Il s'avère que les Israélites connaissent assez mal leur histoire. Ils sont un peu perdus dans les méandres d'une Torah trop serinée et d'un manque réel d'information sur les âges qui voient apparaître leurs ancêtres sur la planète. Un exemple parmi tant d'autres: le peuple d'Israël n'existe plus depuis -586, soit 2610 ans, mais nombre de Juifs pensent encore en faire partie. J' ai donc trouvé utile de créer ce recueil chronologique d'informations archéologiques, scientifiques ou scripturaires pour que le fil de cette saga ait, dans les esprits, un début intelligible ainsi qu'une suite pas trop discontinue. L'article est long, donc s'armer de patience car, bien que largement résumé, il s'agit quand même de plus de 2000 ans d'histoire 2 . Ce texte a été composé aussi dans le but de démontrer qu'aucune sorte de souveraineté territoriale israélite ne fut historiquement relevée en Palestine.
les prémices
Il semblerait, que la communauté israélite antique n'ait jamais fui l'Egypte, mais que l'Egypte elle-même, se soit dérobée sous ses pieds en perdant, au profit des Assyriens, les terres qui la portaient et qu'elle cultivait. Et comme les Égyptiens ne pratiquaient pas l'esclavage, les Israélites ne furent asservis ni là-bas, ni ailleurs. C'est la version que propose Israël Finkelstein, un archéologue de l'Université de Tel Aviv et l'historien Neil Asher Silberman dans leur immense rapport archéologique La Bible dévoilée. Comme tout ce qui heurte les sensibilités culturelles, leur thèse, bien que merveilleusement documentée, est controversée et accusée de révisionnisme. La présence humaine dans la région du Levant (ou Canaan) est attestée depuis l'âge de la pierre. Les paléoanthropologues pensent que la région était sur la route des grandes migrations des Homo sapiens, il y a 100 000 ans. (L'archéologie a révélé que la ville de Jéricho existe depuis plus de 11 000 ans).
empire égyptien
● ± -1500
Les premiers israélites étaient finalement des villageois et indigènes de la région de Canaan, située alors sous l'empire égyptien. Ils se regroupèrent et constituèrent une nouvelle communauté ethnique appelée "Israël" alors que, jusqu’à récemment et pour tout le monde, les Israélites étaient des immigrants. Ce qui est certain, c’est qu’aux alentours de -1200, une transformation sociale eut lieu dans la région montagneuse du centre de Canaan. Cette transformation s’accompagna d’une modification radicale du mode de vie qui porta les archéologues à considérer qu'il s'agissait des premiers Israélites. Cette vague d’occupation fut soudaine et les villages éparpillés qui la constituaient ne possédaient ni temple, ni palais, ni activité scripturaire. Ainsi, leurs credo 4 sont inconnus, bien qu’il soit probable que ce peuple ait gardé certaines idoles cananéennes pour culte. De plus, aucune fortification ne fut découverte. Cela remet en cause le récit biblique selon lequel les Israélites étaient en guerre avec leurs voisins. Les premiers Israélites ne combattaient pas d’autres peuples mais essayaient tant bien que mal de survivre à un environnement souvent imprévisible. Ils vivaient dans les collines, où ils menaient une existence d’éleveurs et de fermiers. C’est pourquoi Finkelstein et Silberman ont écrit que ce processus "est à l’opposé de celui que décrit la Bible: l’émergence d’Israël fut le résultat, non la cause, de l’effondrement de la culture cananéenne". L’Exode raconté par la Torah est par conséquent totalement remis en cause par les découvertes archéologiques de la fin du XXe siècle. De fait, les premiers Israélites apparaissent dans le pays de Canaan (aussi nommé: Levant) et plus exactement sur les hauteurs de Judée et Samarie (en territoire occupé) de l'actuel État d'Israël. Les fouilles de Finkelstein révélèrent encore l'absence totale d'os de porc dans les villages israélites. Cela implique que ce peuple avait décidé de ne plus manger de viande de porc afin, sans doute, d’affirmer son identité. Cette coutume alimentaire a, par conséquent, émergé plus d'un demi-millénaire avant la rédaction de la Torah et remet en cause ses enseignements soi-disant originaux. Ils furent par conséquent plagiés à partir de mœurs déjà largement pratiquées depuis plusieurs générations.
● ± -1207
La stèle de Mérenptah, découverte en 1896, mentionne un peuple appelé Israël. Cette stèle constitue une probable une preuve de la présence de cette communauté vers -1207 dans les hautes collines de Judée. Néanmoins, elle ne renseigne pas exactement sur l’emplacement ni sur la taille de la communauté.
● ± -920
La communauté israélite se développe de façon graduelle et atteint son apogée au VIIIe siècle avant Jésus-Christ, période à laquelle, les Royaumes de Juda et d’Israël étaient déjà fondés: Le Royaume d'Israël au Nord est un royaume établi par les Israélites à l'âge du fer. Il subsiste environ 200 ans (-930 à -720). Les historiens le nomment souvent royaume de Samarie ou royaume du Nord pour le différencier du royaume de Juda, au sud. La communauté des Israélites comprenait alors plus de cinq cents sites et comptait environ 60.000 habitants. Le royaume de Juda, au Sud, est aussi établi par les Israélites à l'âge du fer. L'archéologie permet de tracer l'existence de Juda en tant que royaume à partir du VIIIe siècle av. J.-C car Avant cette date, l'histoire 5 de ce royaume est mal connue. Après une période d'essor sous la domination de l'empire néo-assyrien, il est détruit par les Babyloniens sous le règne de Nabuchodonosor II dans un contexte de guerre entre Égyptiens et Babyloniens. D' après l'archéologue Israël Finkelstein, les premiers dirigeants israélites n'étaient à la tête que de chefferies sans administration avancée ni architecture monumentale. David était une sorte de chef tribal et Salomon, le roi d'une petite cité en marge du reste de la région. Cependant, pour l'archéologue Amihai Mazar, il est difficile de distinguer les niveaux archéologiques appartenant au Xe siècle av. J.-C. de ceux du IXe siècle av. J.-C., ce qui laisse la possibilité d'attribuer aux premiers rois israélites une certaine importance. Ni l'existence de Salomon ni celle de Saül ne sont attestées par l'archéologie. L'existence de David n'est pas attestée de son vivant, mais il est cité comme fondateur de la "maison de David", sur la stèle de Tel Dan (IXe ou VIIIe siècle av. J.-C.). À la fin du VIIIe siècle av. J.-C., Jérusalem devient un centre urbain majeur. Sa population est estimée entre 6.000 et 20.000 habitants.
