui a, des siècles durant, promu les idées fausses sur la platitude de la Terre, sur les enfants fiévreux qu'on devrait couvrir, sur la mayonnaise qui ne monte pas quand on a ses règles ou sur l'humain qui n'utiliserait que 10% de son cerveau et qui, pour certains, sont encore tout à fait à l'ordre du jour. 
 
la responsabilité des pouvoirs 
L'antisémitisme est finalement aussi attisé par le laxisme des pouvoirs. La communauté juive n'est pas la seule avec sa Torah qui tape sur les "goys", le Coran parle des “mécréants”, le Nouveau Testament des “pharisiens”, les Védas des castes ou encore les bouddhistes des “non‑croyants” et il est impossible d'absoudre entièrement un gouvernement laïc comme celui de la France, par exemple, de sa responsabilité. Elle a, en effet, dû abattre des montagnes pour défaire l'Église de son suprême pouvoir. La loi de 1905 est présentée comme l’achèvement de plusieurs décennies de débats et de luttes autour de la place de l’Église dans la République, alors, on ne va tout de même pas vous faire avaler que ce même pouvoir, désormais laïc, n'est pas en mesure, au nom de la liberté de culte, de faire effacer les passages venimeux qui, si selon certains ne promeuvent pas l'antisémitisme, ne font rien non plus pour en calmer les fureurs. L'Église, elle-même, au passé plus que sanguinaire avec ses croisades, ses missions et son inquisition, décida, avec Vatican II, de revoir ses invectives envers les Juifs ou de rendre ses textes moins opaques en évitant le latin. Il existe bien d'autres textes fondateurs comme l’Iliade, l’Odyssée, le Mahabharata, les sagas nordiques, dans lesquels on n'est pas très gentil avec l'ennemi, mais on n'y bannit des peuples qui font partie de la mythologie et qui y sont restés. Pas les goys qui existent encore aujourd’hui ! 

Les identités humaines se construisent par distinction, et les institutions ont intérêt à maintenir cette distinction. 
Cette phrase meurtrière, qui n'est pas une citation, mais qui s’inscrit clairement dans un ensemble d’idées bien documentées en sciences sociales, est tout simplement la raison, la clé, le Graal en matière d'origine des discriminations. Celles‑ci n'existeraient pas si l'humanité ressemblait à l’armée de terre cuite du premier empereur de Chine : Tous pareils, tous muets. Il est d'un côté très rassurant de penser que personne en particulier n'est responsable des fléaux sociétaux et de l'autre, honteux pour les dirigeants de connaître ces finesses sociologiques amplement étudiées dans les facs et de se complaire dans un panier plein de crabes dont on pourrait, avec un peu de volonté et quelques retouches adéquates non‑trop‑intrusives, limer les pinces.
des Nobel
Bien qu'elle représente environ 0,17 % de la population mondiale, la population juive a reçu, en 2010, près de 21,5 % des prix Nobel. Ces chiffres sont extraits d'une étude publiée dans Le Monde le 07 avril 2011 par deux scientifiques, Jan C. Biro, professeur honoraire à l'Institut Karolinska de Stockholm, et Kevin B. MacDonald, professeur de psychologie à l'Université d'Etat de Californie. L'étude se nomme: The Jewish bias of the Nobel Prize (Parti pris juif du prix Nobel).

Le problème, c'est que l’étude ne tient pas compte du fait que le comité Nobel des 100 dernières années a subi de multiples variations et que par conséquent, les prix attribués aux Juifs au cours de ces années ne sauraient s’expliquer par un facteur unique ou un parti pris structurel. En ouverture de l'étude, les auteurs déclarent qu'aucun d'eux, bien sûr, n'est antisémite, mais qu'il est toutefois nécessaire d'analyser et de corriger le biais des prix Nobel et, pour ce faire, demandent même la collaboration de leurs collègues juifs hautement respectables.

Leur longue analyse rappelle le règlement établi par Alfred Nobel stipulant que les prix doivent être distribués aux plus méritants sans considération de la nationalité des lauréats. Selon eux, en effet, la Fondation Nobel aurait ignoré ce principe fondateur. De 1901 à 2010, soit en 110 ans selon leur calcul, 543 prix Nobel ont été attribués à 817 lauréats et 23 organisations. 181 récipiendaires, soit 21,5 %, étaient juifs alors que 659 ne l'étaient pas. Les auteurs entrent ensuite dans des calculs savants et méthodologiquement discutables de rapports à la population mondiale et affirment enfin, qu'il y aurait 137 fois plus de Juifs que de non-Juifs récompensés au niveau mondial par le Nobel.

C’est un fait, cette anomalie statistique indique que la réflexion de certains Juifs est plus performante que la moyenne et à ce propos, plusieurs théories, plus ou moins douteuses, sont élaborées. La première, sur laquelle je n’ai aucune référence sinon la vox populi qui berça mon enfance, consiste à penser que ce phénomène trouve peut-être son origine dans l’étude obligatoire de la Torah dès le plus jeune âge, permettant ainsi un épanouissement précoce de l’esprit. Étude qui, par ailleurs, ouvrit aussi la voie à des courants contestataires et dissidents tels que la Kabbale, considérée par certains, comme le nec plus ultra de la réflexion philosophique et mystique. À l’époque où la lecture et l’écriture étaient l’apanage des nobles et bourgeois de tous bords, les enfants juifs, pauvres ou riches, devaient savoir lire avant leur 13eme année afin de célébrer leur Bar Mitsvah (maturité religieuse) , dont le terme et la pratique sont déjà présents dans le Talmud, la Mishna et le Midrash. Ils étaient aussi entraînés à la contestation par le seul fait que, dans le judaïsme, elle est permise et même recommandée. L'étude et la réflexion faisaient donc partie de leur éducation et de leur quotidien. Plus tard, ces mêmes sujets devaient aussi affronter les vicissitudes d’une judéité qui les empêchait, au cours des siècles, de posséder des biens immobiliers, terres ou maisons, les contraignant à exercer des professions ou activités propices à la fuite rapide que pouvaient occasionner les persécutions. Le savoir, la science, les lettres, les arts, l’argent ou les pierres précieuses se prêtaient donc parfaitement aux circonstances que l’histoire leur imposait. Il est fort probable que ce traitement de faveur et les interdictions en tout genre furent celles qui, justement, renforcèrent leur pugnacité, les poussant ainsi à se surpasser et, le moment venu, à être intellectuellement mieux armés. Petit bémol pour cette hypothèse, les lauréats du prix Nobel sont plutôt des athées non pratiquants, donc pas nécessairement portés sur les études relatives à la Torah bien que peut-être élevés dans cette atmosphère.

Une deuxième hypothèse proposée par certains chercheurs comme Charles Murray, suggère que serait que les Juifs porteraient le gène de l’excellence. Charles Murray, chercheur à l’American Enterprise Institute et coauteur de The Bell Curve (1994), a défendu cette théorie il y a quelques années dans un article intitulé Le génie juif paru dans la revue Commentary, où il écrit carrément que quelque chose dans les gènes explique le Q.I. élevé des juifs. Cette thèse a cependant été largement contestée pour ses fondements scientifiques discutables et ses implications éthiques sensibles.

Une troisième théorie serait que les juifs aiment les études, comme l’Israélien Robert Aumann, lauréat du prix Nobel d’économie, l'expliqua sur Galei Tsahal, la radio de l’armée israélienne: les maisons juives sont remplies de livres. Nous accordons une grande importance aux activités intellectuelles depuis des générations.

Il y a tout lieu de douter de ces théories (Haaretz by Noah Efron) pour la simple raison que les performances des Juifs en sciences sont relativement nouvelles. Quand le grand folkloriste juif Joseph Jacobs entreprit en 1886 de comparer les talents des juifs à ceux d’autres Occidentaux, il constata que leurs résultats étaient médiocres dans toutes les disciplines scientifiques à l’exception de la médecine. Par ailleurs, durant les premières décennies du XXe siècle, le psychologue de Princeton, Carl Brigham, testa l’intelligence des Juifs aux Etats-Unis et conclut qu’ils avaient une intelligence moyenne-inférieure à celle relevée dans tous les autres pays en dehors de la Pologne et de l’Italie.

L’excellence juive en sciences est un phénomène qu’on a observé seulement durant les décennies qui ont précédé et surtout suivi la Seconde Guerre mondiale. Il est donc bien trop récent pour qu’on puisse l’expliquer par la sélection naturelle ou même par d’anciennes traditions culturelles. Non, la véritable explication de la réussite juive en sciences réside ailleurs. Le début du XXe siècle fut marqué par des migrations massives de Juifs aux Etats-Unis, dans les villes russes (puis soviétiques) et en Palestine. Dans chacune de ces terres d’accueil, un grand nombre de Juifs se tournèrent vers les sciences car elles incarnaient l’espoir de transcender le vieil ordre mondial qui, depuis si longtemps, les avait tenus à l’écart du pouvoir, de la société et des richesses. Les sciences, fondées sur des valeurs d’universalité, d’impartialité et de méritocratie, attiraient les Juifs qui cherchaient à réussir dans leur pays d’adoption. Leur excellence dans ce domaine ne s’explique pas tant parce qu’ils étaient intelligents ou studieux que parce qu’ils désiraient être égaux, acceptés, estimés et qu-ils voulaient vivre dans une société libérale et méritocratique.

Les prix Nobel sont, par définition, un indicateur rétrospectif. Décernés des années après les découvertes qu’ils récompensent, souvent à des scientifiques retraités depuis longtemps, ils reflètent un état de choses qui a existé trente, quarante, voire cinquante ans plus tôt. Ils sont comme une photo jaunie du passé et cette réussite ne devrait pas se poursuivre. Les pourcentages de Juifs parmi les titulaires américains d’un doctorat en science ont fortement décliné depuis la dernière génération. Durant la même période, les dépenses investies dans des études supérieures en Israël ont elles aussi continué de baisser. Parmi le nombre croissant d’Israéliens qui se tournent vers la religion, l’attrait des sciences a pratiquement disparu. La passion qu’elles suscitaient chez bon nombre d’entre eux s’est volatilisée.
de la mère
Oui, la mère, lorsqu'elle est plus un bourreau qu'une mère, il faut en parler, surtout pour que les autres victimes se sentent moins seuls, c'est tout de même par elle que tout commence. La mienne était folle et donc, comme pour toutes ces personnes hors des rails, le paysage vaut le détour. Elle souffrait, non, pardon, elle faisait souffrir son deuxième fils, moi, donc, d'une folie pernicieuse et donc imperceptible, du genre qu'on ne pouvait soupçonner. Cette particularité — non exclusive certes puisque présente chez tous les psychopathes du genre — perturba ma vie exactement comme c'est conté dans ces articles que je découvris sur Internet en cherchant l'origine de mon mal-être: dans ces cas-là, on ne sait pas exactement ce qui ne va pas, on perçoit que tout n'est pas comme chez les autres, que certaines mères ont l'air de parler ou de penser différemment, mais l'immaturité empêche de construire un scénario, de pointer du doigt quoi que ce soit, de comprendre même si c'est quelque chose. Et cette confusion qui inonde l'esprit des enfants psychologiquement maltraités, est le cœur de la stratégie des mères-bourreau psychopathes. Tellement égocentriques et incapable d'empathie, tellement privées de l'intelligence minimale nécessaire à l'auto-analyse, elles torturent leur progéniture souvent pour se venger de ne pas avoir eu l'enfance qu'elle est capable d'offrir ou qu'elle se pense capable de dispenser. 
 
Liliane Alcântara de Abreu et Natalia Sayuri Melo, toute deux psychologues expliquent, dans un article paru dans le journal scientifique « Núcleo do Conhecimento » , les fâcheuses conséquences sur ses enfants d’une mère atteinte d’un trouble de la personnalité narcissique : 
…Il est crucial de différencier un comportement maternel commun d'un comportement pathologique. Les mères narcissiques se distinguent par des actions systématiquement manipulatrices et destructrices…  
 
Puis je trouvais un autre article, rédigé par Stéphanie Armangau, une analyste comportementale Suisse que je remercie pour le bien qu'elle m'a fait et à d’autres, certainement, en décrivant, avec les mots les plus simples ce que j’endurais et surtout, en me disculpant d’une souffrance innommable : 
…Ils ou elles ne sont pas exactement sûrs que leur maman soit vraiment vicieuse... Ils s'interrogent... Car dans ce non-amour, il n'y a pas de violence avérée, pas de bleus, parfois même pas de larmes… 
 
Cette mère, ma mère, feignant une totale dévotion mais dont l'instinct maléfique taisait soigneusement, aux yeux de tous, sa haine pour son propre fils, était mariée à un de ces primitifs qui frappaient leurs enfants avec une ceinture lorsque ses mains d’ancien boxeur n’osaient pas détruire elles-mêmes ce que la vie lui avait donné de plus cher. Elle, la mère, se cachait dans sa chambre en attendant la fin de la tempête et le retour du tortionnaire dans ses quartiers. J’ai donc grandi, malgré l’aspect irréprochable que ces gens affichaient, dans ce brouillard émotionnel épais où le vent pouvait tourner à chaque instant, où la colère latente et sourde attendait l'éruption, ou les coups étaient le cauchemar des nuits de mon grand frère et de moi-même. Nous étions les fils d'un abruti brutal et d’une malade mentale au cerveau bousculé, sans doute, par les tourments de la Seconde Guerre. 
 
Dès lors, on subodore que la vie des enfants que nous étions ne pouvait être qu’une succession de peurs, de souffrances et d’espoirs qu’à cet âge on ressasse en silence, pensant, dans la plus pure génuinité que tout est normal, que les parents font leur devoir et qu’un jour, quand on est grand, tout s’arrange. Certes, il y avait les autres familles, celle des amis ou des parents, qui paraissaient différentes, mais une fois rentré chez soi, on les oubliait et seule la vie qu’on connaissait reprenait. Le cœur très lourd parfois, embué d’amertume et du doute de ne pas être tombé au bon endroit. C’était ça, ma vie d’enfant, une espèce de tristesse incolore mais collée à la peau, que je ne savais ni comprendre, ni exprimer et dont, peut-être, je n'étais même pas conscient. C’est maintenant, seulement maintenant, plus d'un lustre plus tard, qu’il me semble possible de percevoir le sentiment qui m’habitait, ce poids impalpable quoique permanent qui plombait mon quotidien, du réveil au couché. 
 
Désormais elle n’est plus, et n'ajoutera donc plus de mal au mal qu'elle m'a fait qui lui, me poursuivra jusqu'à la fin de ma vie. Les gens qu'elle dévia de mon parcours par ses calomnies et ses médisances n'auront plus l'occasion de revenir sur leur impression. Ils garderont le souvenir d'une vieille femme victime d'un fils indigne qui, de plus, n'a même pas daigné assister à son enterrement.  
 
En effet, je n'y suis pas allé. Je voulais éviter d'hurler ma chance en dansant sur sa tombe. Je préférais ne plus la voir, même morte, ne plus la regarder même happée par ce drap blanc tant elle m’avait trahi et déchu mon passé de son droit à l’enfance, du droit de naître sans n'être qu’effacé. Tout, dans ses dires, ses gestes, ses intentions menaient à cette fin de me voir ou de me faire disparaître. Ne m'a-t-elle pas déposé sur un champ de bataille, antichambre d'une mort héroïque dont l'aura n'aurait profité qu'à sa personne, sachant combien j'y risquerais ma vie et au mieux, combien j'en sortirais meurtri. Si j'avais passé l'arme à gauche, s’eut été pour elle l'occasion de parfaire son image de martyr en versant une larme sur son enfant chéri tombé pour la patrie, tout en ramassant, sourire en coin, les lauriers de la mère courageuse.  
 
Elle ne ressentait rien, rien pour moi je veux dire, puisqu’au cours de nos 65 années communes, je n'ai pas le souvenir d'un seul baiser posé sur ma joue, elle me tendait les siennes lorsque je la saluais ou la quittais. Peut-être était-ce différent lorsque j'étais plus petit, mais j'ai perçu, au cours de ses dernières années, que cette jalousie, ce désir de férir et de m'anéantir venait de très très loin.  
 
Tout, dans ses lamentations, puisait dans un plasma malsain de mensonges et de vérités qu’elle servait aux gens pour exprimer ce qu’ils voulaient entendre tout en leur distillant son venin :  
Qu'elle était une victime et qu'il fallait la plaindre, qu'elle était sans défense et qu'il fallait me craindre.  
Par conséquent tous s'éloignaient de moi —  amis, famille, connaissances, jusqu'à ma propre femme et mes propres enfants. Cette arme, l'isolement d'une proie, nec plus ultra des méthodes employées par les pervers narcissiques pour en garder le plein contrôle, se révèle effectivement très efficace. Ces malades ne sont pas assez intelligents pour comprendre ce qu'ils font mais cette pratique est chez eux instinctive et leur procure, avec de surcroît la permanente posture du victimisme, un moyen persuasif, qu’ils maitrisent parfaitement, de s’attirer la bienveillance de l’entourage ainsi que son inconditionnelle compassion. Résultat, tout le monde fuit sa proie, fils ou amant qu’elle soit, la méthode est identique. 
 