empire assyrien
● ± -720
➽ Population israélite estimée en Canaan (Levant): 60.000
Le Royaume d'Israël est conquis et anéanti par l'Empire assyrien qui contrôle alors le territoire et seul le royaume de Juda subsiste comme enclave israélite et sa population augmente d'environ 10.000 âmes avec les réfugiés du royaume d'Israël. ± -600 Début de la composition de la Torah, à partir d'une collection de textes mis en commun par des scribes.
empire babylonien
● ± -586
Destruction du Premier Temple Après avoir abattu l'Empire assyrien entre -612 et -609, le roi de Babylone détruit, en -586, Jérusalem et son premier temple, provoquant la dispersion de sa population et donc l'extinction du "Peuple Juif" en tant que tel au profit de la religion juive, nommée par la suite: le judaïsme (l’exil de Babel n’est pas confirmé par tous les historiens).
empire perse
● ± -559
L’empire perse, également appelé empire achéménide, est établi dans la foulée des conquêtes du roi Cyrus le Grand [559–530], qui vainc le roi des Mèdes à Ecbatane en 550, puis s’empare de Babylone en 539 avant notre ère, mettant ainsi fin à la dynastie néo-babylonienne. L’ expansion territoriale de l’empire se poursuit avec le fils de Cyrus, Cambyse II, qui étend la domination perse jusqu’à l’Egypte. Et c’est sous son successeur, Darius Ier, que l’empire atteint sa taille maximale, jusqu’à la Lybie et la mer Egée.
● -534
En -534 Cyrus II libère les Judéens. La Judée n’est alors plus qu’une toute petite province. Ses frontières se limitent à la région des hautes terres autour de Jérusalem. Les Israélites restaurent Jérusalem (reconstruite à partir de 445 av. J.-C.) et son temple (reconstruit dès 516 av. J.-C.). Le grand-prêtre de Jérusalem, redevenue une ville-temple, est nommé administrateur de la province perse de Judée, ce qui fait d’elle une théocratie, mais sans le lustre de l’époque royale. À Jérusalem même, on estime la population de cette époque, avant le retour de l'exil, à seulement 1.500 habitants. Toutefois, l'hostilité s’installe entre la population locale de Judée et les Judéens revenus d’exil pour lesquels des changements religieux profonds étaient survenus. On peut ainsi supposer que leur farouche pureté religieuse ne pouvait admettre la foi approximative du groupe des survivants israélites restés au pays et mélangés, en outre, par les mariages mixtes, avec les populations installées par les Assyriens. Des archives administratives constituées d’environ 200 tablettes découvertes lors de fouilles archéologiques dans l’Irak actuel montrent que tous les Judéens exilés ne sont pas retournés au pays, loin de là. Ces documents nous révèlent le dynamisme économique d’une communauté judéenne aux VIe et Ve siècles avant notre ère, à Al-Yahudu "la cité de Juda" en Babylonie.
Contrairement aux Assyriens, les Babyloniens ne pratiquaient pas le mélange forcé des populations, ce qui explique la persistance de villages judéens plus ou moins homogènes. Des communautés juives demeureront en Babylonie jusqu’au XXe siècle.
L’ empire achéménide et la "Pax persica" offrent par ailleurs de nouvelles possibilités aux Judéens. Certains vont s’enrôler dans les armées perses qui défendent les frontières de l’empire. Au milieu du Ve siècle, on trouve ainsi une garnison judéenne à Eléphantine [Yeb en égyptien], à la limite entre l’Egypte et le Soudan. Ces soldats judéens, qui vivent là avec femmes et enfants, sont peut-être les descendants de ceux qui étaient partis de Juda au moment des représailles babyloniennes. Quoi qu’il en soit, le contexte achéménide a, semble-t-il, favorisé le développement de la diaspora, depuis la Babylonie et la Perse jusqu’à l’Egypte.
empire grec
● ± -333 Judaïsme hellénistique
C' est en l'an 333 av. J.-C. que Yehuda passe sous la domination des Grecs. Cette année-là, Alexandre affronte victorieusement les Perses et s'empare de la région palestinienne. À sa mort, en 323, ses généraux se partagent son empire. La Judée revient aux Lagides ou Ptolémées, également souverains d'Egypte. Ils se montrent respectueux envers les traditions juives et accordent un statut d'autonomie culturelle et religieuse au pays. Peu à peu, la culture hellénistique submerge tout le Proche-Orient, et séduit bien des Israélites.
Au IIIe siècle fleurissent deux nouveaux centres du judaïsme : Babylone et Alexandrie. Dans cette dernière ville, les Israélites s'accommodent fort bien de la culture hellénistique. Ils traduisent la Bible en grec, lui incorporent de nouveaux textes, composent des œuvres de sagesse. L'ensemble formera "la Septante" ou "LXX", c'est-à-dire la Bible des Israélites de la diaspora. La Septante sera abandonnée lors de la fixation du canon israélite au Ier siècle ap. J.-C. Mais elle deviendra la version de référence des chrétiens, surtout des catholiques. En effet, les protestants adopteront le canon de la Bible hébraïque pour ce qui concerne l'Ancien Testament.
séleucides
● ± -200 Révolte des Maccabées
En Judée, certains s'inquiètent de l'hellénisation intensive des traditions juives. Une littérature anti-hellénistique fait son apparition. En l'an 200, Yehuda passe sous la domination des Séleucides de Syrie. Contrairement aux Lagides, ils veulent imposer la culture grecque par la force. En -167, Antiochus IV de Syrie interdit la pratique du judaïsme 9 et, suprême outrage, installe une statue de Zeus dans le Temple. Les martyrs sont nombreux. Alors éclate la révolte des Maccabées sous la conduite d'une famille juive – celle de Mattathias, un prêtre d'une lignée sacerdotale – avec ses cinq fils, dont Judas, surnommé "Maccabée". C'est le début de la dynastie des Hasmonéens.
Dans les livres qui n'ont été conservés que par les israélites, cette dynastie est aussi appelée Maccabées. Mattathias meurt un an après le déclenchement de la révolte. Son fils Judas Maccabée, qui n'est pas l'aîné, lui succède. Après plusieurs batailles, il parvient à s'emparer de Jérusalem et rétablit le culte israélite au Temple (en -164). Le premier à régner avec le titre de Grand-prêtre est son successeur Jonathan (-152 à -142). Le nouveau royaume de Judée maintient son indépendance jusqu'en -63.
empire romain
● ± -63
L'implication de Rome dans les affaires de la Judée, avec le général romain Pompée qui y impose le protectorat, commence en -63 lorsque la Syrie devient une province romaine. Les Hasmonéens puis les Hérodiens continuent à régner sur la Judée jusqu'en l'an 6.
● ± -40
À la suite de l'invasion de la Syrie par les Parthes, Hérode est proclamé roi de Judée par le Sénat romain.
● an 0
naissance de Jésus ??
● ± 4
À la mort d’Hérode en 4 av. J.-C., son royaume est divisé en trois tétrarchies entre sa sœur Salomé et ses fils. Des troubles éclatent contre Rome, réprimés par le gouverneur de Syrie. 2000 Israélites sont crucifiés à Jérusalem. Judas, fils du "brigand" Ézéchias qu’Hérode le Grand avait fait exécuter, prend la tête de la révolte armée en Galilée après s’être emparé des armes du palais royal de Sepphoris.
● ± 6 Les Zélotes
Un recensement, ordonné par le gouverneur de Syrie pour la récolte des impots, provoque une révolte durement réprimée. Les rebelles sont crucifiés. Cette révolte est à l'origine du mouvement des zélotes, qui considèrent Dieu comme leur seul chef et maître.
● ± 41
Hérode Agrippa Ier devient roi de Judée qui, elle, redevient un royaume jusqu'à sa mort en 44.
● ± 46
Tiberius Julius Alexander, un Israélite apostat d’Alexandrie, devient procurateur jusqu'en 48. Il fait face à une famine et fait exécuter les chefs du parti zélote (Extrémistes religieux, somme toute ancêtres des Haredim).
De 46 à 70 la Judée est le théâtre de nombreuses émeutes et conflits, au cours desquels les zélotes font aussi appel aux sicaires, espèce de tueurs à gage dont le nom est emprunté au Latin "sicarius" dérivé de "sica" (poignard) pour se débarrasser des Juifs dérangeants.
± 70 Destruction du Second Temple
Le siège de Jérusalem en 70 est l'événement décisif de la première guerre judéo-romaine, la chute de Massada en 73 ou 74 y mettant un terme. Le Temple, puis toute la ville de Jérusalem sont pris et détruits par les Romains suite aux émeutes et conflits dérivant des divergences idéologiques et culturelles entre Israélites, Grecs, zélotes, Samaritains, Romains et autres sicaires.
Après la prise de Jérusalem, Rome fait de la Judée une province impériale proprétorienne. À la suite de la destruction du Temple, il institue le Fiscus judaicus: Les Israélites sont assujettis à un impôt spécial dans tout l'Empire romain et la Judée devient une propriété de Rome. En 72, toutes les terres des Israélites sont affermées et affectées comme domaine particulier de l'empereur. Les paysans qui ne sont pas expulsés peuvent les exploiter sans jouir de leur propriété.
Au cours des campagnes menées par Rome contre l’empire Parthe, la diaspora juive se soulève à Cyrène (actuelle Lybie), en Égypte, à Chypre et en Mésopotamie (actuelles Irak et Syrie). C'est la guerre de Kitos (115-117), réprimée dans le sang par Rome, notamment en Judée.
● 132 La révolte de Bar Kokhba
L’intention probable de l'empereur romain Hadrien de faire de Jérusalem une cité dédiée au dieu Jupiter provoque une révolte en Judée dirigée par Simon dit Bar Kochba ("le fils de l'étoile"), salué comme le Messie (132-135). Celui-ci est tué en décembre 135. Les Israélites sont de nouveau dispersés dans tout l'empire romain. Jérusalem, remise à sac, est remplacée par une colonie romaine de vétérans. Un autel à Jupiter est érigé à l’emplacement du Temple.
Pendant la répression de la révolte juive, les Romains prennent nombre de forteresses, détruisent des centaines de villages, tuent des milliers d'Israélites en plus des victimes des famines et des épidémies. Les légions souffrent de pertes très lourdes et les deux-tiers de la population juive de Judée sont annihilés. Les Israélites sont désormais interdits de séjour, sous peine de mort, dans toute la région de Jérusalem. Ils émigrent en masse dans les villes de la côte et en Galilée, qui devient le centre des études juives.
● 135 La Palestine
La Palestine (en latin : Syria Palæstina) est le nom donné à la province romaine de Judée après l'échec de la Révolte de Bar Kokhba. Le territoire n'est alors pas clairement défini. Le mot "Palestine" parvint aux Romains au travers du latin Palaestina, du grec παλαιστινη (palastinī) et de l'hébreu pĕlesheth, qui désignait le pays des Philistins dont le territoire (plus ou moins l'actuelle bande de Gaza) s’étendait au sud-ouest de Canaan . La Palestine conserve sa capitale Césarée et reste donc absolument distincte de la province de Syrie située plus au Nord (capitale Antioche). Il s'agissait pour Rome d'une mesure punitive envers les Judéens. Le changement de nom de cette province s'accompagne d'une répression sévère (entre autre l'interdiction de la circoncision). Les mesures de Rome étaient destinées à nier le caractère israélite de la région. Jérusalem devient une ville romaine baptisée Ælia Capitolina.
● 193
L' urbanisation reprend pendant le règne des Sévères (193-235), et de nombreux empereurs renouent de bonnes relations avec les Israélites, notamment des scholarques représentant l'élite intellectuelle. L'empereur Septime Sévère (193-211 - Dynastie romaine des Sévères) autorise les Israélites à devenir décurions et à participer aux affaires municipales et l'empereur Caracalla (211-217 - Dynastie romaine des Sévères), qui accorde, en 212, la citoyenneté à tous les résidents de l'Empire romain, Isarélites y compris, entretient une relation privée avec Juda Hanassi, entre autre auteur de la Mishna, compilée vers le début du IIIe siècle. La Palestine devient plus paisible, Israélites et païens renouant des liens solides, et la région prospère. Dans son Histoire romaine rédigée en grec, l'historien et consul Dion Cassius, proche des Sévères, précise: "il y a des Israélites même parmi les Romains, souvent arrêtés dans leur développement, ils se sont néanmoins accrus au point d'obtenir la liberté de vivre selon leurs lois".