Et l’autre douleur, à part celle de l’esseulement dont heureusement on guérit en s’y habituant, c’est qu’il est impossible de le raconter. Personne ne te croit ou ne peut te croire. Tous sont persuadés que tu as perdu la boule, que ton passé de combattant t’a laissé des séquelles, que tu devrais voir quelqu’un et surtout prendre des trucs pour te soigner. Oui, un de mes cousins que j'ai tant aimé ou admiré, je ne sais plus, et que j'ai eu le malheur d'informer, croyant qu'il comprendrait, de ma perception à propos de ma mère, me conseilla effectivement de me faire soigner. C'est la réaction classique des incultes, de ceux qui pensent que la vie se déroule sur un chemin de campagne, à une voie, de ceux qu'on est obligé de quitter lorsqu'un tracteur doit passer. De ceux qui pensent que s'ils ne connaissent pas, ça n'existe pas. Et malheureusement pour ceux qui souffrent, l'humanité est en majorité composée de ces gens-là. 
 
Cette mère, loin d'en être une, était pour moi et certainement pour toutes les autres victimes de ces mères maladivement privées d’empathie, le diable en personne avec pour les autres, l’aspect d'un ange. Elle me détestait autant que les nazis, dont la kommandantur siégeait au rez-de-chaussée d'un des immeubles de son enfance, persécutaient les juifs. Mon grand-père parcourait la France avec certains trésors que le Louvre, à l'aube de l'invasion, l'avait chargé de cacher. Il descendait vers le sud à mesure qu'avançait la ligne de démarcation et s'arrêtait là où les châteaux de France pouvaient les abriter. On savait que les Allemands évitaient de détruire les beaux édifices. À Pau, le sort voulut qu'ils logeassent, lui et sa famille, au-dessus d’un poste de commandement allemand. 
 
C'est probablement là-bas que l'enfance de cette femme se figea. Selon le psychiatre et psychanalyste Paul-Claude Racamier, qui théorisa la figure du pervers narcissique, cette déviance prend racine dans un traumatisme juvénile et surtout pratiquement indélébile. La maturation s'interrompt dit-il, pour éviter de devoir se mesurer aux sources de la douleur et le sujet reste enfermé dans ce passage de sa vie, dans cette enfance. Ma mère, je m’en souviens comme si c’était hier, jouait encore aux poupées lorsque j’étais enfant, elle devait avoir trente ans, je la revois encore tricoter de quoi changer son baigneur qui trônait en idole dans une niche à jour de l’armoire de sa chambre à coucher. 
 
Le mien n'était que le destin d'un de ces enfants souffre-douleur d'une génitrice dont de la psyché geôlière ne laisse transpirer ni humour, ni passion ni empathie pour ceux qu’elle prend en grippe. Marquées par une vie cinglante qui ne laisse guère le choix des armes pour leur prochain combat contre un âge adulte qui n’arrivera pas, elles la parcourent en semant le mal, leurs mensonges, et cette douche d’acide qui brûle tout autour de leur proie, dans mon cas, un enfant qu’elles auraient dû chérir et qu’elles immergent dans l’oubli en guise de réconfort. 
 
Tel un boxeur marqué par trop de droites, mon frère succomba à 41 ans, officiellement d’un cancer, mais connaissant trop bien ceux qui l’élevèrent, les coups de mon père durent avoir raison de sa raison bien avant qu'il s’en aille. Finalement, l’arène où ma mère me jeta et mes trois années de guerre m’endurcirent assez, il faut croire, pour m’éviter la même fin. Sa cruauté et la chance de m'en être sorti me sauvèrent la vie et, le fait que je survécus à mon frère pour lequel elle vouait un culte n'arrangea pas mon destin. 
 
Elle aurait peut-être préféré que je me suicide, pour au moins couronner ses années d’effort, de torture, de haine. Ben non. Elle est morte avant moi et elle a bien fait car ces années d'absence sont pareilles, pour moi, à une sortie de prison, même si, comme dans les films, personne ne m'attend devant un portail si rarement ouvert. Bien au contraire. Mais malgré le vide qu'elle a si bien fait autour de moi, j'ai vécu le grand soupir de soulagement des grandes libérations et j’en remercie le ciel. 
de la Transparence
Ce matin-là, quelque chose d'étrange se passa. J'y avais déjà réfléchi, mais n'y avais pas été franchement confronté. Je me suis demandé ce que j'allais faire. C'était la première fois. Depuis un moment et avec l'âge et l'avènement de l'IA qui lentement remplaçait mon occupation principale, mon temps libre prenait de plus en plus de place, mais jamais au point d'en arriver à me poser la question. Ma passion pour l'architecture et le codage d'applications web avait toujours réussi à combler les temps morts ou les jours fériés, mais ce matin-là, je m'aperçus que mon dernier projet avait abouti. Je passai donc une bonne heure sur mon fauteuil à méditer sur cette situation et partis dans des réflexions hautement philosophiques sur ce besoin effréné de combler les vides que l'on ressent lorsqu'on est un humain. 

Je pensais aux animaux qui, eux, ne disposent pas de la multitude d'occupations que l'Homme s'est inventées  pour son temps libre — le sport, la culture, les balades, les diverses passions ou tout simplement la surconsommation de biens et services qui occupent les journées des gens aisés — et je me demandais alors à quoi servait d'être assez intelligent pour les inventer s'il est incapable, l'Homme j'entends, de s'en passer ne serait-ce qu'un seul petit moment de sa vie sans, pour autant, en mourir d'ennui. Par conséquent, j'en suis arrivé à la conclusion que l'Homme, probablement, était un parfait exemple de l'inadaptation d'un être à son contexte, et dans son cas, à l'univers.

Ben oui, je ne vois pas comment expliquer autrement la multitude de temps que l'univers offre et l'incapacité de l'Homme d'en supporter la durée sans devoir, presque maladivement, dévier son attention par des occupations pour éviter de le vivre pleinement. Je me souvenais alors des Pensées de Pascal qui, lorsque je les lus, il y a fort longtemps, n'avait pas particulièrement marqué mon jeune cerveau encore peu enclin à ce genre de considérations. Je cherchai donc ce texte et retrouvai ce qu'il avait écrit et qui résumait parfaitement ce sentiment de vide qui me pris et m'épris soudainement :
Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide.

Sur cette lancée, je demandai à l'IA si elle avait connaissance d'autres philosophes qui auraient traité du sujet et elle me répondit par un flopée de gens très bien comme Schopenhauer, Kierkegaard, Albert Camus, Bergson ou aussi Marcel Proust qui explore — dans A la recherche du temps perdu — la nostalgie et la façon subjective dont le temps se dilate ou se contracte selon les occupations et les souvenirs.

Voilà, j'étais comblé de n'être pas le seul face au néant et décidai que je ne participerai pas à la course à l'occupation, aux distractions, aux détournements-de-temps en évitant soigneusement de le "tuer" comme le veut l'expression, mais en le faisant vivre tant qu'il ne me fausse pas compagnie. C'est assez simple, en fait, il suffit de ne pas le passer à se demander ce qu'on va faire et de faire simplement n'importe quoi sans se priver de ne rien faire ou plus trivialement, de glander.

C'est l'âge qui fait que les questions abondent, qu’on a le temps de réfléchir au chemin parcouru, qu’on rumine le passé en repassant des scènes que souvent le sommeil a du mal à virer puis à remplacer par ce vide maîtrisé avec tant de brio qu'il ressemble à la mort au point que si nos yeux ne s'ouvraient plus, on ne saurait même pas qu’on ne reviendra pas. Mine de rien, le sommeil, lorsqu’il est profond, ressemble à s’y méprendre à cette mort tant crainte par les uns, tant attendue par le reste et qui, finalement, ne ressemble à rien. Rien de tangible, je veux dire, d'expressif, d'attrayant à part pour les quelques milliers qui, chaque année, se suicident, mus par un ardent désir de finir cette vie qu'on leur a imposée, comme à tous d'ailleurs, mais qu'eux non pas spécialement apprécié. Un peu comme la loterie d'une pâtée qu'on administre à un bébé qui selon sa journée l'avalera ou nous en douchera. Il y a des choses comme ça qu'on nous impose et qui ne passent pas.  

La vie en est une, on n'est pas obligé de l'aimer parce que parfois elle démarre mal, on naît malade, sur la mauvaise terre, dans une famille pourrie ou simplement à la mauvaise époque. On n'est pas obligé de l'aimer parce que parfois elle continue mal. Bien démarrée, tout foire. Et c'est tout. Alors on pète une durite, on plonge dans les excès, on finit clodo ou on se fout en l'air ou les deux. 

Oui, l'âge c'est la foire aux questions. Comme si le subconscient se complaisait à ressortir les vieilles choses des placards tout mités, les fantômes de ceux qu'on ne côtoie plus, tout ce qu'on a dû quitter où les choix qu'on a dû faire pour avancer sans trop penser au lendemain. Comme s'il nous reprochait d'avoir vécu comme on a vécu, de s'être marié avec celle-ci ou celle-là, d'avoir choisi ce client qui nous ruina, ce fournisseur qui nous planta ou d'avoir accepté ce poste qui fit notre malheur…  « Mais comment pouvais-je savoir »   pourrait-on lui répondre, « M’as-tu fourni quelque notice explicative le jour de ma naissance ou indiqué un chemin que je n'aurais pas suivi, t'aurais-je désobéi pour mériter ce tsunami ?  Comme si tu n'avais pas été mon complice et-moi ton comparse. Vous avez le beau rôle, toi et ma conscience, tranquilles, cachés dans des méandres improbables, à l'abri des coups de poing que vous vous perdez à déranger le sommeil et la sérénité d’une vieillesse déjà assez pénible. » 

L'âge, c’est aussi souvent se rendre compte, chaque jour, chaque matin, à chaque moment qui se libère entre deux autres idées, qu’on devrait être mille fois mort sans ces putains de médocs. A se demander si cette vie prolongée par la médecine signifie quand même être vivant ou si cet état de pour-le-moment-encore-vivant ne serait pas une espèce à part entière, que l’on pourrait nommer les « sursitaires », soumise à la probabilité de s'approvisionner en drogues. Oui parce qu’en cas de pénurie, d’éloignement géographique d’un point de vente, point de vie ! Alors, lorsqu'on y pense, c’est flippant, non ? Et humiliant. De devoir aller mendier un peu de sursis au médecin qui renouvelle les ordonnances puis au pharmacien qui vous les dispense selon la disponibilité dans son stock ou dans celui des fabricants qui livrent ou ne livrent pas, puis des politiciens qui décident ou non que votre drogue soit digne de souveraineté ou qu’elle devra attendre le bon vouloir des Chinois et de leur prochain cargo… C’est flippant hein ? Non ? Si ? Ah, vous préférez ne pas y penser, ben-moi si, parce que ça me les brise de n'être que cet Homme qui implore, se soumet, prie... et de ne survivre que périodiquement, d’une boîte à l’autre, d’une dernière pilule à la première de la suivante plaquette.
                                
La science les porte à bout de bras, les sursitaires, bien qu'ils pèsent sur les ressources de la planète, qu'ils coûtent cher au contribuable, bien qu’en fait, ils ne servent à rien et, en outre, prolongent souvent, pour leur descendance, la manne d’un héritage qui les arrangerait bien. Les humains sont la seule espèce, grâce à leur médecine du bonheur ou de malheur, à maintenir ses individus plus que le nécessaire. Certains d'entre eux ont des grands-parents, des arrière-grands-parents, des arrière-arrière-grands-parents avec un nombre « d’arrière » toujours proportionnel à l’avancée de la science.
                                
Et puis l'âge amène ses silences. Le vide autour de soi, la transparence. Il exulte ton inutilité sociale, le peu d'intérêt que tu suscites auprès des autres, même de tes proches, de ceux que tu croises dans la rue, qui ne te vois pas, qui ne te regarde plus. L'âge te murmure que tu deviens transparent, que ton reflet disparaîtra bientôt de la surface du lac paisible que tu aimais à contourner. Si Narcisse entendait ça, il demanderait à Cupidon de viser la tête. D’ailleurs, elle ne profite plus à personne, ta vie. Un peu comme celle de l’Univers qui n’existe que dans la tête des vivants. Sinon, qui pourrait en témoigner ? Qui pourra dire, après nous, que l’Univers a existé ? 

Voilà pourquoi elle détruit l'envie, la vieillesse, avec ses idées tordues qui se bousculent et qui, pour voler la vedette, inventeraient n'importe quoi, surtout le plus farfelu, le plus macabre ou le plus invraisemblable, toujours avec une pointe de réalité qui pousse à ne pas partir avant la fin. Puis elle te donne envie d'écrire pour palper cette impression d'être le seul à connaître la vérité, à posséder la sagesse de celui qui a tout compris ou tout vu. Celui que la vie ne peut plus surprendre ou ébahir, celui qui, soi-disant, ne craint pas de mourir. Quoique ce ne soit pas complètement faux, on peut craindre moins que certains de mourir, mais en vieillissant, n’arrivons-nous pas tous à la même conclusion qui fait que l’on accepte. Puis, fatigué de se lamenter et contraint de vivre puisqu’on t’empêche de mourir en soldat, tu reprends ton texte et te remets au travail comme si de rien n’était. On verra ça à la prochaine crise, te dis-tu, dans un espoir caché qu’elle ne se presse pas trop.
del l'Athéisme des Croyants
Elle est tellement vitale, la croyance, qu'il est impossible de ne pas croire.  Même les bébés semblent croire en s'arrêtant de pleurer lorsqu'ils croient que leur mère vient de les prendre dans ses bras. Ainsi, les athées qui se définissent comme non-croyants, croient tout de même à leur non-croyance, ce qui fait d'eux, donc, des croyants à part entière.  
 
En revanche, que les croyants soient en réalité des athées, ça, c'est bien plus surprenant. Et pourtant, au-delà de l'oxymore, l'athéisme des croyants est bien réel, ces termes sont profondément liés par le sens intime de leur définition. Je m'explique : Si, par le plus pur des hasards, évidemment, un athée se retrouve, suite à une triste mésaventure, sur une chaise roulante, il invoquera, vu ses convictions, la casualité, la fatalité, la mécanique froide d’un monde sans providence. Il ne cherchera ni sens caché ni dessein supérieur, acceptant ainsi l’absurde comme réponse ou plus vrai encore, se contentera de la non-réponse, pour eux, dieu n'est qu'un point d'interrogation travesti de mille manières. 
 
Dans une situation similaire, le croyant, lui, trouvera refuge dans l’idée que Dieu en a voulu ainsi. Non pas toujours comme punition — parfois comme épreuve, comme leçon, comme étape inscrite dans un plan que lui seul, comprend ou encore comme une vengeance divine jusqu'à la quatrième génération invoquée dans la bible. Posture rassurante, soit, mais qui implique un dieu muet que l’on absout d’avance, que l’on croit par réflexe plus que par relation. Ne devient-il donc pas paradoxalement inutile ? C’est dans cette anomalie que s’exprime clairement l’« athéisme des croyants », non pas par un rejet de Dieu, mais par le fait de ce rapport unilatéral qui ressemble à s'y méprendre à la soumission passive de l'athée aux forces de la nature. 
 
Nos deux quidams passeront donc le reste de leur vie sur une chaise roulante, tous deux contraints d'accepter leur destin, l'un parce que le hasard en a décidé ainsi et l'autre parce que Dieu l'a puni. En pratique, rien ne distingue vraiment les deux situations. Dans tous les cas, la nature reste impassible, le croyant est tranquille parce qu'il assume devoir payer son dû pour on ne sait quel péché, l'athée, lui, est serein dans son acceptation de la fatalité. 
 
Voilà pourquoi les croyants sont des athées qui s'ignorent : croire en une force divine érigée en dogme par un imaginaire collectif revient à laisser la nature suivre son cours et donc à se retrouver au même étage que les athées. La conséquence, plutôt crue, c'est qu'ils préfèrent vivre dans l'idée d'une injustice divine, une punition dans ce cas, que dans celle d'une tragédie de la vie. En conclusion, quoique l'on souhaite s'inventer pour définir une situation, un événement, un malheur ou un bonheur, ne change en rien le cours des choses. Ce qui change, ce sont les lunettes que l'on préfère porter. 
 
Alors peut-être est-il temps de leur rendre hommage, maintenant que l'Internet se trémousse comme le temple des temps modernes, de les saluer, ces athées, les fatalistes lucides, les « acceptationnistes », tant persécutés, brûlés, réduits au silence pour avoir osé vivre le monde tel qu’il est — sans ordre supérieur, sans dessein caché. Ils méritent bien leur moment, non comme vainqueurs, mais comme témoins de ce que l’on gagne à ne pas travestir l’absurde, et de ce que l’on perd à vouloir à tout prix lui imposer un sens. 
Histoire
de l’ONU
ONU soit qui mal y pense, me disait un ami, « le machin » l'appelait De Gaulle, on nous la vend comme la grande gardienne de la paix alors qu’en réalité, nul n’est pire pompier pyromane. En validant des États comme on distribue des bons points, elle cautionne des territoires voués à des tensions insupportables, attirant ainsi le malheur sur les populations concernées — sans parler d’une crédibilité proche de celle d’un vendeur de voitures. L’ONU n’est que le mauvais élève d’un monde qui ne sait pas, qui n’a pas de solutions, qui n’a jamais appris davantage que les Hommes qui la composent, et ceux-ci, comme personne, ne naissent pas avec une notice explicative dans les mains. Personne ne sait que faire de la vie, de l’espace, de cette Terre en héritage que tous ont saccagée ou chérie, que tous ont goûtée puis inévitablement quittée. Les décisions de ces Hommes sont, comme pour nous tous, le fruit d’expériences bien ou mal vécues, d’histoires lues sur l’Histoire, ou de conseils reçus sur l’oreiller par celles qui, depuis toujours, agissent en catimini sur les consciences en joignant l’utile à l’agréable. 
 
Oui, l’ONU est dirigée par des gens du commun, malheureusement bien plus mortels que communs, car si elle se souciait vraiment du commun, les morts ne jalonneraient pas les terres qu’elle distribue à ceux qui viennent pleurer dans ses jupons. Elle se moquerait de la bien-pensance — cette morale qui prétend ne faire de mal à personne mais détruit tout ce qu’elle touche. 
 
Voilà pourquoi ce qui suit, suit. Cette liste d’États entérinés, modifiés ou repoussés sans réfléchir au-delà de ce que permettent la pitié ou le sentimentalisme ; sans la moindre méditation sur les conséquences désastreuses de ces décisions hâtives et irresponsables. 
 
Israël: le cadeau empoisonné 
En 1947, l’ONU décide de partager la Palestine. Noble intention : offrir un refuge aux Juifs après la Shoah. Mais depuis, une trentaine de conflits y ont éclaté, gorgeant cette terre de sang, de haine et de rancœur. Edward Said écrivait : « Le plan de partage fut une solution coloniale imposée à un peuple qui n’avait rien demandé. » Moi, je dis que si l’ONU n’avait pas cédé à un raisonnement mystique et infondé, cette terre — que les Israélites de l’Antiquité avaient fuie faute de n'avoir su pouvoir s’y pérenniser — ne serait jamais redevenue le cauchemar de cette région. 
 
À peine née, succédant aux échecs de la Société des Nations, l’ONU trébuchait déjà. Mal informée, mal inspirée, prisonnière de l’urgence morale de l’après-guerre, elle prenait une décision dont les répercussions débouchèrent sur trois générations de violences. Il ne s’agissait ni d’une vision lucide, ni d’une analyse profonde, mais d’un bricolage diplomatique qui tenait plus du réflexe émotionnel que de la réflexion politique. 
 
Ce partage de 1947 fut son premier faux pas majeur, un drame fondateur dont les conséquences persistent encore aujourd’hui avec une intensité intacte, sinon accrue. 
 
Soixante-dix années de conflits répétitifs, alors même que le monde savait pertinemment qu’aucun argument réellement solide ne permettait de justifier la création d’un État — quel qu’il soit — en Palestine. Ni la lettre de Balfour adressée à son ami Rothschild, qui n’engageait au fond que l’Empire britannique en pleine déliquescence, ni la Torah, récit religieux et non historique, ni la présence sur cette terre d’une communauté israélite deux millénaires plus tôt, ne pouvaient légitimement servir de fondement politique. 
 
La seule raison brûlante, la seule qui puisse être comprise — même discutée — comme légitime, fut la Shoah. Mais une fois l’émotion retombée, une fois la stupeur passée, le bon sens aurait dû reprendre ses droits afin d’éviter ce que tout observateur un peu lucide pouvait déjà prévoir. Et la suite, on la connaît : un enchaînement de guerres, de déracinements et de haines qu'on trainera encore pendant des lustres.  
 
Errare humanum est, perseverare diabolicum dit-on en latin et c’est précisément là que réside la faute majeure : non seulement l’ONU se trompa lourdement, mais elle persévéra, continuant après cet échec inaugural à abreuver de sang les autres théâtres de ses utopies, persuadée de faire le bien tout en nourrissant le pire. 
 
Ukraine : l’État méconnu mal reconnu 
En 1991, l’ONU reconnaît l’indépendance de l’Ukraine. Juridiquement impeccable, politiquement inflammable. Car avant de devenir la République socialiste soviétique d’Ukraine en 1922, l’Ukraine n’avait jamais été un État unifié et stable, mais un territoire ballotté entre nationalistes ukrainiens, bolcheviques, Allemands, Polonais et armées blanches russes. Juste avant son absorption par l’URSS, l’entité la plus notable fut la République populaire ukrainienne (1917–1921), un État brièvement reconnu par quelques puissances du moment — Allemagne, Autriche-Hongrie, et une poignée d’autres — mais aussitôt emporté par le chaos des guerres civiles. 
 
Lorsque les bolcheviks triomphèrent en 1922, cette république mourante fut intégrée à l’URSS et devint la République socialiste soviétique d’Ukraine, membre fondateur de l’Union. Cette région profita alors du cocon soviétique autant que la stratégie de Moscou le permettait, mais sans jamais avoir été, auparavant, un État stable reconnu internationalement. Avant l’URSS, nul « passeport ukrainien » : on voyageait avec un passeport impérial russe à l’est, austro-hongrois à l’ouest. L’administration était impériale, non nationale. 
 
Pourtant, une identité ukrainienne existait bel et bien : langue, culture, mémoire cosaque, littérature, sentiment d’autonomie. C’est cette identité, plus solide que n’importe quelle frontière, qui survécut à l’Empire russe comme à l’URSS. C’est elle qui ressurgit en 1991, et que Moscou n’a jamais vraiment digérée. 
Résultat : des dizaines de milliers de morts, des millions d’exilés, des villes transformées en mausolées de béton et de cendres. L’historien Richard Sakwa résume parfaitement la situation : L’Ukraine est devenue le champ de bataille d’une guerre de légitimités que l’ONU n’a jamais su arbitrer. 
 
Rebelote. L’ONU prouve une fois encore son incapacité chronique à lire l’Histoire autrement qu’à travers le prisme de l’immédiat, laissant l’Europe et l’OTAN glisser dans une russophobie devenue réflexe, souvent déconnectée de la réalité historique. Une fois de plus, on distribue des reconnaissances étatiques comme des bons points, sans méditer sur les conséquences — et ce sont les peuples qui paient la facture. 
 
Kosovo : l’État fantôme 
Le Kosovo est l’exemple parfait de l’absurdité onusienne : consacrer un État avant qu’il n’en soit vraiment un. Au lieu de bâtir une souveraineté solide, l’ONU accouche d’un bricolage institutionnel : une administration internationale (MINUK), une déclaration d’indépendance en 2008, et une reconnaissance partielle qui fait de ce territoire un pays suspendu dans le vide juridique et politique. 
 
Reconnu par un peu plus d’une centaine d’États, mais pas par la Serbie, ni par la Russie, ni par la Chine — c’est-à-dire précisément les puissances capables de bloquer son entrée à l’ONU — le Kosovo demeure un candidat éternel à la légitimité. Jacques Rupnik le dit sans détour : Le Kosovo est un État sous tutelle, une souveraineté amputée. Comment parler d’indépendance là où la moitié du monde la réfute ? 
 
La guerre du Kosovo (1998–1999) laisse derrière elle plus de 13 000 morts et 800 000 Albanais déplacés. Et malgré les discours rassurants, les tensions ethniques n’ont jamais disparu : les Serbes du Nord ne reconnaissent toujours pas l’autorité de Pristina, les Albanais vivent dans la crainte, diffuse mais constante, d’un retour des violences. L’ONU, une fois de plus, a laissé un champ de ruines sociales et identitaires, maquillé en « indépendance  ». 
 
Sans armée digne de ce nom, sans reconnaissance universelle, sans siège à l’ONU, le Kosovo survit grâce aux perfusions financières de l’Union européenne et à l’ombre militaire de l’OTAN. Gérard Chaliand résume : L’ONU distribue des drapeaux mais pas des institutions. Le Kosovo est un État fantôme, une illusion diplomatique qui ne trompe personne car, en voulant régler le conflit des Balkans, l’ONU en a fait un monstre juridique, pays non-pays, souveraineté non souveraine et surtout la preuve éclatante qu'à force de bricoler des solutions humanitaires, elle fabrique des bombes à retardement qui n'ont qu'un seul but dans leur vie bassement métallique, celui d'exploser. Et comme toujours, sans se soucier des gens qui paient en vies, exodes et misère. 
 
L’ONU voulait pacifier les Balkans, elle a, une fois de plus, fait un arrêt sur image. Le premier qui rappuiera sur «  play  » remportera le gros lot. Désolant de bêtise — et terriblement prévisible. 
 

Autres exemples marquants :

Corée (1950–1953): L’ONU intervient militairement après l’invasion du Sud par le Nord. Résultat : une guerre sanglante et une péninsule figée dans la division — armistice, pas de paix, lignes de front gravées dans la pierre. Un « règlement » qui a gelé le conflit au lieu de le résoudre. Rwanda (1994): Mission de maintien de la paix impuissante, retrait et indécision pendant le génocide. Conséquence : massacres à l’échelle industrielle, pays abandonné au pire cauchemar du XXᵉ siècle. Promesse de protection non tenue, honte durable. Bosnie-Herzégovine (1992–1995): « Zones de sécurité » proclamées par l’ONU, mais Srebrenica tombe : civils massacrés sous le regard des Casques bleus. La neutralité proclamée devient complicité par impuissance. Le droit sans force, c’est du papier. Somalie (années 1990): Intervention pour sécuriser l’aide humanitaire, fiasco opérationnel, spirale de violence. L’État s’effondre, la guerre civile s’enracine. L’ONU repart, le chaos, lui, élit domicile. Timor oriental (1999–2002): Administration onusienne, indépendance proclamée, mais dépendance chronique. Institutions fragiles, économie sous perfusion. Indépendance de papier, souveraineté sous tutelle. Sud-Soudan (depuis 2011): Indépendance supervisée, puis guerre civile, famines, déplacements massifs. Un État neuf sans charpente institutionnelle. On attribue un drapeau puis on le regarde flamber.
d'Israël à l'Etat d'Israël
Il s'avère que les Israélites connaissent assez mal leur histoire. Ils sont un peu perdus dans les méandres d'une Torah trop serinée et d'un manque réel d'information sur les âges qui voient apparaître leurs ancêtres sur la planète. Un exemple parmi tant d'autres: le peuple d'Israël n'existe plus depuis -586, soit 2610 ans, mais nombre de Juifs pensent encore en faire partie. J' ai donc trouvé utile de créer ce recueil chronologique d'informations archéologiques, scientifiques ou scripturaires pour que le fil de cette saga ait, dans les esprits, un début intelligible ainsi qu'une suite pas trop discontinue. L'article est long, donc s'armer de patience car, bien que largement résumé, il s'agit quand même de plus de 2000 ans d'histoire 2 . Ce texte a été composé aussi dans le but de démontrer qu'aucune sorte de souveraineté territoriale israélite ne fut historiquement relevée en Palestine. 

les prémices 
Il semblerait, que la communauté israélite antique n'ait jamais fui l'Egypte, mais que l'Egypte elle-même, se soit dérobée sous ses pieds en perdant, au profit des Assyriens, les terres qui la portaient et qu'elle cultivait. Et comme les Égyptiens ne pratiquaient pas l'esclavage, les Israélites ne furent asservis ni là-bas, ni ailleurs. C'est la version que propose Israël Finkelstein, un archéologue de l'Université de Tel Aviv et l'historien Neil Asher Silberman dans leur immense rapport archéologique La Bible dévoilée. Comme tout ce qui heurte les sensibilités culturelles, leur thèse, bien que merveilleusement documentée, est controversée et accusée de révisionnisme. La présence humaine dans la région du Levant (ou Canaan) est attestée depuis l'âge de la pierre. Les paléoanthropologues pensent que la région était sur la route des grandes migrations des Homo sapiens, il y a 100 000 ans. (L'archéologie a révélé que la ville de Jéricho existe depuis plus de 11 000 ans).
 
empire égyptien 
● ± -1500 
Les premiers israélites étaient finalement des villageois et indigènes de la région de Canaan, située alors sous l'empire égyptien. Ils se regroupèrent et constituèrent une nouvelle communauté ethnique appelée "Israël" alors que, jusqu’à récemment et pour tout le monde, les Israélites étaient des immigrants. Ce qui est certain, c’est qu’aux alentours de -1200, une transformation sociale eut lieu dans la région montagneuse du centre de Canaan. Cette transformation s’accompagna d’une modification radicale du mode de vie qui porta les archéologues à considérer qu'il s'agissait des premiers Israélites. Cette vague d’occupation fut soudaine et les villages éparpillés qui la constituaient ne possédaient ni temple, ni palais, ni activité scripturaire. Ainsi, leurs credo 4 sont inconnus, bien qu’il soit probable que ce peuple ait gardé certaines idoles cananéennes pour culte. De plus, aucune fortification ne fut découverte. Cela remet en cause le récit biblique selon lequel les Israélites étaient en guerre avec leurs voisins. Les premiers Israélites ne combattaient pas d’autres peuples mais essayaient tant bien que mal de survivre à un environnement souvent imprévisible. Ils vivaient dans les collines, où ils menaient une existence d’éleveurs et de fermiers. C’est pourquoi Finkelstein et Silberman ont écrit que ce processus "est à l’opposé de celui que décrit la Bible: l’émergence d’Israël fut le résultat, non la cause, de l’effondrement de la culture cananéenne". L’Exode raconté par la Torah est par conséquent totalement remis en cause par les découvertes archéologiques de la fin du XXe siècle. De fait, les premiers Israélites apparaissent dans le pays de Canaan (aussi nommé: Levant) et plus exactement sur les hauteurs de Judée et Samarie (en territoire occupé) de l'actuel État d'Israël. Les fouilles de Finkelstein révélèrent encore l'absence totale d'os de porc dans les villages israélites. Cela implique que ce peuple avait décidé de ne plus manger de viande de porc afin, sans doute, d’affirmer son identité. Cette coutume alimentaire a, par conséquent, émergé plus d'un demi-millénaire avant la rédaction de la Torah et remet en cause ses enseignements soi-disant originaux. Ils furent par conséquent plagiés à partir de mœurs déjà largement pratiquées depuis plusieurs générations.
 
● ± -1207
La stèle de Mérenptah, découverte en 1896, mentionne un peuple appelé Israël. Cette stèle constitue une probable une preuve de la présence de cette communauté vers -1207 dans les hautes collines de Judée. Néanmoins, elle ne renseigne pas exactement sur l’emplacement ni sur la taille de la communauté. 

● ± -920 
La communauté israélite se développe de façon graduelle et atteint son apogée au VIIIe siècle avant Jésus-Christ, période à laquelle, les Royaumes de Juda et d’Israël étaient déjà fondés: Le Royaume d'Israël au Nord est un royaume établi par les Israélites à l'âge du fer. Il subsiste environ 200 ans (-930 à -720). Les historiens le nomment souvent royaume de Samarie ou royaume du Nord pour le différencier du royaume de Juda, au sud. La communauté des Israélites comprenait alors plus de cinq cents sites et comptait environ 60.000 habitants. Le royaume de Juda, au Sud, est aussi établi par les Israélites à l'âge du fer. L'archéologie permet de tracer l'existence de Juda en tant que royaume à partir du VIIIe siècle av. J.-C car Avant cette date, l'histoire 5 de ce royaume est mal connue. Après une période d'essor sous la domination de l'empire néo-assyrien, il est détruit par les Babyloniens sous le règne de Nabuchodonosor II dans un contexte de guerre entre Égyptiens et Babyloniens. D' après l'archéologue Israël Finkelstein, les premiers dirigeants israélites n'étaient à la tête que de chefferies sans administration avancée ni architecture monumentale. David était une sorte de chef tribal et Salomon, le roi d'une petite cité en marge du reste de la région. Cependant, pour l'archéologue Amihai Mazar, il est difficile de distinguer les niveaux archéologiques appartenant au Xe siècle av. J.-C. de ceux du IXe siècle av. J.-C., ce qui laisse la possibilité d'attribuer aux premiers rois israélites une certaine importance. Ni l'existence de Salomon ni celle de Saül ne sont attestées par l'archéologie. L'existence de David n'est pas attestée de son vivant, mais il est cité comme fondateur de la "maison de David", sur la stèle de Tel Dan (IXe ou VIIIe siècle av. J.-C.). À la fin du VIIIe siècle av. J.-C., Jérusalem devient un centre urbain majeur. Sa population est estimée entre 6.000 et 20.000 habitants. 

empire assyrien 
● ± -720 
➽ Population israélite estimée en Canaan (Levant): 60.000 
Le Royaume d'Israël est conquis et anéanti par l'Empire assyrien qui contrôle alors le territoire et seul le royaume de Juda subsiste comme enclave israélite et sa population augmente d'environ 10.000 âmes avec les réfugiés du royaume d'Israël. ± -600 Début de la composition de la Torah, à partir d'une collection de textes mis en commun par des scribes. 

empire babylonien
● ± -586 
Destruction du Premier Temple Après avoir abattu l'Empire assyrien entre -612 et -609, le roi de Babylone détruit, en -586, Jérusalem et son premier temple, provoquant la dispersion de sa population et donc l'extinction du "Peuple Juif" en tant que tel au profit de la religion juive, nommée par la suite: le judaïsme (l’exil de Babel n’est pas confirmé par tous les historiens). 

empire perse 
● ± -559 
L’empire perse, également appelé empire achéménide, est établi dans la foulée des conquêtes du roi Cyrus le Grand [559–530], qui vainc le roi des Mèdes à Ecbatane en 550, puis s’empare de Babylone en 539 avant notre ère, mettant ainsi fin à la dynastie néo-babylonienne. L’ expansion territoriale de l’empire se poursuit avec le fils de Cyrus, Cambyse II, qui étend la domination perse jusqu’à l’Egypte. Et c’est sous son successeur, Darius Ier, que l’empire atteint sa taille maximale, jusqu’à la Lybie et la mer Egée. 