Dans la deuxième moitié du IIIe siècle, la Palestine semble souffrir des crises politiques et économiques qui frappent l'empire Romain. En effet, des références talmudiques attestent de la peur des villageois de rester dans leurs champs, de la construction de fortifications et de populations qui se réfugient dans les places fortifiées. L’instabilité dans l’empire - guerres civiles, raids des Germains (germanophones de l'Europe du nord), guerre contre l'empire néo-Perse - entraîne une augmentation extrêmement lourde des impôts. Les sécheresses et les famines se multiplient. De nombreux Israélites quittent la Palestine pour rejoindre les communautés éloignées.
● 285 Dioclétien
Après la crise du IIIe siècle à laquelle il met fin, l'empire entre dans une période de transition radicale avec sa division en diocèses par Dioclétien. Il instaure aussi une tétrarchie de laquelle il administre lui-même les régions situées en Orient.
En 295, la Légion d'Ælia (ex-Jérusalem) est transférée à Aila (Aqaba, actuelle Jordanie) à la suite de l'agitation des tribus arabes. Le Néguev, jusqu'alors rattaché à l'Arabie, dépend désormais de la Palestine.
En 305, Dioclétien abdique.
empire byzantin
● 330 Constantin Ier
Au terme de nombreuses luttes de pouvoir entre les prétendants, dont Constantin sort vainqueur fin 323, l'unité administrative de l'empire est temporairement rétablie.
Constantin peut être considéré comme le fondateur de l'Empire romain chrétien d'Orient, étant celui qui, à la fois, fit du christianisme la religion d'État impériale, et de la cité grecque Byzance une "nouvelle Rome" (Nova Roma), dès lors appelée Constantinople (Constantinou polis, "ville de Constantin", aujourd'hui Istanbul). Constantin Ier contribua aussi à la fondation de la doctrine chrétienne en convoquant le premier concile œcuménique à Ælia Capitolina (ex Jérusalem) en 325.
Après le déclin du judaïsme hellénistique de langue grecque, l'utilisation de ce langage et l'intégration de la culture grecque dans le judaïsme 10 continuent à faire partie intégrante de la vie des communautés juives de l'Empire byzantin et le statut juridique des Israélites resta inchangé tout au long de son histoire 11 : leur position juridique propre et particulière différait à la fois de la communauté chrétienne orthodoxe qui était la religion d'État, des hérétiques, et des païens. La place qu'occupent les Israélites byzantins sur l'échelle de la liberté sociale varie quelque peu avec le temps 12 , selon trois facteurs:
le désir théologique des empereurs de maintenir les Israélites comme témoignage vivant des racines du christianisme et comme contrepoids économique (face à la puissance des patriarches de Constantinople),
leur désir politique de renforcer le contrôle impérial sur la société byzantine,
et la capacité de l'administration centralisée de Constantinople à appliquer sa législation.
Comme dit précédemment, la citoyenneté accordée aux Israélites en 212 par l'empereur Caracalla, leur confère l'égalité juridique avec tous les autres citoyens et constitue le fondement de leur statut juridique dans l'Empire d'Orient après la fondation de Constantinople en 330. En effet jusque là, les Juifs avaient le droit de pratiquer leur foi sous la domination impériale, tant qu'ils payaient le fiscus judaicus. Par exemple, la circoncision, considérée comme une mutilation et passible de la peine de mort si elle est pratiquée sur un enfant non juif et la célébration de l'exil à Babylone, sont légalement autorisés dans les pratiques religieuses juives. La loi byzantine reconnaît les synagogues comme des lieux de culte: elles ne peuvent être arbitrairement molestées, et les tribunaux israélites ont force de loi dans les affaires civiles des israélites. Les Israélites ne peuvent être contraints de violer, ni le Shabbat, ni leurs autres fêtes.
390 Depuis l'an 390, la Palestine, (plus ou moins le territoire de l'actuel État d'Israël) se trouve sous la suzeraineté byzantine. La région est alors divisée en trois provinces:
La Palestine première (Palaestina Prima) a pour chef-lieu Césarée et comprend la Judée, la Samarie, la Pérée et la côte méditerranéenne ;
La Palestine seconde (Palaestina Secunda) a pour chef-lieu Scythopolis et comprend la Galilée, la basse plaine de Jezreel, la vallée du Jourdain à l'est de la Galilée et l'ouest de la Décapole ;
La Palestine troisième (Palaestina Tertia) a pour chef-lieu Pétra et comprend le Néguev, le sud de la Jordanie (détaché de la province d'Arabie), et l'est du Sinaï.
● 404 Code théodosien
Le code théodosien représente un début de limitation des droits des Israélites. En 404, les Israélites sont exclus de certains postes gouvernementaux. En 418, ils sont écartés de la fonction publique, et de toutes fonctions militaires. En 425, ils sont chassés de toutes les fonctions publiques restantes, tant civiles que militaires. Bien qu'elles donnent du pouvoir aux citoyens chrétiens de l'empire aux dépens des Israélites, toutes les lois les concernant reconnaissent implicitement l'existence continue et la légalité de la religion juive.
Ainsi, l'empereur Théodose II constate qu'il doit équilibrer les deux premiers des trois facteurs régissant le traitement des Juifs dans l'empire: la théologie, le pragmatisme politique et le caractère exécutoire.
En 438, Théodose réaffirme l'interdiction faite aux Juifs d'occuper des fonctions publiques car cette proscription avait été mal appliquée.
Outre la question de l'accès aux fonctions publiques, les Israélites sont également inégaux aux chrétiens en ce qui concerne la propriété des esclaves. Des restrictions sur la propriété d'esclaves chrétiens par des Israélites sont mises en place, de peur que ces derniers n'utilisent la conversion des esclaves comme moyen d'augmenter leur nombre. En vertu du code théodosien, la propriété d'esclaves chrétiens par des Israélites n'est donc pas interdite, mais leur achat l'est. Ainsi, celui qui obtient la possession d'un esclave par des moyens comme l'héritage reste son propriétaire.
La troisième restriction importante imposée au Israélites - en plus des limitations imposées à la fonction publique et de la possession d'esclaves - est que la religion juive, bien qu'autorisée à survivre, n'est pas autorisée à prospérer. Du point de vue théologique, la victoire du christianisme peut être affirmée avec succès en maintenant un petit contingent de d'Israélites dans l'empire, mais leur permettre de devenir une minorité trop importante menace le monopole théologique du christianisme orthodoxe dans l'empire.
Une ramification importante de cette politique est l'interdiction de construire de nouvelles synagogues dans l'Empire, bien que la réparation des anciennes soit autorisée. Cette interdiction est difficile à faire respecter, car des preuves archéologiques en Israël indiquent que la construction illégale de synagogues s'est poursuivie tout au long du VIe siècle. La synagogue continue à être respectée comme lieu de culte inviolable jusqu'au règne de Justinien.
● 527 Code civil
Le Code civil de Justinien resserre les réglementations sur la propriété d'esclaves chrétiens par des non-chrétiens. Il abolit l'indemnisation des achats illégaux d'esclaves chrétiens et ajoute une amende de 30 livres d'or pour cette infraction. Les Israélites possédant des esclaves chrétiens à l'époque de Justinien peuvent être punis d'exécution.
● 545
Justinien légifère pour que le droit d'existence de toute synagogue sur un terrain appartenant à une institution ecclésiastique soit annulé. Il est également le premier empereur à ordonner que les synagogues existantes soient converties en églises.
● 553
Justinien exige que la lecture publique du Pentateuque se déroule en langue locale, plutôt qu'en hébreu, et interdit purement et simplement la lecture de la Mishna. De cette manière, Justinien restreint non seulement la liberté religieuse des Israélites, mais il étend également son propre pouvoir afin de renforcer le principe selon lequel, "en théorie, aucun domaine n'échappe au pouvoir législatif de l'Empire." Les restrictions de Justinien sont toutefois à peine appliquées et contribuent, au contraire, à une croissance notable de la culture et de la liturgie israélites. Par exemple, l'interdiction de la lecture de la Mishna incite les érudits israélites à écrire les piyutim, d'importants ouvrages de poésie qui se réfèrent fortement à la Mishna. Comme ceux-ci ne sont pas interdits par le Code civil, ils donnent aux Israélites la possibilité de le contourner.
● 565
Bien que le Code Justinien reste en vigueur dans l'Empire d'Orient (Empire byzantin) jusqu'au IXe siècle, la période qui suit le règne de Justinien est généralement caractérisée par la tolérance des non-chrétiens, en particulier les Israélites.
● 602 Guerre perso-byzantine
Cependant, pendant la Guerre perso-byzantine de 602-628, de nombreux Israélites prennent le parti de l'empire perse et aident, avec succès, les envahisseurs perses sassanides à conquérir toute l'Égypte romaine et la Syrie. En réaction, des mesures anti-israélites sont décrétées dans tout le royaume byzantin et jusqu'en France mérovingienne.
les califats
● 630 conquêtes musulmanes
Au cours du conflit perso-byzantin les deux empires épuisèrent leurs ressources tant humaines que matérielles. Ils se trouvaient ainsi en position de faiblesse face au califat musulman naissant dont les armées envahirent les deux empires quelques années à peine après la fin de la guerre.
Les Arabes conquirent rapidement l’ensemble de l’empire sassanide (perse) et firent perdre à l’Empire romain d’Orient (ou empire byzantin), en 636 la Palestine et la Syrie, en 640/642 l'Égypte et en 698 l'Afrique du Nord. Au cours des siècles qui suivirent, la totalité de l’empire sassanide (perse) et la plus grande partie de l’empire byzantin tombèrent sous leur domination.
Jérusalem est donc conquise par les musulmans. Bien qu’elle demeure une petite cité de province dans l’immense empire d’Orient, la Ville sainte va connaître, sous l’impulsion des califes, un rayonnement intellectuel et religieux sans précédent. Elle devient la troisième "Ville Sainte" de l'Islam. Les Arabes abbassides s'y installent. Ils laissent les chrétiens faire leur pèlerinage.
● 638
Le calife Omar, deuxième successeur de Mahomet, vient en personne, si l’on en croit la tradition musulmane, recevoir leur reddition. "Une pieuse légende", selon l’historien Vincent Lemire qui a dirigé l’édition du livre collectif Jérusalem, histoire 13 d’une ville-monde (éd. Flammarion, 2006), mais une légende indispensable à "la sacralisation de Jérusalem comme troisième ville sainte de l’islam", après La Mecque et Médine.Omar se fait conduire sur l’esplanade du Temple, là où se trouve la "Pierre de la fondation" du monde, le rocher sur lequel, selon la Bible, Abraham (Ibrahim en arabe) était prêt à sacrifier son fils Isaac (Ismaël), le lieu mythique où le roi Salomon avait bâti le fameux Temple abritant l’Arche d’alliance, reconstruit par Hérode avant d’être rasé par les Romains en 70 après J.-C. Abraham, dans le Coran, sert de trait d’union entre la tradition biblique et la nouvelle religion révélée à Mahomet par l’archange Gabriel.
● 644
Omar ne profite pas longtemps de son succès militaire. En 644 – l’an 22 du calendrier musulman – il est assassiné à Médine. L’accession au califat d’Ali, l’époux de Fatima, une autre fille du Prophète, provoque un schisme entre ses partisans, les chiites, et les musulmans orthodoxes, les sunnites. La première fitna (guerre civile), appelée la "Grande discorde", va durer cinq ans.
Surnommé "le César arabe", le premier calife de la dynastie omeyyade installe sa capitale à Damas dont il rêve de faire une nouvelle Rome. Ce souverain cultivé et raffiné préfère pourtant séjourner avec sa cour à Jérusalem. Depuis qu’Hélène, la mère de Constantin, le premier empereur romain d’Orient converti au christianisme, a fait construire dans les années 320 l’église du Saint-Sépulcre (la basilique de l’Anastasis pour les orthodoxes) sur l’emplacement du tombeau de Jésus, les chrétiens dominent la ville, devenue un grand centre de pèlerinage. Ils bénéficient de la tolérance du nouveau calife qui laisse les monothéistes (juifs, zoroastriens, chrétiens), considérés comme faisant partie des peuples du Livre (les dhimmi), pratiquer librement leur culte.