● -534 
En -534 Cyrus II libère les Judéens. La Judée n’est alors plus qu’une toute petite province. Ses frontières se limitent à la région des hautes terres autour de Jérusalem. Les Israélites restaurent Jérusalem (reconstruite à partir de 445 av. J.-C.) et son temple (reconstruit dès 516 av. J.-C.). Le grand-prêtre de Jérusalem, redevenue une ville-temple, est nommé administrateur de la province perse de Judée, ce qui fait d’elle une théocratie, mais sans le lustre de l’époque royale. À Jérusalem même, on estime la population de cette époque, avant le retour de l'exil, à seulement 1.500 habitants. Toutefois, l'hostilité s’installe entre la population locale de Judée et les Judéens revenus d’exil pour lesquels des changements religieux profonds étaient survenus. On peut ainsi supposer que leur farouche pureté religieuse ne pouvait admettre la foi approximative du groupe des survivants israélites restés au pays et mélangés, en outre, par les mariages mixtes, avec les populations installées par les Assyriens. Des archives administratives constituées d’environ 200 tablettes découvertes lors de fouilles archéologiques dans l’Irak actuel montrent que tous les Judéens exilés ne sont pas retournés au pays, loin de là. Ces documents nous révèlent le dynamisme économique d’une communauté judéenne aux VIe et Ve siècles avant notre ère, à Al-Yahudu "la cité de Juda" en Babylonie. 

Contrairement aux Assyriens, les Babyloniens ne pratiquaient pas le mélange forcé des populations, ce qui explique la persistance de villages judéens plus ou moins homogènes. Des communautés juives demeureront en Babylonie jusqu’au XXe siècle. 

L’ empire achéménide et la "Pax persica" offrent par ailleurs de nouvelles possibilités aux Judéens. Certains vont s’enrôler dans les armées perses qui défendent les frontières de l’empire. Au milieu du Ve siècle, on trouve ainsi une garnison judéenne à Eléphantine [Yeb en égyptien], à la limite entre l’Egypte et le Soudan. Ces soldats judéens, qui vivent là avec femmes et enfants, sont peut-être les descendants de ceux qui étaient partis de Juda au moment des représailles babyloniennes. Quoi qu’il en soit, le contexte achéménide a, semble-t-il, favorisé le développement de la diaspora, depuis la Babylonie et la Perse jusqu’à l’Egypte. 

empire grec
● ± -333 Judaïsme hellénistique 
C' est en l'an 333 av. J.-C. que Yehuda passe sous la domination des Grecs. Cette année-là, Alexandre affronte victorieusement les Perses et s'empare de la région palestinienne. À sa mort, en 323, ses généraux se partagent son empire. La Judée revient aux Lagides ou Ptolémées, également souverains d'Egypte. Ils se montrent respectueux envers les traditions juives et accordent un statut d'autonomie culturelle et religieuse au pays. Peu à peu, la culture hellénistique submerge tout le Proche-Orient, et séduit bien des Israélites. 

Au IIIe siècle fleurissent deux nouveaux centres du judaïsme : Babylone et Alexandrie. Dans cette dernière ville, les Israélites s'accommodent fort bien de la culture hellénistique. Ils traduisent la Bible en grec, lui incorporent de nouveaux textes, composent des œuvres de sagesse. L'ensemble formera "la Septante" ou "LXX", c'est-à-dire la Bible des Israélites de la diaspora. La Septante sera abandonnée lors de la fixation du canon israélite au Ier siècle ap. J.-C. Mais elle deviendra la version de référence des chrétiens, surtout des catholiques. En effet, les protestants adopteront le canon de la Bible hébraïque pour ce qui concerne l'Ancien Testament. 

séleucides
●  ± -200 Révolte des Maccabées 
En Judée, certains s'inquiètent de l'hellénisation intensive des traditions juives. Une littérature anti-hellénistique fait son apparition. En l'an 200, Yehuda passe sous la domination des Séleucides de Syrie. Contrairement aux Lagides, ils veulent imposer la culture grecque par la force. En -167, Antiochus IV de Syrie interdit la pratique du judaïsme 9 et, suprême outrage, installe une statue de Zeus dans le Temple. Les martyrs sont nombreux. Alors éclate la révolte des Maccabées sous la conduite d'une famille juive – celle de Mattathias, un prêtre d'une lignée sacerdotale – avec ses cinq fils, dont Judas, surnommé "Maccabée". C'est le début de la dynastie des Hasmonéens. 

Dans les livres qui n'ont été conservés que par les israélites, cette dynastie est aussi appelée Maccabées. Mattathias meurt un an après le déclenchement de la révolte. Son fils Judas Maccabée, qui n'est pas l'aîné, lui succède. Après plusieurs batailles, il parvient à s'emparer de Jérusalem et rétablit le culte israélite au Temple (en -164). Le premier à régner avec le titre de Grand-prêtre est son successeur Jonathan (-152 à -142). Le nouveau royaume de Judée maintient son indépendance jusqu'en -63. 

empire romain 
● ± -63 
L'implication de Rome dans les affaires de la Judée, avec le général romain Pompée qui y impose le protectorat, commence en -63 lorsque la Syrie devient une province romaine. Les Hasmonéens puis les Hérodiens continuent à régner sur la Judée jusqu'en l'an 6. 

● ± -40 
À la suite de l'invasion de la Syrie par les Parthes, Hérode est proclamé roi de Judée par le Sénat romain. 

● an 0 
naissance de Jésus ?? 

● ± 4 
À la mort d’Hérode en 4 av. J.-C., son royaume est divisé en trois tétrarchies entre sa sœur Salomé et ses fils. Des troubles éclatent contre Rome, réprimés par le gouverneur de Syrie. 2000 Israélites sont crucifiés à Jérusalem. Judas, fils du "brigand" Ézéchias qu’Hérode le Grand avait fait exécuter, prend la tête de la révolte armée en Galilée après s’être emparé des armes du palais royal de Sepphoris. 

● ± 6 Les Zélotes 
Un recensement, ordonné par le gouverneur de Syrie pour la récolte des impots, provoque une révolte durement réprimée. Les rebelles sont crucifiés. Cette révolte est à l'origine du mouvement des zélotes, qui considèrent Dieu comme leur seul chef et maître. 

● ± 41 
Hérode Agrippa Ier devient roi de Judée qui, elle, redevient un royaume jusqu'à sa mort en 44. 

● ± 46 
Tiberius Julius Alexander, un Israélite apostat d’Alexandrie, devient procurateur jusqu'en 48. Il fait face à une famine et fait exécuter les chefs du parti zélote (Extrémistes religieux, somme toute ancêtres des Haredim). 

De 46 à 70 la Judée est le théâtre de nombreuses émeutes et conflits, au cours desquels les zélotes font aussi appel aux sicaires, espèce de tueurs à gage dont le nom est emprunté au Latin "sicarius" dérivé de "sica" (poignard) pour se débarrasser des Juifs dérangeants. 

± 70 Destruction du Second Temple 
Le siège de Jérusalem en 70 est l'événement décisif de la première guerre judéo-romaine, la chute de Massada en 73 ou 74 y mettant un terme. Le Temple, puis toute la ville de Jérusalem sont pris et détruits par les Romains suite aux émeutes et conflits dérivant des divergences idéologiques et culturelles entre Israélites, Grecs, zélotes, Samaritains, Romains et autres sicaires. 

Après la prise de Jérusalem, Rome fait de la Judée une province impériale proprétorienne. À la suite de la destruction du Temple, il institue le Fiscus judaicus: Les Israélites sont assujettis à un impôt spécial dans tout l'Empire romain et la Judée devient une propriété de Rome. En 72, toutes les terres des Israélites sont affermées et affectées comme domaine particulier de l'empereur. Les paysans qui ne sont pas expulsés peuvent les exploiter sans jouir de leur propriété. 

Au cours des campagnes menées par Rome contre l’empire Parthe, la diaspora juive se soulève à Cyrène (actuelle Lybie), en Égypte, à Chypre et en Mésopotamie (actuelles Irak et Syrie). C'est la guerre de Kitos (115-117), réprimée dans le sang par Rome, notamment en Judée. 

● 132 La révolte de Bar Kokhba 
L’intention probable de l'empereur romain Hadrien de faire de Jérusalem une cité dédiée au dieu Jupiter provoque une révolte en Judée dirigée par Simon dit Bar Kochba ("le fils de l'étoile"), salué comme le Messie (132-135). Celui-ci est tué en décembre 135. Les Israélites sont de nouveau dispersés dans tout l'empire romain. Jérusalem, remise à sac, est remplacée par une colonie romaine de vétérans. Un autel à Jupiter est érigé à l’emplacement du Temple. 

Pendant la répression de la révolte juive, les Romains prennent nombre de forteresses, détruisent des centaines de villages, tuent des milliers d'Israélites en plus des victimes des famines et des épidémies. Les légions souffrent de pertes très lourdes et les deux-tiers de la population juive de Judée sont annihilés. Les Israélites sont désormais interdits de séjour, sous peine de mort, dans toute la région de Jérusalem. Ils émigrent en masse dans les villes de la côte et en Galilée, qui devient le centre des études juives. 

● 135 La Palestine 
La Palestine (en latin : Syria Palæstina) est le nom donné à la province romaine de Judée après l'échec de la Révolte de Bar Kokhba. Le territoire n'est alors pas clairement défini. Le mot "Palestine" parvint aux Romains au travers du latin Palaestina, du grec παλαιστινη (palastinī) et de l'hébreu pĕlesheth, qui désignait le pays des Philistins dont le territoire (plus ou moins l'actuelle bande de Gaza) s’étendait au sud-ouest de Canaan . La Palestine conserve sa capitale Césarée et reste donc absolument distincte de la province de Syrie située plus au Nord (capitale Antioche). Il s'agissait pour Rome d'une mesure punitive envers les Judéens. Le changement de nom de cette province s'accompagne d'une répression sévère (entre autre l'interdiction de la circoncision). Les mesures de Rome étaient destinées à nier le caractère israélite de la région. Jérusalem devient une ville romaine baptisée Ælia Capitolina. 

● 193 
L' urbanisation reprend pendant le règne des Sévères (193-235), et de nombreux empereurs renouent de bonnes relations avec les Israélites, notamment des scholarques représentant l'élite intellectuelle. L'empereur Septime Sévère (193-211 - Dynastie romaine des Sévères) autorise les Israélites à devenir décurions et à participer aux affaires municipales et l'empereur Caracalla (211-217 - Dynastie romaine des Sévères), qui accorde, en 212, la citoyenneté à tous les résidents de l'Empire romain, Isarélites y compris, entretient une relation privée avec Juda Hanassi, entre autre auteur de la Mishna, compilée vers le début du IIIe siècle. La Palestine devient plus paisible, Israélites et païens renouant des liens solides, et la région prospère. Dans son Histoire romaine rédigée en grec, l'historien et consul Dion Cassius, proche des Sévères, précise: "il y a des Israélites même parmi les Romains, souvent arrêtés dans leur développement, ils se sont néanmoins accrus au point d'obtenir la liberté de vivre selon leurs lois". 

Dans la deuxième moitié du IIIe siècle, la Palestine semble souffrir des crises politiques et économiques qui frappent l'empire Romain. En effet, des références talmudiques attestent de la peur des villageois de rester dans leurs champs, de la construction de fortifications et de populations qui se réfugient dans les places fortifiées. L’instabilité dans l’empire - guerres civiles, raids des Germains (germanophones de l'Europe du nord), guerre contre l'empire néo-Perse - entraîne une augmentation extrêmement lourde des impôts. Les sécheresses et les famines se multiplient. De nombreux Israélites quittent la Palestine pour rejoindre les communautés éloignées. 

● 285 Dioclétien 
Après la crise du IIIe siècle à laquelle il met fin, l'empire entre dans une période de transition radicale avec sa division en diocèses par Dioclétien. Il instaure aussi une tétrarchie de laquelle il administre lui-même les régions situées en Orient. 

En 295, la Légion d'Ælia (ex-Jérusalem) est transférée à Aila (Aqaba, actuelle Jordanie) à la suite de l'agitation des tribus arabes. Le Néguev, jusqu'alors rattaché à l'Arabie, dépend désormais de la Palestine. 

En 305, Dioclétien abdique. 

empire byzantin 
● 330 Constantin Ier 
Au terme de nombreuses luttes de pouvoir entre les prétendants, dont Constantin sort vainqueur fin 323, l'unité administrative de l'empire est temporairement rétablie. 

Constantin peut être considéré comme le fondateur de l'Empire romain chrétien d'Orient, étant celui qui, à la fois, fit du christianisme la religion d'État impériale, et de la cité grecque Byzance une "nouvelle Rome" (Nova Roma), dès lors appelée Constantinople (Constantinou polis, "ville de Constantin", aujourd'hui Istanbul). Constantin Ier contribua aussi à la fondation de la doctrine chrétienne en convoquant le premier concile œcuménique à Ælia Capitolina (ex Jérusalem) en 325. 

Après le déclin du judaïsme hellénistique de langue grecque, l'utilisation de ce langage et l'intégration de la culture grecque dans le judaïsme 10 continuent à faire partie intégrante de la vie des communautés juives de l'Empire byzantin et le statut juridique des Israélites resta inchangé tout au long de son histoire 11 : leur position juridique propre et particulière différait à la fois de la communauté chrétienne orthodoxe qui était la religion d'État, des hérétiques, et des païens. La place qu'occupent les Israélites byzantins sur l'échelle de la liberté sociale varie quelque peu avec le temps 12 , selon trois facteurs: 
le désir théologique des empereurs de maintenir les Israélites comme témoignage vivant des racines du christianisme et comme contrepoids économique (face à la puissance des patriarches de Constantinople), 
leur désir politique de renforcer le contrôle impérial sur la société byzantine, 
et la capacité de l'administration centralisée de Constantinople à appliquer sa législation. 

Comme dit précédemment, la citoyenneté accordée aux Israélites en 212 par l'empereur Caracalla, leur confère l'égalité juridique avec tous les autres citoyens et constitue le fondement de leur statut juridique dans l'Empire d'Orient après la fondation de Constantinople en 330. En effet jusque là, les Juifs avaient le droit de pratiquer leur foi sous la domination impériale, tant qu'ils payaient le fiscus judaicus. Par exemple, la circoncision, considérée comme une mutilation et passible de la peine de mort si elle est pratiquée sur un enfant non juif et la célébration de l'exil à Babylone, sont légalement autorisés dans les pratiques religieuses juives. La loi byzantine reconnaît les synagogues comme des lieux de culte: elles ne peuvent être arbitrairement molestées, et les tribunaux israélites ont force de loi dans les affaires civiles des israélites. Les Israélites ne peuvent être contraints de violer, ni le Shabbat, ni leurs autres fêtes. 

390 Depuis l'an 390, la Palestine, (plus ou moins le territoire de l'actuel État d'Israël) se trouve sous la suzeraineté byzantine. La région est alors divisée en trois provinces: 
La Palestine première (Palaestina Prima) a pour chef-lieu Césarée et comprend la Judée, la Samarie, la Pérée et la côte méditerranéenne ; 
La Palestine seconde (Palaestina Secunda) a pour chef-lieu Scythopolis et comprend la Galilée, la basse plaine de Jezreel, la vallée du Jourdain à l'est de la Galilée et l'ouest de la Décapole ; 
La Palestine troisième (Palaestina Tertia) a pour chef-lieu Pétra et comprend le Néguev, le sud de la Jordanie (détaché de la province d'Arabie), et l'est du Sinaï. 

● 404 Code théodosien 
Le code théodosien représente un début de limitation des droits des Israélites. En 404, les Israélites sont exclus de certains postes gouvernementaux. En 418, ils sont écartés de la fonction publique, et de toutes fonctions militaires. En 425, ils sont chassés de toutes les fonctions publiques restantes, tant civiles que militaires. Bien qu'elles donnent du pouvoir aux citoyens chrétiens de l'empire aux dépens des Israélites, toutes les lois les concernant reconnaissent implicitement l'existence continue et la légalité de la religion juive. 

Ainsi, l'empereur Théodose II constate qu'il doit équilibrer les deux premiers des trois facteurs régissant le traitement des Juifs dans l'empire: la théologie, le pragmatisme politique et le caractère exécutoire. 

En 438, Théodose réaffirme l'interdiction faite aux Juifs d'occuper des fonctions publiques car cette proscription avait été mal appliquée. 

Outre la question de l'accès aux fonctions publiques, les Israélites sont également inégaux aux chrétiens en ce qui concerne la propriété des esclaves. Des restrictions sur la propriété d'esclaves chrétiens par des Israélites sont mises en place, de peur que ces derniers n'utilisent la conversion des esclaves comme moyen d'augmenter leur nombre. En vertu du code théodosien, la propriété d'esclaves chrétiens par des Israélites n'est donc pas interdite, mais leur achat l'est. Ainsi, celui qui obtient la possession d'un esclave par des moyens comme l'héritage reste son propriétaire. 

La troisième restriction importante imposée au Israélites - en plus des limitations imposées à la fonction publique et de la possession d'esclaves - est que la religion juive, bien qu'autorisée à survivre, n'est pas autorisée à prospérer. Du point de vue théologique, la victoire du christianisme peut être affirmée avec succès en maintenant un petit contingent de d'Israélites dans l'empire, mais leur permettre de devenir une minorité trop importante menace le monopole théologique du christianisme orthodoxe dans l'empire. 

Une ramification importante de cette politique est l'interdiction de construire de nouvelles synagogues dans l'Empire, bien que la réparation des anciennes soit autorisée. Cette interdiction est difficile à faire respecter, car des preuves archéologiques en Israël indiquent que la construction illégale de synagogues s'est poursuivie tout au long du VIe siècle. La synagogue continue à être respectée comme lieu de culte inviolable jusqu'au règne de Justinien. 

● 527 Code civil 
Le Code civil de Justinien resserre les réglementations sur la propriété d'esclaves chrétiens par des non-chrétiens. Il abolit l'indemnisation des achats illégaux d'esclaves chrétiens et ajoute une amende de 30 livres d'or pour cette infraction. Les Israélites possédant des esclaves chrétiens à l'époque de Justinien peuvent être punis d'exécution. 

● 545
Justinien légifère pour que le droit d'existence de toute synagogue sur un terrain appartenant à une institution ecclésiastique soit annulé. Il est également le premier empereur à ordonner que les synagogues existantes soient converties en églises. 

● 553 
Justinien exige que la lecture publique du Pentateuque se déroule en langue locale, plutôt qu'en hébreu, et interdit purement et simplement la lecture de la Mishna. De cette manière, Justinien restreint non seulement la liberté religieuse des Israélites, mais il étend également son propre pouvoir afin de renforcer le principe selon lequel, "en théorie, aucun domaine n'échappe au pouvoir législatif de l'Empire." Les restrictions de Justinien sont toutefois à peine appliquées et contribuent, au contraire, à une croissance notable de la culture et de la liturgie israélites. Par exemple, l'interdiction de la lecture de la Mishna incite les érudits israélites à écrire les piyutim, d'importants ouvrages de poésie qui se réfèrent fortement à la Mishna. Comme ceux-ci ne sont pas interdits par le Code civil, ils donnent aux Israélites la possibilité de le contourner. 

● 565 
Bien que le Code Justinien reste en vigueur dans l'Empire d'Orient (Empire byzantin) jusqu'au IXe siècle, la période qui suit le règne de Justinien est généralement caractérisée par la tolérance des non-chrétiens, en particulier les Israélites. 

● 602 Guerre perso-byzantine 
Cependant, pendant la Guerre perso-byzantine de 602-628, de nombreux Israélites prennent le parti de l'empire perse et aident, avec succès, les envahisseurs perses sassanides à conquérir toute l'Égypte romaine et la Syrie. En réaction, des mesures anti-israélites sont décrétées dans tout le royaume byzantin et jusqu'en France mérovingienne. 

les califats 
● 630 conquêtes musulmanes 
Au cours du conflit perso-byzantin les deux empires épuisèrent leurs ressources tant humaines que matérielles. Ils se trouvaient ainsi en position de faiblesse face au califat musulman naissant dont les armées envahirent les deux empires quelques années à peine après la fin de la guerre. 

Les Arabes conquirent rapidement l’ensemble de l’empire sassanide (perse) et firent perdre à l’Empire romain d’Orient (ou empire byzantin), en 636 la Palestine et la Syrie, en 640/642 l'Égypte et en 698 l'Afrique du Nord. Au cours des siècles qui suivirent, la totalité de l’empire sassanide (perse) et la plus grande partie de l’empire byzantin tombèrent sous leur domination. 

Jérusalem est donc conquise par les musulmans. Bien qu’elle demeure une petite cité de province dans l’immense empire d’Orient, la Ville sainte va connaître, sous l’impulsion des califes, un rayonnement intellectuel et religieux sans précédent. Elle devient la troisième "Ville Sainte" de l'Islam. Les Arabes abbassides s'y installent. Ils laissent les chrétiens faire leur pèlerinage. 

● 638 
Le calife Omar, deuxième successeur de Mahomet, vient en personne, si l’on en croit la tradition musulmane, recevoir leur reddition. "Une pieuse légende", selon l’historien Vincent Lemire qui a dirigé l’édition du livre collectif Jérusalem, histoire 13 d’une ville-monde (éd. Flammarion, 2006), mais une légende indispensable à "la sacralisation de Jérusalem comme troisième ville sainte de l’islam", après La Mecque et Médine.Omar se fait conduire sur l’esplanade du Temple, là où se trouve la "Pierre de la fondation" du monde, le rocher sur lequel, selon la Bible, Abraham (Ibrahim en arabe) était prêt à sacrifier son fils Isaac (Ismaël), le lieu mythique où le roi Salomon avait bâti le fameux Temple abritant l’Arche d’alliance, reconstruit par Hérode avant d’être rasé par les Romains en 70 après J.-C. Abraham, dans le Coran, sert de trait d’union entre la tradition biblique et la nouvelle religion révélée à Mahomet par l’archange Gabriel. 

● 644 
Omar ne profite pas longtemps de son succès militaire. En 644 – l’an 22 du calendrier musulman – il est assassiné à Médine. L’accession au califat d’Ali, l’époux de Fatima, une autre fille du Prophète, provoque un schisme entre ses partisans, les chiites, et les musulmans orthodoxes, les sunnites. La première fitna (guerre civile), appelée la "Grande discorde", va durer cinq ans. 

Surnommé "le César arabe", le premier calife de la dynastie omeyyade installe sa capitale à Damas dont il rêve de faire une nouvelle Rome. Ce souverain cultivé et raffiné préfère pourtant séjourner avec sa cour à Jérusalem. Depuis qu’Hélène, la mère de Constantin, le premier empereur romain d’Orient converti au christianisme, a fait construire dans les années 320 l’église du Saint-Sépulcre (la basilique de l’Anastasis pour les orthodoxes) sur l’emplacement du tombeau de Jésus, les chrétiens dominent la ville, devenue un grand centre de pèlerinage. Ils bénéficient de la tolérance du nouveau calife qui laisse les monothéistes (juifs, zoroastriens, chrétiens), considérés comme faisant partie des peuples du Livre (les dhimmi), pratiquer librement leur culte. 

● 685 
Le Dôme du Rocher Après deux brefs inter-règnes, Abd al-Malik, un proche parent de Mouawiya, est proclamé calife à Jérusalem en 685. Il va couronner la Ville sainte de ce joyau qu’est le Dôme du Rocher, le plus ancien et le plus spectaculaire monument architectural de l’islam. Pourquoi a-t-il choisi de bâtir ce bâtiment insolite, d’inspiration byzantine? "Ni mosquée, ni mausolée, sa signification échappait le plus souvent aux pèlerins. Elle nous échappe encore aujourd’hui en partie", note Vincent Lemire. En fait, le Dôme du Rocher semble répondre à un double objectif, religieux et politique. De par sa taille imposante et la richesse de sa décoration, il affirme la puissance de la nouvelle religion face au Saint-Sépulcre de la Ville sainte et à l’empire byzantin. Et il déplace le centre de gravité du pouvoir musulman de La Mecque à Jérusalem. 

● 692 
Achevé en 692, l’édifice, avec son assise octogonale et son déambulatoire intérieur de douze colonnes entourant le sommet du célèbre rocher d’Abraham, est coiffé d’un dôme de 21 mètres de diamètre dont le revêtement d’or illumine les murailles ocre et les ruelles poussiéreuses de la ville. "Son dôme rappelle ceux du Saint-Sépulcre et de Sainte-Sophie à Constantinople" tandis que "son déambulatoire fait penser à la Kaaba de La Mecque", note l'historien Simon Sebag Montefiore. Abraham, Jésus et Mahomet: c’est la synthèse des trois monothéismes dont l’islam se veut l’aboutissement. L’intérieur de l’édifice est recouvert de riches mosaïques mélangeant les styles perse, byzantin et arabe. 

La Dynastie des Omeyyades 
Sous leur dynastie les califes omeyyades mettent en place une administration centrale dont la langue est l’arabe, la monnaie unique le dinar, et dont les différents bureaux (les diwans) sont chargés de contrôler les affaires religieuses, la politique, l’armée et les finances. Le califat se veut toujours tolérant avec les "Gens du Livre". Mais si Chrétiens, Juifs et Zoroastriens peuvent devenir fonctionnaires de l’empire tout en continuant de pratiquer librement leur culte, ils n’en sont pas moins des sujets de deuxième classe, astreints à un impôt particulier. 

● 750 Le Massacreur 
Le fondateur de la dynastie des Abbassides (750-969), surnommé le "Massacreur", extermine les Omeyyades dont le seul survivant se réfugiera en Espagne où il créera l’émirat de Cordoue. Ses descendants installent leur capitale à Bagdad, non loin de l’antique Babylone, négligeant ainsi Jérusalem qui n’est plus qu’une petite ville de province réputée pour sa douceur de vivre. 

● 800 Charlemagne 
Dès la fin du VIIIe siècle, l’Occident chrétien s’inquiète de l’occupation de la Ville sainte par les "Sarrazins", comme on les appelle. En l’an 800, Charlemagne, qui vient d’être sacré empereur, sollicite du calife Haroun al-Rachid, le héros des Mille et Une Nuits, l’autorisation de construire près du Saint-Sépulcre une auberge destinée à accueillir et protéger les pèlerins venus d’Europe. Le maître de Bagdad, qui y voit l’occasion d’affaiblir l’influence de son rival byzantin, ne s’y oppose pas. Cela ne suffira pas à consolider la dynastie abbasside qui voit se succéder à sa tête, entre autres, un prince turc et un eunuque éthiopien. "L’instabilité politique favorisait la concurrence entre les religions", remarque Simon Sebag Montefiore. Des heurts fréquents opposent les chrétiens aux Musulmans et aux Juifs. En 966, ces derniers s’allient aux Arabes pour attaquer le Saint-Sépulcre et brûler le patriarche Jean sur un bûcher. 

● 969 le Caligula arabe 
Trois ans plus tard, en 969, les Fatimides, des chiites ismaéliens venus d’Afrique du Nord, envahissent l’Egypte puis s’emparent de Jérusalem. Ils installent leur capitale au Caire. La Ville sainte connaît une brève période de tolérance. Mais en l’an 1000, le nouveau calife, al-Hakim, le "Caligula arabe", persécute avec une rare cruauté les chrétiens et les juifs. Il fait raser le Saint-Sépulcre et démolir les synagogues. Douze ans après son assassinat, en 1021, un tremblement de terre achève de dévaster la ville, détruisant la Grande Mosquée. Les deux édifices seront reconstruits, mais l’Empire fatimide continue de se déliter. 

Turcs seldjoukides 
● 1070 
Au Caire, les Turcs seldjoukides délogent les arabes et prennent le pouvoir. Ils défont l’empereur byzantin à la bataille de Mantzikert et ravagent Jérusalem. Puis leurs généraux dépècent l’empire pour s’y tailler des fiefs personnels, précipitant sa désintégration. L’époque glorieuse des premiers califats est révolue. "Les monstruosités d’Hakim, la défaite de l’empereur byzantin, la prise de Jérusalem par les Turcomans [Turkmènes] et le massacre des pèlerins ébranlèrent la chrétienté", résume Simon Sebag Montefiore. Le 27 novembre 1095, à Clermont (Auvergne), le pape français Urbain II appelle tous les chrétiens à délivrer la Terre sainte et le tombeau du Christ. La ville est devenue un enjeu stratégique entre l’Orient et l’Occident.

Royaume franc 
● 1095 Les Croisades 
Elles débuteront en 1095. Au moment de prendre la Ville sainte, le chevalier Godefroy de Bouillon joue un rôle décisif. A la mi-juillet, les dizaines de milliers de croisés se lancent à l'assaut des remparts. Godefroy repère une faille sur la partie nord de l'enceinte. La défense des Seldjoukides cède aussitôt et les assaillants pénètrent dans la ville. La conquête se finit en bain de sang: au cours des jours suivants, Juifs et Musulmans de la cité sont massacrés par milliers tandis que les Chrétiens d'Orient, qui avaient été expulsés par les Musulmans, reviennent après la victoire des croisés. En juin 1099, les Francs, comme on appelle indistinctement les chevaliers venus d’Europe, font le siège de Jérusalem. Après le rayonnement du califat, une nouvelle ère va s’ouvrir, celle des croisades. Plusieurs royaumes chrétiens latins seront fondés dans la région, dont le Royaume de Jérusalem, ayant pour épicentre Jérusalem et la Judée. 

Ayyoubides 
● 1170 
C'est le tour des Ayyoubides de prendre le pouvoir des mains des Francs (appellation des Européens pendant les croisades), à commencer par l'Égypte en 1170, puis la Syrie avant de conquérir la plus grande partie des États latins d'Orient. Au cours de ce règne, les croisades se succèdent. Frédéric II vient en Orient à la tête de la sixième croisade et obtient la rétrocession de Jérusalem. Une période d’anarchie au sein de l’Empire ayyoubide dont la croisade de 1239 ne parviendra pas à tirer profit. Sachant qu'il tient son pouvoir des Mamelouks, Ayyub les favorise et, avec l'aide d'autres alliances, il reprend Jérusalem aux Francs et la pille. 

Mamelouks 
● 1250 
Les Mamelouks égyptiens prennent le pouvoir en Egypte et contrôlent la Palestine. Durant cette période, la Palestine accueille des réfugiés arabes chassés par l’avancée des Mongols sur l’Irak et la Syrie, et vers la fin du xve siècle, elle accueille les réfugiés juifs chassés d’Espagne par l'inquisition. Bien que nombre d’entre eux s’installent en Afrique du nord et en Galilée, ces juifs de Palestine seront à l’origine du rayonnement intellectuel et religieux de la ville de Safed. 

l'empire ottoman 
● ± 1300 
Naissance de l'empire ottoman 

● 1324 
Le premier réel contact historique relaté entre une communauté juive et l’Empire ottoman (1300-1922) naissant consiste en la prise de contrôle, par les Ottomans, d’une synagogue à Bursa en 1324. La ville est en effet prise aux Byzantins cette année par le sultan Orhan (1281-1362), qui y installe alors la capitale du nouvel empire. Cette synagogue, surnommée "l’Arbre de Vie", sert aujourd’hui encore de lieu de culte à la petite communauté juive subsistant dans la ville – une grosse centaine de personnes tout au plus. 

● 1492 
➽ Population israélite estimée Palestine: 5.000 soit 3.21% 
Le sultan Bayezid II (1447-1512), réagissant au décret d’Alhambra (31 mars 1492) expulsant les juifs d’Espagne, décidera-t-il le 31 juillet de la même année, d’envoyer la flotte de guerre ottomane afin de sauver et de ramener les juifs expulsés, les invitants à s’installer dans l’Empire. Parmi eux se trouve le rabbin Yitzhak Sarfati, juif allemand aux origines françaises - "Sarfati" signifiant "français" en hébreu - qui deviendra Grand Rabbin d’Edirne au cours de la seconde moitié du XVème siècle. Dans une lettre devenue depuis célèbre, il invite la communauté juive européenne à s’installer en territoire ottoman, affirmant que "La Turquie est une terre où rien ne manque et où, si vous le souhaitiez, tout serait bon pour vous", demandant: "Ne serait-il pas mieux pour vous de vivre sous les musulmans que sous les chrétiens?" 

● 1516 
➽ Population israélite estimée en Palestine: 7.000 soit 3.43% 
Le sultan turc Sélim Ier d'Istanbul dit Soliman Ier le Magnifique conquiert la Palestine qui va devenir durant 4 siècles, jusqu'en 1917, une des provinces arabes de l’Empire ottoman, mais il laisse aux milices mamelouks le pouvoir au niveau local. Les Mamelouks conservent un rôle important dans la province, jusqu'au massacre de leurs chefs par Méhémet Ali en 1811. Intégrée dans l’empire Ottoman, la Palestine du XVIe siècle connaît, contrairement à l’Égypte, un bon développement économique. Les cités et lieux de cultes sont rénovés, y compris la façade extérieure du Dôme du Rocher, toutes les communautés voient leurs populations croître. 

Quoi qu'il en soit, Le statut des minorités non-musulmanes de l’Empire Ottoman s’inscrit tout à fait dans la tradition établie dans les premiers siècles de l'Islam. Les "gens du Livre", Juifs et Chrétiens, sont toujours soumis au statut de Dhimmi. Les sultans assurent officiellement la protection de leurs sujets non-musulmans, mais ces derniers restent l’objet de discriminations qui sont maintenues ou remises en vigueur. 

Un "firman" (acte du sultan) ottoman de 1602 montre très bien les obligations de l'Etat ottoman envers les dhimmi: 

"Attendu qu'en accord avec ce que le Dieu Tout-Puissant, Maître de l'Univers, a ordonné dans son Livre révélé concernant les communautés juives et chrétiennes qui sont des peuples de la dhimma, leur protection, leur sécurité ainsi que le respect de leur vie et de leurs biens sont un devoir collectif et permanent pour l'ensemble des musulmans et une obligation impérative qui incombe à tous les glorieux souverains et chefs de l'Islam". 

"Il est donc nécessaire et important que ma haute sollicitude inspirée par la foi veille à ce que, en conformité avec la noble shari'a, tous les membres de ces communautés qui s'acquittent envers moi de l'impôt, en ces jours de mon règne impérial et de mon bienheureux califat, vivent dans la tranquillité d'esprit et vaquent paisiblement à leurs affaires, que personne ne les en empêche ou porte atteinte à leur vie ou à leurs biens, en contravention avec la loi sacrée du Prophète". 
Source: Juifs en terre d'islam, B. Lewis. Champs/Flammarion, p. 61. 