● 685
Le Dôme du Rocher Après deux brefs inter-règnes, Abd al-Malik, un proche parent de Mouawiya, est proclamé calife à Jérusalem en 685. Il va couronner la Ville sainte de ce joyau qu’est le Dôme du Rocher, le plus ancien et le plus spectaculaire monument architectural de l’islam. Pourquoi a-t-il choisi de bâtir ce bâtiment insolite, d’inspiration byzantine? "Ni mosquée, ni mausolée, sa signification échappait le plus souvent aux pèlerins. Elle nous échappe encore aujourd’hui en partie", note Vincent Lemire. En fait, le Dôme du Rocher semble répondre à un double objectif, religieux et politique. De par sa taille imposante et la richesse de sa décoration, il affirme la puissance de la nouvelle religion face au Saint-Sépulcre de la Ville sainte et à l’empire byzantin. Et il déplace le centre de gravité du pouvoir musulman de La Mecque à Jérusalem.
● 692
Achevé en 692, l’édifice, avec son assise octogonale et son déambulatoire intérieur de douze colonnes entourant le sommet du célèbre rocher d’Abraham, est coiffé d’un dôme de 21 mètres de diamètre dont le revêtement d’or illumine les murailles ocre et les ruelles poussiéreuses de la ville. "Son dôme rappelle ceux du Saint-Sépulcre et de Sainte-Sophie à Constantinople" tandis que "son déambulatoire fait penser à la Kaaba de La Mecque", note l'historien Simon Sebag Montefiore. Abraham, Jésus et Mahomet: c’est la synthèse des trois monothéismes dont l’islam se veut l’aboutissement. L’intérieur de l’édifice est recouvert de riches mosaïques mélangeant les styles perse, byzantin et arabe.
La Dynastie des Omeyyades
Sous leur dynastie les califes omeyyades mettent en place une administration centrale dont la langue est l’arabe, la monnaie unique le dinar, et dont les différents bureaux (les diwans) sont chargés de contrôler les affaires religieuses, la politique, l’armée et les finances. Le califat se veut toujours tolérant avec les "Gens du Livre". Mais si Chrétiens, Juifs et Zoroastriens peuvent devenir fonctionnaires de l’empire tout en continuant de pratiquer librement leur culte, ils n’en sont pas moins des sujets de deuxième classe, astreints à un impôt particulier.
● 750 Le Massacreur
Le fondateur de la dynastie des Abbassides (750-969), surnommé le "Massacreur", extermine les Omeyyades dont le seul survivant se réfugiera en Espagne où il créera l’émirat de Cordoue. Ses descendants installent leur capitale à Bagdad, non loin de l’antique Babylone, négligeant ainsi Jérusalem qui n’est plus qu’une petite ville de province réputée pour sa douceur de vivre.
● 800 Charlemagne
Dès la fin du VIIIe siècle, l’Occident chrétien s’inquiète de l’occupation de la Ville sainte par les "Sarrazins", comme on les appelle. En l’an 800, Charlemagne, qui vient d’être sacré empereur, sollicite du calife Haroun al-Rachid, le héros des Mille et Une Nuits, l’autorisation de construire près du Saint-Sépulcre une auberge destinée à accueillir et protéger les pèlerins venus d’Europe. Le maître de Bagdad, qui y voit l’occasion d’affaiblir l’influence de son rival byzantin, ne s’y oppose pas. Cela ne suffira pas à consolider la dynastie abbasside qui voit se succéder à sa tête, entre autres, un prince turc et un eunuque éthiopien. "L’instabilité politique favorisait la concurrence entre les religions", remarque Simon Sebag Montefiore. Des heurts fréquents opposent les chrétiens aux Musulmans et aux Juifs. En 966, ces derniers s’allient aux Arabes pour attaquer le Saint-Sépulcre et brûler le patriarche Jean sur un bûcher.
● 969 le Caligula arabe
Trois ans plus tard, en 969, les Fatimides, des chiites ismaéliens venus d’Afrique du Nord, envahissent l’Egypte puis s’emparent de Jérusalem. Ils installent leur capitale au Caire. La Ville sainte connaît une brève période de tolérance. Mais en l’an 1000, le nouveau calife, al-Hakim, le "Caligula arabe", persécute avec une rare cruauté les chrétiens et les juifs. Il fait raser le Saint-Sépulcre et démolir les synagogues. Douze ans après son assassinat, en 1021, un tremblement de terre achève de dévaster la ville, détruisant la Grande Mosquée. Les deux édifices seront reconstruits, mais l’Empire fatimide continue de se déliter.
Turcs seldjoukides
● 1070
Au Caire, les Turcs seldjoukides délogent les arabes et prennent le pouvoir. Ils défont l’empereur byzantin à la bataille de Mantzikert et ravagent Jérusalem. Puis leurs généraux dépècent l’empire pour s’y tailler des fiefs personnels, précipitant sa désintégration. L’époque glorieuse des premiers califats est révolue. "Les monstruosités d’Hakim, la défaite de l’empereur byzantin, la prise de Jérusalem par les Turcomans [Turkmènes] et le massacre des pèlerins ébranlèrent la chrétienté", résume Simon Sebag Montefiore. Le 27 novembre 1095, à Clermont (Auvergne), le pape français Urbain II appelle tous les chrétiens à délivrer la Terre sainte et le tombeau du Christ. La ville est devenue un enjeu stratégique entre l’Orient et l’Occident.
Royaume franc
● 1095 Les Croisades
Elles débuteront en 1095. Au moment de prendre la Ville sainte, le chevalier Godefroy de Bouillon joue un rôle décisif. A la mi-juillet, les dizaines de milliers de croisés se lancent à l'assaut des remparts. Godefroy repère une faille sur la partie nord de l'enceinte. La défense des Seldjoukides cède aussitôt et les assaillants pénètrent dans la ville. La conquête se finit en bain de sang: au cours des jours suivants, Juifs et Musulmans de la cité sont massacrés par milliers tandis que les Chrétiens d'Orient, qui avaient été expulsés par les Musulmans, reviennent après la victoire des croisés. En juin 1099, les Francs, comme on appelle indistinctement les chevaliers venus d’Europe, font le siège de Jérusalem. Après le rayonnement du califat, une nouvelle ère va s’ouvrir, celle des croisades. Plusieurs royaumes chrétiens latins seront fondés dans la région, dont le Royaume de Jérusalem, ayant pour épicentre Jérusalem et la Judée.