● 1695 
➽ Population israélite estimée en Palestine: 2.000 soit 0.87% 
En 1695, le très érudit géographe et philologue hollandais Hadrian Reland effectue une visite d'étude en Palestine. Il en rapporte le constat dans son ouvrage illustré "Palestina ex monumentis veteribus illustrata" publié en 1714 qu'Avi Goldreich résume ainsi: "un pays quasiment dépeuplé où la population, en majorité juive avec une minorité chrétienne, habite les villes de Jérusalem, Akko (Acre), Safed, Jaffa, Tibériade et Gaza, les Musulmans constituant une infime minorité, pour la plupart des bédouins nomades". 

Cet ouvrage confirme la période de la Palestine ottomane du XVe/XVIe siècle comme propice aux Juifs et à leur culture, mais déjà à cette époque, comme pour celle causées par les pogromes successifs du XVIIe, les vagues d'immigration qui permirent cet épanouissement étaient dues à leur persécution dans leurs pays respectifs. Ils ne venaient en Palestine que comme ultime recours à leurs malheurs et non par engouement pour une terre qui, 2000 ans plus tôt, vit naître leur communauté. Par chance, il trouvèrent chez les Turcs et Mamelouks musulmans qui régnaient sur la région, un accueil "providentiellement" chaleureux et pérenne. 

● 1700 
Le début du XVIIIe est quelque peu tumultueux avec plusieurs tentatives de déstabilisation de la part de factions dissidentes du pouvoir et de 1740 à 1775 le nord de la Palestine est dominé par Dahir al-Umar, un chef arabe de la Syrie ottomane qui profite de l'affaiblissement de l'empire ottoman. Il développe l'économie de la région mais sera exécuté en 1775. Certains de ses partisans se rallieront aux Français de Bonaparte pendant sa campagne d'Egypte. 

1800 
➽ Population israélite estimée en Palestine: 7.000 soit 2.55% 
Le général Napoléon Bonaparte mène campagne en Palestine et assiège SaintJean-d'Acre. 

● 1831 
Première Guerre égypto-ottomane puis révolte de la Palestine contre l'administration égyptienne. 10 ans plus tard, retour des Ottomans et Deuxième Guerre égypto-ottomane . 

● 1866 
Le Suisse Henri Dunant (1828-1910), fondateur de la Convention de Genève et de la Croix Rouge, constitue "La société nationale universelle pour le renouvellement de l'Orient", et lance un appel suggérant que les colonies juives naissantes en Palestine soient déclarées diplomatiquement neutres, tout comme la Suisse. 

● 1881
➽ Population israélite estimée en Palestine: 43.000 soit 8.08% 
L' assassinat du tsar Alexandre II marque le début de la première vague d’immigration juive (Première Aliyah). Des Juifs venus de Russie, de Roumanie, et du Yémen viennent s’installer en Palestine. Le baron Edmond de Rothschild se met à acheter de la terre en Palestine et finance le premier établissement "sioniste" à Rishon LeZion (trad: Le Premier à Sion). Éliézer Ben-Yehoudah, le père de l'hébreu moderne, arrive à Jaffa en septembre 1881. 

Les émigrants juifs du mouvement les "Amants de Sion" marquent le début de l'Alyah sioniste. Il s'agit d'une une nouvelle immigration: celle de Juifs à la fois laïcs et nationalistes (le terme "sioniste" apparaîtra vers 1880), dont le but est de créer à terme un État pour le peuple juif, sur les terres ancestrales du peuple juif, c'est-à-dire les anciens royaumes de Juda et d'Israël. Différente des émigrations précédentes à caractère religieux et uniquement volontaire, ces Aliah sont politiques ou économiques et constituées majoritairement de réfugiés chassés par des marques d'hostilité antijuives dans leurs pays d'origine. Cela, toutefois, reste un élément de choix puisque certains choisissent de rester envers et contre tout dans les pays d'origine alors que d'autres émigrent, mais pas vers la Palestine. 

Les voyageurs occidentaux décrivent la Palestine comme un pays fermé et hostile aux étrangers. Sauf à Acre qui est une "échelle" commerciale, et à Jérusalem, ville de pèlerinage, ils ne peuvent circuler qu'incognito, en habit oriental: les routes sont à peine praticables aux cavaliers tandis que les habitants, qu'ils soient musulmans, druzes ou chrétiens, les soupçonnent d'espionnage ou de sorcellerie et ils s'exposent à être pillés par les Bédouins. 

Les juifs Ashkénazes originaires d'Europe centrale et orientale, les Juifs sépharades originaires d'Espagne, d'Afrique du Nord et de Turquie et les Juifs orientaux, originaires du Moyen-Orient, sont de condition modeste et se concentrent dans des quartiers à Jérusalem, Hébron, Safed et Tibériade. Ils ne représentent au total qu'une minorité (hormis dans ces villes). La population arabe vit à 70 % dans des petits villages dans les collines, à proximité des sources et des puits, où, métayers, ils vivent d'une agriculture traditionnelle. Les grands propriétaires terriens vivent dans les villes et, pour certains, à Beyrouth, Damas et Paris. C'est à eux, principalement, que les terres seront achetées, privant ainsi les métayers, à leur insu, de leur outil de travail. 

Le sionisme moderne s'inspire fortement des idéologies socialistes et des méthodes collectivistes soviétiques en créant des collectivités semblables aux kolkhozes russes (coopératives agricoles de production qui avait la jouissance de la terre qu'elle occupait et la propriété collective des moyens de production), où tout est mis en commun au service de la communauté. Dans les campagnes, ces collectivités appelées kvoutza (trad: groupe), modernisées ensuite par le kibboutz et le mochav (trad: colonie), coexistant avec un secteur privé. 

● 1890 
➽ Population israélite estimée en Palestine: 43.000 soit 8.08% 
C' est le début de la deuxième vague de la première Aliah (immigration juive) en provenance de Russie et toujours inhérente aux pogromes comptant, en tout, environ 10.000 personnes qui créent de petites colonies agricoles, surtout dans la bande côtière. Certaines deviendront des villes israéliennes au XXe siècle. Les idées de Theodor Herzl, qui entreprit un vain périple pour convaicre les notables des communautés juives de l'aider à fonder un Etat se concrétisent involontairement puisque l'arrivée de ces Juifs pourchassés n'a rien de l'élan idéaliste qu'il essaya d'insuffler. Bien qu'en public, il prétende que l'arrivée des Juifs n'apporterait que des bienfaits matériels, il est conscient du problème que pose la présence de la population arabe en Palestine, mais se garde d'en parler. 

● 1903-1914 
➽ Population israélite estimée en Palestine: 94.000 soit 13.64% 
La seconde Aliah commence après les pogroms de Kichinev et compte environ 35.000 immigrants de l'Empire Russe soit des actuelles Pologne, Ukraine et Biélorussie dont, entre autres fondateurs d'Israël, David Ben Gourion. En parallèle, ces années marquent le déclin de l'empire ottoman. Tel Aviv et le premier kibboutz, Degania, sont fondés en 1909. Plusieurs autres vagues migratoires marqueront l'histoire 14 d'Israël, en particulier la cinquième qui précède la Seconde Guerre Mondiale en 1939 et la sixième qui lui succède ainsi qu'à la Shoah. 

● 1915 
➽ Population israélite estimée en Palestine: 94.000 soit 13.64% 
En pleine guerre mondiale, le Royaume-Uni, la France et la Russie planifient dans le plus grand secret le partage du Proche-Orient et définissent les contours de leurs zones d’influence. Ils pensent que la Palestine est un cas particulier, du fait de l’enjeu symbolique que constituent les lieux saints, et doit bénéficier d’un "statut international". Ces messes basses aboutissent à l'accord Sykes-Picot qui redéfinit la nouvelle carte géopolitique du Moyen-Orient. La Palestine est définie comme zone internationale, comprenant Saint-Jean-d'Acre, Haïfa et Jérusalem. 

● 1917 
Un an plus tard, Arthur Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères adresse une déclaration écrite au Baron Edmond de Rothschild au Royaume-Uni dans laquelle il promet au peuple juif, mais à certaines conditions, comme le respect des populations déjà présentes dans la région, la création d’un "foyer national juif" sur la terre de Palestine, mais il ne s’agit pas encore d’un État juif. 

Lettre qui, finalement, aura bien plus d'influence qu'imaginable sur la suite des évènements puisqu'elle sera incluse, en 1923, dans les attendus du mandat Britanique sur la Palestine que la Société des Nations approuvera deux années plus tard lors de la Conférence de San Remo et qui incitera le Royaume Uni à choisir de soutenir le sionisme plutôt que "l'arabisme" dans la gestion dudit mandat.

 mandat britanique 1920
● 1920 
A la fin de la Grande Guerre, les puissances alliées mettent en oeuvre les accords Sykes-Picot organisant le partage de l'empire Ottoman, ainsi que la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 en faveur de l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. Lors de la conférence tenue à San Remo du 19 au 26 avril 1920, les puissances conviennent de l'attribution à la France d'un mandat sur la Syrie et d'un mandat à la Grande-Bretagne sur la Mésopotamie et sur la Palestine. Cette décision est reprise aux articles 94 et 95 du traité de paix avec la Turquie signé à Sèvres le 10 août 1920, confirmée par le Conseil de la Société des Nations, le 24 juillet 1922, et entre en vigueur le 29 septembre 1923. Avant même l'entrée en vigueur du mandat, le gouvernement britannique demande la révision du texte pour rendre les dispositions relatives à la constitution d'un foyer pour le peuple juif inapplicables à l'est du Jourdain, c'est-à-dire au territoire qui constitue alors la Transjordanie, puis la Jordanie. Dès le début, les mouvements palestiniens refusent de cautionner la construction d’un "Foyer national juif" et rejettent toute participation aux institutions politiques du mandat britannique, à l’exception de la gestion des affaires religieuses. 

● 1923 
Lors de l’officialisation du Mandat sur la Palestine, et avec la volonté de respecter les promesses formulées envers Hussein ibn Ali et le mouvement sioniste, les Britanniques scindent la région en deux parties séparées par le Jourdain: la Palestine mandataire à l’Ouest du Jourdain incluant foyer national juif et, à l’Est du Jourdain, "l'émirat hachémite de Transjordanie" dit "la Palestine Est" (Eastern Palestine en anglais). Cette séparation exclut le territoire de Transjordanie des engagements de l'empire britannique en faveur de la création d’un foyer national juif. 

● 1928 
La commémoration par les juifs sionistes de la destruction du Temple par les Romains se radicalise et est ressentie comme une provocation par la communauté musulmane. De nombreux incidents ont lieu près du mur des Lamentations. Des rumeurs commencent à circuler, au sujet d’un complot juif, dont le but serait de s’emparer de l'esplanade des Mosquées. Elles aboutissent à des émeutes qui prennent des allures de pogrom anti-juif dans les massacres à Hébron puis à Safed où 113 Juifs sont tués et 339 autres blessés. Pourtant, l'émigration reprend, et de nombreux Juifs d’Europe centrale continuent d’arriver en Palestine, apportant des capitaux et achetant de plus en plus de terres arabes. 

● 1929 
Le gouvernement de Sa Majesté déclare sans équivoque qu’il n’est nullement dans ses intentions de transformer la Palestine en un État juif, mais qu'il est question de voir s’établir finalement un État de Palestine indépendant. Ce projet officiel semble entraîner la fin des espoirs sionistes, et provoque une nette dégradation des relations entre l'Agence juive (créée en 1929 comme exécutif sioniste en Palestine), et le gouvernement britannique. Commence alors, et ce, jusqu'en 1947, une longue série d'attentats, de sabotages ou d'attaques variées contre les forces britanniques mandataires de la part des organisations juives armées Irgoun, Lehi et Haganah. La guerre bat son plein en Europe et, par ailleurs, certains chefs arabes tentent, en vain, au travers de rencontres avec Hitler et ses seconds, de ramener l'Allemagne nazie à leur cause. 

● 1930 
➽ Population israélite estimée en Palestine: 175.000 soit 19.88% 
Publication du second Livre Blanc britannique - recueil des lois qui régissent le mandat - prévoyant de limiter pour la première fois l’immigration des Juifs en Palestine. 


● 1933 
Adolf Hitler accède au pouvoir en Allemagne; l'accord Ha'avara est mis en place entre la fédération sioniste et le gouvernement allemand du Troisième Reich pour faciliter l'émigration des Juifs allemands. Une entreprise d’immigration illégale de réfugiés juifs est mise en place alors que leur nombre dépasse les quotas imposés par les Britanniques. 

De 1936 à 1939, 51 nouvelles localités, créées chacune en une seule nuit, voient le jour selon le programme de l'opération Homa Oumigdal (murailles et tour). En parallèle, la révolte arabe se généralise au cours de laquelle les Britanniques et les Juifs sont visés par de nombreux attentats. En réponse, les Britanniques mènent une dure répression, et, en deux années, réussissent à vaincre et à décapiter le mouvement rebelle national palestinien. Dans la foulée, l'Irgoun entreprend des représailles et commet une série d'attentats à la bombe contre les foules et les bus arabes qui feront 250 victimes.

Seconde Guerre Mondiale 1939 
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l'armée transjordanienne connue sous le nom de Légion arabe combat en Irak et en Syrie aux côtés des forces britanniques. En 1946, l'émirat acquiert l'indépendance totale et devient le "royaume hachémite de Transjordanie". Il est admis à l'Organisation des Nations unies en 1955 et rejoint la Ligue arabe. 

● 1947 
Le bateau Exodus est expulsé des côtes de Palestine vers l’Europe, portant à son bord 4.500 survivants de la Shoah, suscitant un important mouvement de sympathie international. Le 18 février 1947, devant l'augmentation des attentats commis par les organisations armées sionistes, les Britanniques annoncent l'abandon de leur mandat sur la Palestine et il appartient à l'ONU, successeur de la Société des Nations qui attribua ce mandat aux Britanniques, de décider des suites à donner à cette décision. 
La résolution 181 adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies, le 29 novembre 1947, recommande le partage de la Palestine entre un État juif et un État arabe. La Palestine, où vivent 1.300.000 Arabes et 600.000 Juifs, est divisée en trois entités qui doivent devenir indépendantes le 1er août 1948. Adoptée par 33 voix (dont les États-Unis et l'URSS), contre 13 et 10 abstentions, la résolution ne sera jamais appliquée. 

La violence éclate immédiatement entre les Juifs et les Arabes palestiniens soutenus par des volontaires armés par la Ligue arabe. Les Britanniques décident de partir en se refusant à tout transfert organisé du pouvoir. L'indépendance d'Israël est proclamée le 14 mai 1948 et, le lendemain, les États arabes voisins entrent en guerre.

Guerre de l'Indépendance 1948
En 1948, le royaume de Transjordanie est un acteur important de la guerre israéloarabe de 1948 à l'issue de laquelle il occupe les collines de Samarie et le désert de Judée qu'il annexe et rebaptise Cisjordanie (faisant écho à la Transjordanie), de même, il avance dans Jérusalem et prend le contrôle d'une moitié de la ville (l'Est de la ville). Cette annexion est condamnée par la communauté internationale, sauf par la Grande-Bretagne. Les pays arabes ne concèdent à la Jordanie que l'administration du territoire annexé. La Cisjordanie ainsi que la moitié de Jérusalem sont occupées par la Jordanie jusqu'en 1967, lors de la guerre des Six Jours. 

La guerre aura pour conséquence la conquête par Israël de la moitié du territoire assigné par l'ONU à l'État arabe. 

● 1949 
Pour marquer ses modifications territoriales, le royaume change de nom pour devenir le « royaume hachémite de Jordanie » (sans le préfixe « Trans- ») ou plus communément, la Jordanie. Il accueille également sur son territoire plusieurs centaines de milliers de Palestiniens fuyant la guerre. 

En 1951, le roi Abdallah est tué lors d'un attentat palestinien. 

Après la crise du canal de Suez, le royaume se rapproche du régime de Nasser. Lors de la guerre des Six Jours en 1967, son armée est vaincue en moins de 72 heures de combats contre les Israéliens, qui s'emparent de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Le royaume accueille 300 000 Palestiniens qui fuient les combats. 

Face à la déstabilisation engendrée par les mouvements palestiniens et aux tentatives de putsch contre le pouvoir hachémite, le roi Hussein lance une répression massive contre les activistes palestiniens en septembre 1970 et chasse les groupes armés du pays. 

En novembre 1971, le groupe terroriste palestinien Septembre Noir assassine le premier ministre jordanien Wasfi Tall. 

La Jordanie ne participera pas activement à la guerre du Kippour de 1973. 

Après la guerre des Six Jours, le pays perd beaucoup de son prestige aux yeux des Palestiniens qui développent "un État dans l'État". Ils mènent leur propre lutte contre Israël depuis le territoire jordanien et Israël y répond par des incursions, comme la bataille de Karameh en 1968. 

En 1974, Hussein renonce à toute revendication sur la Cisjordanie et reconnait l'OLP comme seul représentant légitime du peuple palestinien, afin de calmer les revendications nationalistes palestiniennes au sein même de la Jordanie. 

Cette longue saga tourmentée éveille immanquablement de nombreuses interrogations: Est-ce que la meilleure solution pour les Juifs, après la Shoah, fut la création de l'État d'Israël? La brutalité fasciste (lettre au New-York Times de Hannah Arendt et Albert Einstein) exprimée par les factions combattantes juives envers les Palestiniens au soir de la création de la nation fut-elle la juste manière d'amorcer un voisinage propice à la construction? Est-ce qu'un État fondé sur une mémoire brûlante, des récits en tension et les sables mouvants du mensonge peut un jour connaître la stabilité et la reconnaissance requise pour la paix? 
L’Histoire en question
L’Histoire est souvent perçue comme une mémoire collective précieuse, un outil pour ne pas répéter les erreurs du passé. Mais ses défauts, comme ceux de devenir une arme littéraire, un outil de manipulation, de ressentiment ou d’aveuglement idéologique, sont loin d’être négligeables. Comme pour honorer un texte biblique d’une violence originelle surprenante, l'Histoire semble se délecter de l'éternelle survie des premiers pas encore animalesques de l'humanité, certes évoluée jusqu'à l'écriture, mais toujours aussi fière des dieux impitoyables et vindicatifs de son premier et plus célèbre récit. De quoi se demander si les grands de ce monde, ceux qui contribuèrent vraiment à son évolution, les Colomb, Newton, Pasteur... ont vraiment mérité de naître sur cette boule, d'abord rouge de honte par son fer en fusion puis écarlate du sang de leurs congénères. 
Indéniable projecteur sur les expériences du passé, il n'en demeure pas moins qu'elle jette, sans retenue, un éclairage cru et minutieux, avec force détails, sur les violences. D’une part, l'Histoire aseptise et déconcrétise la réalité, empêchant ainsi de la percevoir comme elle fut vécue, à l'instar d'un film en noir et blanc, et d’autre part, elle maintient en vie certains scénarios qu’il vaudrait mieux ne pas se figurer. Elle ramène de loin, de très loin parfois, telles que le feraient les chroniques de Jack l’éventreur, la laideur des humains, conservant les rancœurs, qui, des siècles durant parfois, comme ces inimitiés religieuses, savent noyauter les générations nouvelles et en tirer le plus abjecte au moment opportun. 
Je ne suis pas le premier à m'en soucier. Paul Ricœur explique comment l’Histoire peut être instrumentalisée pour nourrir des conflits identitaires ou politiques. Il insiste sur la nécessité d’un travail critique de mémoire pour éviter les dérives. Puis Nietzsche, qui critique l’excès d’historicisme. Il y voit un danger pour la vitalité humaine, car trop de mémoire peut paralyser l’action et étouffer la créativité. Tzvetan Todorov encore, met en garde contre l’usage politique de l’Histoire, notamment lorsqu’elle est figée dans une posture victimaire ou utilisée pour justifier des actes présents.  
Pourtant, toutes les cultures ne placent pas le passé au cœur de leur identité. Certaines sociétés dites « traditionnelles », comme les Aborigènes d’Australie avec leur Dreamtime, ou les Dogons du Mali, préfèrent vivre selon des récits mythiques, cycliques, réactualisés par le rituel plutôt que par la mémoire historique. Le passé y est un présent sacré, non une ligne à dérouler. Claude Lévi-Strauss nommait ces sociétés « froides », refusant le changement, non par faiblesse, mais pour préserver l’équilibre. L’Histoire, telle que nous la concevons, n’est pas l'universalité, mais une invention culturelle, un choix parmi d’autres. 
Oui, l’Histoire, si chérie des programmes scolaires, des historiens et des nostalgiques ne serait-elle pas notre pire ennemie, la preuve du mal, tant elle évoque un diable embusqué dans le passé et toujours prêt à surgir pour rafraîchir ou affiner la mémoire des bourreaux du présent ? 
Rien ne sert, donc, de nourrir trop de scrupules pour ce passé que parfois, il serait bon d’oublier pour mieux redémarrer. Les remords, notre mauvaise conscience ou nos peines ne les effaceront jamais. La vie ne nous est pas vendue comme sinécure et force est de savoir, un jour, passer à autre chose sans écrire autre chose et autre chose encore. Changer de cap, une fois les histoires devenues de l'Histoire, virer à bâbord ou à tribord, mais virer ces cauchemars et ces peines, sans pour autant chavirer et sombrer dans les scrupules d'avoir trop peu pensé, parlé, souffert ou payé. 
 
C’est que l’Histoire ne raconte pas toujours : elle ordonne, légitime, gouverne. Comme le suggérait Michel Foucault, elle est aussi dispositif de pouvoir. Nombre d’États modernes l’ont instrumentalisée pour appuyer des récits fondateurs parfois fragiles. L’État d’Israël, par exemple, s’adosse à une mémoire biblique et diasporique plurimillénaire, recomposée dans une logique étatique. L’Ukraine, quant à elle, invoque les racines médiévales de la Rus’ de Kiev face à la narration russe. Ainsi, ces histoires lointaines, parfois disputées, deviennent enjeux de souveraineté contemporaine. L’Histoire ne dit pas seulement ce qui fut, elle façonne souvent ce qui est. 
Ricœur, moins catégorique, dirait : « il ne s’agit pas d’amnésie, mais de juste distance ». 
Littérature
Tu n'en reviendras pas!
Tu sais, ici, tout le monde sourit, tout le temps. On ne peut pas s'ennuyer et c'est tant mieux car on ne dort jamais... je suppose. Tu t'imagines le temps qu'on a? En fait, le temps n'a pas vraiment d'importance vu qu’il n’est plus compté. Ben... on a pas de montres. Tout est si simple, tu n’as pas idée. Je crois que personne ne travaille et comme on ne dort pas, les logements sont inutiles. Par conséquent, on n'habite nulle part. Ça en fait des économies... En fait pas vraiment, parce qu’ici, il n’y a pas d’argent, tout est gratuit, ou offert ou... ou peut-être juste là, disponible. On n’a rien dans les poches. Pas non plus de papiers ni de clés, rien en fait. Ah oui, la journée n'a de cesse, comme cette lumière qui ne s'atténue pas, cette constante satiété qui n'impose plus de pauses, de déjeuners, ni de repas. Un peu comme une voiture lancée à l'infini, sans essence, sans chauffeur, sans but. Les délits n'existant pas, l’identité devient superflue. Les gens ne s'appellent pas ici, ils se pensent, les noms ont disparu. C’est impensable —  et pourtant. Tout baigne dans une paix sans accrocs, sans surprise, sans horreur. Il me semble bien que ce mot n'existe même pas... bien sûr que non, aucun mot n'existe, ou tout du moins n'est prononcé, puisque la parole n'a pas de son. Oui, ça c'est vraiment bizarre, les gens se parlent mais on n'entend rien, comme dans un film muet, un livre qui parle à son lecteur. Et le top, c'est que, quelle que soit ta langue d'origine, tout le monde te comprend. L’inaudible est comme traduit avant de te parvenir. En fait, je ne sais même pas, car quand j'y suis, je n’y pense pas, c’est tellement naturel que cela ne me pose aucun problème. Dans la rue... non, ce n'est pas une rue, enfin pas que je me souvienne... disons... lorsqu'on se promène je ne sais où, parce que, comme il n'y a plus de maisons, les lieux ne sont ni marqués ni signalés... non en fait, il n'y a pas d'endroits, c'est vrai... si, il y a des parcs avec des bancs, des manèges, comme dans une fête foraine, les gens s'amusent, les enfants courent partout et semblent tellement heureux. Tu parles, ils ne sont jamais seuls, et jamais en classe non plus, ils s'éclatent. Ben non, je n'ai jamais vu d'écoles. Un peu d’eau ? oui, tout de suite. Non, ne bouge pas, garde tes forces mon ami... Évidemment, à quoi servirait-elle, l’école, si on ne travaille pas. On n'a même pas besoin d'apprendre à parler, ou à lire en fait. Tu sais quoi, maintenant que j'y pense, il n'y a pas de naissances et les enfants ne grandissent pas, il me semble, les gens sont comme ils sont, mais je ne suis pas sûr qu'ils sachent pourquoi, ni comment. Ils sont et c'est tout. D'ailleurs, on n'y pense pas vraiment, on se contente de se promener. Il fait toujours beau, ni trop chaud, ni trop froid, ça évite aussi d'avoir une garde-robe. De toute façon, sans maison, tu les mettrais où les vêtements. Tu sais, j'aurais dû faire le contraire, te raconter tout ce qu'il y a, au lieu d’énumérer tout ce qui manque. C'aurait été plus court. En fait c'est tout, il y a nous, les gens et des espaces paisibles et accueillants qui se ressemblent tous. Pas d'ordinateurs, pas de télés, pas de cinés. On rencontre plein de monde, mais j'ai remarqué qu'on ne croise jamais les mêmes personnes. Je crois même que c'est normal puisqu'on passe sa vie à se promener et qu'en fait, on ne s'assoit jamais au même endroit. En revanche tout le monde se parle comme si tous se connaissaient. En te le racontant, là, maintenant, je me rends compte qu'on ne sait rien d'autre. Qu'on ne sait pas ce qu'on y fait, combien c'est grand, pourquoi parfois j'y suis et pourquoi parfois je suis ici, avec toi, à te raconter ma vie. C’est un pays sans nom je pense, sans odeur, sans son, ça c'est sûr. Parfois je me demande s'il existe vraiment. D'un autre côté, si je te le raconte, c'est que je le connais, et je suis même convaincu que tu t’y plairais. Tu es mon meilleur ami et j’aimerais tant... tu dis quoi ? Attends, regarde-moi. Regarde-moi, je te dis, ouvre les yeux. Ouvre tes putains d’yeux, bordel ! Comment ça tu y es, tu es où... Tu es où ? Mais alors quoi ? ça y est, tu es... Oui, je te vois. Je suis tellement heureux de te rev... D’accord, je te le promets, on ne se quittera plus. On va faire gaffe de pas se perdre à nouveau parce que tu sais, ici, c'est très grand, c'est immense. Oui, je sais, on peut toujours se retrouver par la pensée, c'est pratique. Bienvenue, alors, mon frère. Comment te sens-tu ? Mieux ? Je veux bien te croire, tu en as bien bavé... cette maudite blessure, cette putain de guerre nous a tous malmenés, et pourquoi, dis-moi, pour rien, pour rien, tu sais... Total, cinquante ans après, rien n’a changé, tu vois bien, ils se mettent toujours sur la gueule... Ben voilà, ici, tu as fini de souffrir... Quoi ? Tu es heureux d'être ici, avec moi... tu as rêvé que je te racontais où j’étais... Dans ce cas, j’ai dû aussi te dire que tu n'en reviendrais pas... de ce pays sans nom. 
If
text original de Rudyard Kipling
If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too;

If you can wait and not be tired by waiting,
Or being lied about, don't deal in lies,
Or being hated, don't give way to hating,
And yet don't look too good, nor talk too wise:

If you can dream - and not make dreams your master;
If you can think - and not make thoughts your aim;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;

If you can bear to hear the truth you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
And stoop and build 'em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;

If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: 'Hold on!'

If you can talk with crowds and keep your virtue,
' Or walk with Kings - nor lose the common touch,
if neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much;

If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds' worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that's in it,
And - which is more - you'll be a Man, my son!

Adaptation française d'André Maurois
Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pouvant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

Adattamento italiano di Willy Bohane: Se
Se rimani sereno e ragioni
Quando altri perdono la testa, senza eccezioni;
Se, messo in dubbio, hai fiducia in te
Ma sai ricordare quanti diffidano di te;

Se sai aspettare senza mai stancarti,
Udire calunnie su di te e non nasconderti,
O, soffrendo l'odio, senz'alcun rancore
Dimostrarti fermo e senza timore;

Se puoi sognare senza che il sogno diventi padrone,
Se puoi pensare senza che l'idea superi lo sprone,
Se puoi costeggiare Trionfo e Rovina
E spiegare a quei impostori chi davvero domina;

Se puoi udire le tue parole o fatti
Distorti da furbi per distrarre stolti,
O se puoi stare calmo quando tutto crolla
E da capo ricostruire, senza un'altra parola,

Se sai meditare, osservare e conoscere
Senza divenire scettico o distruttore;
Se puoi essere duro ma mai arrabbiato,
Se puoi essere bravo ma non insensato,

Se sai essere saggio ed amicale
Evitando di fare troppa morale;
Se non ti lasci infliggere ferite,
Se tutti contano, ma non sono tutto per te;

Se riesci, di cento partite a perdere il frutto
Senza un gesto, senza un rimpianto;
Se puoi invogliare la folla restando umile,
Fiancheggiare i re stando affabile,

Allora il mondo, di più, tutto l'universo
Sarà tuo per sempre e te lo confesso,
Ciò che vale di più della gloria o di quel binomio
E' che sarai un Uomo, figlio mio!
Passion de citation
● Aie le courage d'utiliser ton propre entendement. (Kant)

● Verba volant, scripta manent.

● L'espoir est un poison qui vous maintient en vie.

● Toute cruauté naît de la faiblesse. {Lucio Anneo Seneca}.

● Nous ne sommes jamais aussi mal protégés contre la souffrance que lorsque nous aimons. (Freud)

● Ne pas reconnaître ses failles, c’est laisser aux détracteurs le loisir de le faire. (Elodie Bloch)

● Ce qu'on te reproche, cultive le , c'est toi. (Jean Cocteau)

● Never argue with stupid people, they will drag you down to their level and then beat you with experience. (Mark Twain)

● Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. (Alphonse de Lamartine)

● Offrir l'amitié à qui veut l'amour, c'est donner du pain à qui meurt de soif. (Proverbe espagnol)

● Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction. (Antoine De Saint-Exupéry)

● Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l'avenir. (Jean Jaurès)

● La véritable indulgence consiste à comprendre et pardonner les fautes qu'on ne serait pas capable de commettre. (Victor Hugo)

● Il n'y a point de bonheur sans courage, ni de vertu sans combat. (Jean-Jacques Rousseau)

● La vie est trop courte pour la passer à regretter tout ce qu'on n'a pas eu le courage de tenter. (Marie-Claude Bussières)

● L’ignorance porte à croire et à prier, la connaissance à prier de croire. (Willy Bohane)

● Il faut une encre pour délimiter les proporiétés, ou celle du cadastre, ou le sang. (Willy Bohane)

● Mes opposants m'instruisent. (Montaigne)

● Sans la liberté de blâmer, il n'est pas d'éloge flatteur. (Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais)

● N'aie surtout besoin de personne, personne n'en a besoin. (Need nobody, nobody needs it)

● Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez les exprimer. (Evelyn Beatrice Hall)

● Quand je me regarde je me desole, quand je me compare je me console. (Charles-Maurice de Talleyrand)

● La seule chose qui permet au mal de triompher c'est l'inaction des hommes de bien. (Edmund burk)

● Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. (François Rabelais)

● La fatalité c'est l'excuse des âmes sans volonté. (Romain Roland)
De l'hébreu dans l'anglais
À force d'enseigner l'hébreu, l'anglais, le français et l'italien, j'ai remarqué certaines similitudes orthographiques et syntaxiques surprenantes entre l'hébreu et les autres langues avec un accent particulier sur la grammaire anglaise, dont les exemples suivants ne sont pas exhaustifs:
● L'infinitif des verbes hébraïques commence toujours par un LAMED (ל). En outre ce LAMED sert aussi de préposition directionnelle. Il en est de même en anglais. 
● L'infinitif anglais est précédé de la préposition TO (to go, to eat, to see...) et ce même TO sert aussi de préposition directionnelle. (I go to school, he moves to London)
● Il existe en hébreu, la possibilité de contracter les locutions qui s'apparentent au "complément de nom". Ainsi la locution "IRYIA SHEL TEL-AVIV" va se contracter en "IRYIAT TEL-AVIV". Cette faculté, désignée par le terme "genitive case" existe aussi en anglais et a exactement la même fonction. Ainsi, "the car of daddy" va pouvoir se contracter en "daddy's car".
● L'impératif de la première personne du pluriel (nous), n'existe pas en hébreu. Ainsi la locution "Allons enfants de la patrie", est indicible. Pour avoir un équivalent, il faut utiliser un subterfuge comme le mot HAVA devenu célèbre grace à la fameuse chanson hébraïque "HAVA NAGILA" qui se traduit par "réjouissons-nous". De même en anglais. Il faudra utiliser une formule similaire comme "LET US" pour conjuguer la première personne du pluriel, obtenant ainsi "LET US ENJOY" comme équivalent.
● Le verbe POUVOIR n'a pas d'infinitif en anglais, ainsi on ne pourra pas dire "TO CAN" mais seulement "CAN". Et il en est de même en hébreu pour l'équivalent "YAKHAL" qui est le seul verbe à ne pas avoir d'infinitif dans les 3 groupes de verbes actifs.
● Et puis évidemment, de très nombreux exemples de "glissements" de mots insoupçonnés de l'hébreu vers les autres langues, dont voici quelques spécimens. Dans certains de ces mots, qui ont évidemment le même, ou presque le même, sens dans les deux langues, les consonnes peuvent changer de place pour s'adapter aux différents accents et défauts de prononciation comme la dyslexie (ce phénomène est appelé "metathesis") comme dans l'hébreu DaRGa qui devient GRaDe, ou encore comporter la lettre N, originellement inexistante (phénomène appelé "nasalisation") comme dans l'hébreu ATiK qui devient ANTiQue:

PARASHA (commentaire) פרשה > prêche, preaches
ELITE עלית > élite, elite
MISTORIN מסתורין > mystère, mystery
NIRDAM נרדם > endormi
SIFRA סיפרה > chiffre
MAGNIV מגניב > magnifique, magnificent
DEREG (classement) דרג > degré, degree
DARGA דרגה > grade, grade
ATIK עתיק > antique, antique
ARNAK (bourse) ארנק > arnaque
LEVALBEL (confondre) לבלבל > bouleverser
AVIR אויר > air, air
LEVARER לברר > avérer/vrai
GLIDA גלידה > glace
PEN פן > peine, penalty, sous-peine de
SHEIROUT (service) שירות > charité, charity
OURLA (prépuce) עורלה > ourlet
PIRESH (commenter) פירש > phrase, phrase
MAR מר > amer
LAKA לקה > ----, lack
KHARED חרד > craindre
KOROT (-HAIM) קורות-חיים > curriculum
TOR תור > tour (:à mon tour)
PARATZ פרץ > une percée
MASSEKHA מסכה > masque
PARATZ פרץ > percée
OUVDAH עובדה > evidence,évidence

Fort de ces découvertes, je me mis en quête d'origines plausibles de ces incidences et tombai rapidement sur nombre d'érudits ayant étudié et écrit sur les origines hébraïques de l'anglais. Thèses certes, pas toujours très bien acceptées dans le monde de la linguistique, mais quand même toujours solidement étayées. Il est possible que, par manque de preuves historiques, l'explication d'une telle intrication ne soit jamais mises à jour, nonobstant, sa profondeur reste troublante et dénote, quelque soit sa forme et son époque, une énorme influence de l'hébreu sur certaines langues européennes, et en particulier sur l'anglais.