Ayyoubides
● 1170
C'est le tour des Ayyoubides de prendre le pouvoir des mains des Francs (appellation des Européens pendant les croisades), à commencer par l'Égypte en 1170, puis la Syrie avant de conquérir la plus grande partie des États latins d'Orient. Au cours de ce règne, les croisades se succèdent. Frédéric II vient en Orient à la tête de la sixième croisade et obtient la rétrocession de Jérusalem. Une période d’anarchie au sein de l’Empire ayyoubide dont la croisade de 1239 ne parviendra pas à tirer profit. Sachant qu'il tient son pouvoir des Mamelouks, Ayyub les favorise et, avec l'aide d'autres alliances, il reprend Jérusalem aux Francs et la pille.
Mamelouks
● 1250
Les Mamelouks égyptiens prennent le pouvoir en Egypte et contrôlent la Palestine. Durant cette période, la Palestine accueille des réfugiés arabes chassés par l’avancée des Mongols sur l’Irak et la Syrie, et vers la fin du xve siècle, elle accueille les réfugiés juifs chassés d’Espagne par l'inquisition. Bien que nombre d’entre eux s’installent en Afrique du nord et en Galilée, ces juifs de Palestine seront à l’origine du rayonnement intellectuel et religieux de la ville de Safed.
l'empire ottoman
● ± 1300
Naissance de l'empire ottoman
● 1324
Le premier réel contact historique relaté entre une communauté juive et l’Empire ottoman (1300-1922) naissant consiste en la prise de contrôle, par les Ottomans, d’une synagogue à Bursa en 1324. La ville est en effet prise aux Byzantins cette année par le sultan Orhan (1281-1362), qui y installe alors la capitale du nouvel empire. Cette synagogue, surnommée "l’Arbre de Vie", sert aujourd’hui encore de lieu de culte à la petite communauté juive subsistant dans la ville – une grosse centaine de personnes tout au plus.
● 1492
➽ Population israélite estimée Palestine: 5.000 soit 3.21%
Le sultan Bayezid II (1447-1512), réagissant au décret d’Alhambra (31 mars 1492) expulsant les juifs d’Espagne, décidera-t-il le 31 juillet de la même année, d’envoyer la flotte de guerre ottomane afin de sauver et de ramener les juifs expulsés, les invitants à s’installer dans l’Empire. Parmi eux se trouve le rabbin Yitzhak Sarfati, juif allemand aux origines françaises - "Sarfati" signifiant "français" en hébreu - qui deviendra Grand Rabbin d’Edirne au cours de la seconde moitié du XVème siècle. Dans une lettre devenue depuis célèbre, il invite la communauté juive européenne à s’installer en territoire ottoman, affirmant que "La Turquie est une terre où rien ne manque et où, si vous le souhaitiez, tout serait bon pour vous", demandant: "Ne serait-il pas mieux pour vous de vivre sous les musulmans que sous les chrétiens?"
● 1516
➽ Population israélite estimée en Palestine: 7.000 soit 3.43%
Le sultan turc Sélim Ier d'Istanbul dit Soliman Ier le Magnifique conquiert la Palestine qui va devenir durant 4 siècles, jusqu'en 1917, une des provinces arabes de l’Empire ottoman, mais il laisse aux milices mamelouks le pouvoir au niveau local. Les Mamelouks conservent un rôle important dans la province, jusqu'au massacre de leurs chefs par Méhémet Ali en 1811. Intégrée dans l’empire Ottoman, la Palestine du XVIe siècle connaît, contrairement à l’Égypte, un bon développement économique. Les cités et lieux de cultes sont rénovés, y compris la façade extérieure du Dôme du Rocher, toutes les communautés voient leurs populations croître.
Quoi qu'il en soit, Le statut des minorités non-musulmanes de l’Empire Ottoman s’inscrit tout à fait dans la tradition établie dans les premiers siècles de l'Islam. Les "gens du Livre", Juifs et Chrétiens, sont toujours soumis au statut de Dhimmi. Les sultans assurent officiellement la protection de leurs sujets non-musulmans, mais ces derniers restent l’objet de discriminations qui sont maintenues ou remises en vigueur.
Un "firman" (acte du sultan) ottoman de 1602 montre très bien les obligations de l'Etat ottoman envers les dhimmi:
"Attendu qu'en accord avec ce que le Dieu Tout-Puissant, Maître de l'Univers, a ordonné dans son Livre révélé concernant les communautés juives et chrétiennes qui sont des peuples de la dhimma, leur protection, leur sécurité ainsi que le respect de leur vie et de leurs biens sont un devoir collectif et permanent pour l'ensemble des musulmans et une obligation impérative qui incombe à tous les glorieux souverains et chefs de l'Islam".
"Il est donc nécessaire et important que ma haute sollicitude inspirée par la foi veille à ce que, en conformité avec la noble shari'a, tous les membres de ces communautés qui s'acquittent envers moi de l'impôt, en ces jours de mon règne impérial et de mon bienheureux califat, vivent dans la tranquillité d'esprit et vaquent paisiblement à leurs affaires, que personne ne les en empêche ou porte atteinte à leur vie ou à leurs biens, en contravention avec la loi sacrée du Prophète".
Source: Juifs en terre d'islam, B. Lewis. Champs/Flammarion, p. 61.
● 1695
➽ Population israélite estimée en Palestine: 2.000 soit 0.87%
En 1695, le très érudit géographe et philologue hollandais Hadrian Reland effectue une visite d'étude en Palestine. Il en rapporte le constat dans son ouvrage illustré "Palestina ex monumentis veteribus illustrata" publié en 1714 qu'Avi Goldreich résume ainsi: "un pays quasiment dépeuplé où la population, en majorité juive avec une minorité chrétienne, habite les villes de Jérusalem, Akko (Acre), Safed, Jaffa, Tibériade et Gaza, les Musulmans constituant une infime minorité, pour la plupart des bédouins nomades".