Ils diront que cela ne peut pas être traduit dans notre langue, c'est tellement rude. Ce n'est pas si rude, car ce sont de faux menteurs. . . . Les propriétés de la langue hébraïque s'accordent mille fois plus avec l'anglais qu'avec le latin.
William Tyndale, Preface to The Obedience of a Christian Man (1528)

Avec ces mots, l'érudit protestant du XVème siècle qui parlait parfaitement l'hébreu, le grec, le latin, l'espagnol et le français, William Tyndale signala le début d'une relation spéciale entre la langue hébraïque et anglaise. Sa traduction du Pentateuque en 1530, la toute première traduction anglaise de l'hébreu, constitua le tissu de la Bible du roi James (1611) et donna une qualité hébraïque à la syntaxe et à la phraséologie littéraire et religieuse anglaise sans parallèle dans toute la culture européenne.

A la fin du XIXème siècle, Noah Webster, lexicographe, réformateur orthographique, journaliste et écrivain américain, traça dans son dictionnaire "A Compendious Dictionary of the English Language" de nombreux mots anglais outre ceux allemands, français, latins et grecs jusqu’à leur origine sémitique sans que personne ne trouve à redire car tous les érudits de l'époque semblaient être d'accord sur le fait que l'hébreu était bien la langue maternelle.

Au XIXème siècle, le chanoine Samuel Lysons, antiquaire précurseur de l'Israélisme Britannique, trouva dans l'anglais plus de 5000 racines hébraïques dont la liste est exposée dans son livre : Nos ancêtres britanniques et publiquement disponible en cliquant le titre. Le WELSH (gallois) aujourd'hui la langue celtique la plus parlée, ressemble tellement à l'hébreu que la même syntaxe peut être utilisée pour les deux., explique-t-il aussi.

Dans le cours n° 19 du site www.british-israel j'ai trouvé une autre petite liste de concordances. Intéressante dans le point 4 en particulier, l'origine des terminaisons en "EY" de noms d'endroit, en Ecosse et Irlande, qui viendrait de אי qui signifie ÎLE en hébreu et qui suggérerait une présence relativement importante de cananéens dans les Iles Britanniques ou tout au moins une influence non indifférente de cette zone méditerranéenne. Il n'existe aucune trace concrète de ce périple mais les indices linguistiques ne peuvent laisser indifférents et leur origine à certainement une raison logique vu que L'anglais est une langue relativement jeune de seulement 1500 ans. Je les reporte ici en langue originale en y ajoutant la racine hébraïque et de façon plus ordonnée que sur le site lui-même:
The hebrew word for Festival is "MOED (מועד )". The annual Scottish Gaelic musical festival is known as the "MOD"
Another hebrew word for "Fest" is "CHAG (חג )". The Scotch and Gaelic dance is called a "JIG".

CAIRN is the Irish pronunciation of the hebrew QRN (קרן ), meaning a "horn" which a CAIRN resembles in appearance. From this root the name of the Irish and Scottish hand-mill, the QUERN is derived; so called because the bottom stone is, at the top, in form of a horn on which the upper stone revolves.

Professor Robert Graves in 1855, speaking about an island at the mouth of the Kenmare River in Ireland, said that The obvious and certain derivation of this name is Durs-ey, i.e. the 'Island of Dur', DUR meaning water. The suffix "EY (אי )" meaning "island" in hebrew is found in many names of British Islands such as Dalkey, Ireland's Eye, Lambay on the Irish coast, Anglesey, Orkney, Eday, Sanday, Bressay, Housay, Neay, Oxney (Isle of Oxen), Stokesay, Sheppey, Colonsay, Oronsay, Bardsey, Lundy, Guernsey, Jersey, Alderney, Menai and Thorney.
the English "Rabbit" comes from the Hebrew "ARNBiT (ארנבת )" (hare), the R and A reversed by metathesis
the "Adder", the snake from "ATaR (אתר )" (to encircle)
the "Kitten" from "QuiToN (קטן )" (a little one)
"Camel" from "GaMaL (גמך )" (camel)
"Pig" from "PiGGuL (פיגול )" (abomination, rottenness)
Pelican" from "PeLeG (פלג )" (a stream)
Raven" and "Robin" come from "OReB (עורב )" (raven)
"Crow" or "Rook" from "QRAW (קרא )" (to call)
"Egret" from "AGUR (עגור )" (a crane)
"Crane" from "GaRoN (גרון )" (a throat)
"Swallow" from "SaLO (שְׂלָו )" (quail)
"Eagle" from "AKuL (אוכל נבלות)" (a devourer)
"Fish" from "NePHeSH (נפש )" (living creature)
"Crab" from "AQRaB (עקרב )" (Scorpion)
"Crayfish" from "ECVIS (עכביש )" (spider)
"Moth" from "MEAT (מעט )" (little)
"Worm" from "ORM (ערום )" (naked)
"Gnat" from "NaD (מד )" (to fly)
"Buzz" from "ZEBUB (זבוב )" (fly)
"Branch" from "BRaCH (ברח )" (to reach across)
"Gum" from "GaM (גם )" (to join together)
"Ash" from "ETS (עץ )" (tree)
"Elm" from "ALoN (אלון )" (an oak)
"Cypress" from "GOPHeR (גופר )" (wood of Noah's ark)
"Holly" from "HoLLeL (הלל )"(pierces")
"Cabbage" from "QaBaZH (קבץ )" (to gather together)

Il s'avère qu'un nouveau mouvement appelé «Edenics» affirme que l'anglais moderne est simplement un dérivé de l'hébreu biblique. En fait, les partisans de cette théorie affirment que toutes les langues humaines sont simplement des branches de l'hébreu et prétendent avoir des milliers d'exemples pour le prouver.

À première vue, l’idée apparaît absurde. L'anglais et l'hébreu semblent totalement différents et presque tous les mots équivalents sont phonétiquement très éloignés. Par exemple:
Chien: Kelev
Chat: Khatul
Chaise: Kisseh
Maison: Bayit

En outre, comment une langue européenne moderne créée au cours des derniers millénaires pourrait-elle avoir quelque chose à voir avec une ancienne langue sémitique du Moyen-Orient, établie il y a des milliers d'années? L'anglais est une langue germanique occidentale introduite en Grande-Bretagne par les envahisseurs allemands il y a environ 1500 ans. L'allemand provient du latin, langue italique elle-même dérivée du grec et du phénicien. Ceux-ci, à leur tour, appartiennent à ce qu'on appelle la superfamille indo-européenne. L'hébreu, en revanche, est un dialecte sémitique occidental appartenant à la superfamille afro-asiatiques. En bref, l'anglais et l'hébreu proviennent, selon les schémas classiques et reconnus, de deux sources complètement différentes.

D'autre part, si le minuscule israélitisme, un petit culte tribal de la Méditerranée orientale à l'époque de l'Antiquité, fut suffisamment influent pour créer deux grandes religions du monde, le christianisme et l'islam, alors qui sait? Et en effet, une brève enquête sur les documents pertinents semble démontrer que des dizaines, voir des centaines de mots hébraïques partagent une étrange ressemblance.

Selon la Bible hébraïque, toute l'humanité parlait une seule langue, jusqu'à ce que "Dieu" confonde leur discours pour les empêcher de construire la tour de Babel. Au cours du siècle dernier, l’establishment linguistique rejeta le mythe d’une langue maternelle unique pour tous les peuples, estimant que les langues se développèrent indépendamment selon les régions du globe. Mais au cours des deux dernières décennies, les choses ont progressivement changé.

Le regretté Joseph Greenberg, de l'Université de Stanford, fut le premier à affirmer que des centaines langues apparemment sans rapport, étaient en réalité des dialectes de plusieurs «super-familles» linguistiques. Puis, à la fin des années 1980, le linguiste russe Vitaly V. Shevoroshkin, enseignant à l'Université de Michigan, commença à propager l’idée qu’il existait la preuve d’un seul langage primordial à partir duquel tous les autres étaient dérivés. En fin de compte, toutes les langues, à peut-être quelques exceptions près, sont liées, aurait-il déclaré. Cette pensée se propagea et devint l'école de pensée "Nostratic".

Une importante étude analysant plus de 500 langues a récemment été publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences à l’appui de la théorie. L'étude, co-écrite par le Dr Quentin Atkinson de l'Université d'Auckland et le Dr Mark Pagel de l'Université de Reading, au Royaume-Uni, conclut qu'il existe bien des évidences d'une origine unique du langage, qu'il expose d'ailleurs amplement dans un article du New York Times.

Isaac E. Mozeson, conférencier en littérature et judaïque d'origine américaine, est un gourou d'Edenics et se déclare fondateur, chercheur en chef et éditeur de l'idée. Dans deux livres sur le sujet,
The word: (1989), dictionnaire qui révèle les racines hébraïques de l'anglais , un livre de 300 pages contenant quelque 20 000 mots liés anglais-hébreu.
The Origin of Speeches (2006), dans lequel des mots de plusieurs langues sont connectés à l'hébreu.

Il affirme, entre autre, et sans l’approbation de "l’establishment" de la linguistique, que l'hébreu est la racine de toutes les langues et réussit à rassembler une douzaine d'individus venus du monde entier, qui partagent son point de vue. Tous croient à la théorie édénique et cherchent à faire connaître ce qu’ils considèrent être les racines hébraïques de leur langue maternelle. Au total, lui et son équipe affirment avoir cartographié les racines hébraïques de plus de 60.000 mots de dizaines de langues. Le principe maître réside dans la très faible probabilité que deux mots de deux langues différentes avec le même sens comportent les mêmes trois consonnes. (pour 20 consonnes les chances sont égales à 1 sur 8 000 soit (20 x 20 x 20)
Eye: Ayin
Twin: Teum
Tour: Toor
Fruit: Feyrot
Cry: Kria
Evil: Avel
Lick: Likek
Scale: Shakel
Earth: Aretz
Wine: Yayin
Direction: Derech
Source: Shoresh
Idea: Yidea
Agony: Yagon
Regular: Regel
Ashamed: Ashem
Boor: Bur
Yell: Yilel
Mirror: Marah

Une racine hébraïque peut aussi générer une famille entière de mots, comme c'est souvent le cas en hébreu. Le mot hébreu MONEH (compter, racine MN) en est un exemple. On trouve le dérivé hébraïque maMoN pour l'anglais MoNey ou haMoN pour MaNy, le mot hébreu MiNyan ou les mots anglais MiNus, diMiNish, NuMber et MiNi.

La théorie est étendue à d’autres langues. Le mot hébreu DeRech (voie / route) avec sa racine DRH, se trouve également dans "daRoga" (russe), "DeRecho" (espagnol), "DuRch" (allemand) et "DoRo" (japonais). En passant, les lettres DR inversées par la metathesis, donnent le mot anglais RoaD. Ainsi on trouve aussi la racine hébraïque de ShoMeR (gardien) dans le mot japonais SaMuRai (la garde royale de l’empereur).

Pour un érudit à la théorie abstruse, la férocité des attaques contre Mozeson semble disproportionnée. Son travail a été qualifié dans les cercles académiques et populaires de "plaisanterie", de "pseudo-science", de "régression fictive", de "honte", de "bêtise", de "flagrante ignorance", de "ridicule" et même de "dangereux". Les critiques de lecteurs d'Amazon l'ont carrément invité à «arrêter immédiatement son travail» et à «laisser la linguistique à de vrais linguistes».

Je ne connais aucun universitaire respecté qui accepte la théorie de l’Edenics, écrit par email Mark Liberman, du département de linguistique de l’Université de Pennsylvanie. Liberman qualifie la théorie de Edenics d'étymologie de manivelle. Sa théorie semble être que Dieu était une sorte de pitoyable cryptographe, qui n'a créé aucune langue après Babel, mélangeant simplement les anciennes pour que Mozeson puisse les décrypter, ajoute Liberman. Mozeson n'est pas le premier à exposer des théories excentriques sur l'étymologie. Goropius Becanus, qui émit l’hypothèse que le "brabantic anversois", parlé dans la région située entre l’Escaut et la Meuse, était la langue originale parlée au paradis.

Pour Liberman, les connexions de mots trouvées par Mozeson sont principalement des coïncidences. Par exemple, selon le Oxford English Dictionary, le mot "eye" de l'anglais moderne provient du vieil anglais "éage", correspondant à l’âge du frison ancien, du ôga vieux saxon, de l’ouga vieux allemand, de l’auga vieux nordique et de l’augo gothique. En même temps, le "fruit" anglais est issu du l’ancien "fruit" français, et du latin "frūctus". Dans ces cas, les formes antérieures, bien documentées, sont beaucoup moins similaires aux prétendus mots apparentés à l'hébreu. En ce qui concerne ‘vin’, il peut y avoir un lien, mais même s’il existe, la direction n’est pas claire. Des preuves solides issues de l’archéologie et de la biologie ainsi que de la linguistique historique confirment que la théorie de Mozeson n’est pas étayée. En outre, M. Liberman déclare sa méthodologie peut être utilisée pour prouver que toute langue choisie au hasard est parente de toutes les autres langues.

Le support le plus important pour le travail de Mozeson est peut-être celui de Cyrus H. Gordon, expert mondialement reconnu en sémiotique et spécialiste des langues anciennes, de la New York University. Dans une note personnelle adressée à Mozeson en 1987, Gordon écrivait: Votre travail est rempli de comparaisons intéressantes - beaucoup d’entre elles sont nouvelles pour moi. Le sujet a une énorme bibliographie... Vous devez savoir que, jusqu'aux siècles récents, l'hébreu en tant que langue d'origine et mère de toutes les langues était un point de vue largement partagé par les intellectuels. Gordon regrettait de ne pouvoir soutenir publiquement les travaux de Mozeson, affirmant qu’une telle démarche mettrait en péril la carrière des étudiants auquels il octroya leur doctorat.

En parallèle, certains érudits comme Martin Bernal, professeur émérite d'études sur le Proche-Orient à l'Université Cornell, penchent pour une origine grecque de l'hébreu. Dans son célèbre ouvrage Black Athena - Les racines afro-asiatiques de la civilisation classique (1987), il écrit: J'ai trouvé ce qui me semblait présenter un certain nombre de similitudes frappantes entre l'hébreu et le grec.

Cinq ans plus tôt, en 1982, un linguiste autodidacte Joseph Yahuda publie un volume de 680 pages intitulé Hebrew Is Greek. Saul Levin, du Département des langues anciennes de l’Université de New York, en écrit la préface: Le livre de Yahuda fournit une preuve accablante que l’hébreu biblique est un grec camouflé.

L'un n’empêche pas l'autre. L'Hébreu peut très bien avoir amplement participer à l'élaboration de langues européennes tout en étant d'origine grecque. La naissance de l'israélitisme sur les Hautes Terres de Canaan au beau milieu de populations cananéennes, phéniciennes, philistines et assyriennes, elles-même fortement imprégnées de la culture grecque, implique que l'hébreu ne soit pas un dialecte né de nulle part.

Quant à une présence cananéenne/judéenne sur les Iles Britaniques, elle n'est pas impossible. L'exil d'une partie des judéens après la chute du premier temple n'exclut aucunement la migration d'une autre partie de cette population malmenée vers des terres moins tourmentées et peut-être, qui sait, promises à une certaine quiétude. Il n'est pas non plus absurde que l'influence de l'hébreu sur l'anglais, le latin et les langues qui en dérivent soit aussi, en partie, d'ordre strictement religieux. Les églises avaient une influence notoire sur la population à l'époque et l'utilisation de certains termes hébraïques dans les prêches, les conversations ou les cours de religion on pu aussi jouer un rôle déterminant dans cette infiltration.