Cet ouvrage confirme la période de la Palestine ottomane du XVe/XVIe siècle comme propice aux Juifs et à leur culture, mais déjà à cette époque, comme pour celle causées par les pogromes successifs du XVIIe, les vagues d'immigration qui permirent cet épanouissement étaient dues à leur persécution dans leurs pays respectifs. Ils ne venaient en Palestine que comme ultime recours à leurs malheurs et non par engouement pour une terre qui, 2000 ans plus tôt, vit naître leur communauté. Par chance, il trouvèrent chez les Turcs et Mamelouks musulmans qui régnaient sur la région, un accueil "providentiellement" chaleureux et pérenne.
● 1700
Le début du XVIIIe est quelque peu tumultueux avec plusieurs tentatives de déstabilisation de la part de factions dissidentes du pouvoir et de 1740 à 1775 le nord de la Palestine est dominé par Dahir al-Umar, un chef arabe de la Syrie ottomane qui profite de l'affaiblissement de l'empire ottoman. Il développe l'économie de la région mais sera exécuté en 1775. Certains de ses partisans se rallieront aux Français de Bonaparte pendant sa campagne d'Egypte.
1800
➽ Population israélite estimée en Palestine: 7.000 soit 2.55%
Le général Napoléon Bonaparte mène campagne en Palestine et assiège SaintJean-d'Acre.
● 1831
Première Guerre égypto-ottomane puis révolte de la Palestine contre l'administration égyptienne. 10 ans plus tard, retour des Ottomans et Deuxième Guerre égypto-ottomane .
● 1866
Le Suisse Henri Dunant (1828-1910), fondateur de la Convention de Genève et de la Croix Rouge, constitue "La société nationale universelle pour le renouvellement de l'Orient", et lance un appel suggérant que les colonies juives naissantes en Palestine soient déclarées diplomatiquement neutres, tout comme la Suisse.
● 1881
➽ Population israélite estimée en Palestine: 43.000 soit 8.08%
L' assassinat du tsar Alexandre II marque le début de la première vague d’immigration juive (Première Aliyah). Des Juifs venus de Russie, de Roumanie, et du Yémen viennent s’installer en Palestine. Le baron Edmond de Rothschild se met à acheter de la terre en Palestine et finance le premier établissement "sioniste" à Rishon LeZion (trad: Le Premier à Sion). Éliézer Ben-Yehoudah, le père de l'hébreu moderne, arrive à Jaffa en septembre 1881.
Les émigrants juifs du mouvement les "Amants de Sion" marquent le début de l'Alyah sioniste. Il s'agit d'une une nouvelle immigration: celle de Juifs à la fois laïcs et nationalistes (le terme "sioniste" apparaîtra vers 1880), dont le but est de créer à terme un État pour le peuple juif, sur les terres ancestrales du peuple juif, c'est-à-dire les anciens royaumes de Juda et d'Israël. Différente des émigrations précédentes à caractère religieux et uniquement volontaire, ces Aliah sont politiques ou économiques et constituées majoritairement de réfugiés chassés par des marques d'hostilité antijuives dans leurs pays d'origine. Cela, toutefois, reste un élément de choix puisque certains choisissent de rester envers et contre tout dans les pays d'origine alors que d'autres émigrent, mais pas vers la Palestine.
Les voyageurs occidentaux décrivent la Palestine comme un pays fermé et hostile aux étrangers. Sauf à Acre qui est une "échelle" commerciale, et à Jérusalem, ville de pèlerinage, ils ne peuvent circuler qu'incognito, en habit oriental: les routes sont à peine praticables aux cavaliers tandis que les habitants, qu'ils soient musulmans, druzes ou chrétiens, les soupçonnent d'espionnage ou de sorcellerie et ils s'exposent à être pillés par les Bédouins.
Les juifs Ashkénazes originaires d'Europe centrale et orientale, les Juifs sépharades originaires d'Espagne, d'Afrique du Nord et de Turquie et les Juifs orientaux, originaires du Moyen-Orient, sont de condition modeste et se concentrent dans des quartiers à Jérusalem, Hébron, Safed et Tibériade. Ils ne représentent au total qu'une minorité (hormis dans ces villes). La population arabe vit à 70 % dans des petits villages dans les collines, à proximité des sources et des puits, où, métayers, ils vivent d'une agriculture traditionnelle. Les grands propriétaires terriens vivent dans les villes et, pour certains, à Beyrouth, Damas et Paris. C'est à eux, principalement, que les terres seront achetées, privant ainsi les métayers, à leur insu, de leur outil de travail.
Le sionisme moderne s'inspire fortement des idéologies socialistes et des méthodes collectivistes soviétiques en créant des collectivités semblables aux kolkhozes russes (coopératives agricoles de production qui avait la jouissance de la terre qu'elle occupait et la propriété collective des moyens de production), où tout est mis en commun au service de la communauté. Dans les campagnes, ces collectivités appelées kvoutza (trad: groupe), modernisées ensuite par le kibboutz et le mochav (trad: colonie), coexistant avec un secteur privé.
● 1890
➽ Population israélite estimée en Palestine: 43.000 soit 8.08%
C' est le début de la deuxième vague de la première Aliah (immigration juive) en provenance de Russie et toujours inhérente aux pogromes comptant, en tout, environ 10.000 personnes qui créent de petites colonies agricoles, surtout dans la bande côtière. Certaines deviendront des villes israéliennes au XXe siècle. Les idées de Theodor Herzl, qui entreprit un vain périple pour convaicre les notables des communautés juives de l'aider à fonder un Etat se concrétisent involontairement puisque l'arrivée de ces Juifs pourchassés n'a rien de l'élan idéaliste qu'il essaya d'insuffler. Bien qu'en public, il prétende que l'arrivée des Juifs n'apporterait que des bienfaits matériels, il est conscient du problème que pose la présence de la population arabe en Palestine, mais se garde d'en parler.
● 1903-1914
➽ Population israélite estimée en Palestine: 94.000 soit 13.64%
La seconde Aliah commence après les pogroms de Kichinev et compte environ 35.000 immigrants de l'Empire Russe soit des actuelles Pologne, Ukraine et Biélorussie dont, entre autres fondateurs d'Israël, David Ben Gourion. En parallèle, ces années marquent le déclin de l'empire ottoman. Tel Aviv et le premier kibboutz, Degania, sont fondés en 1909. Plusieurs autres vagues migratoires marqueront l'histoire 14 d'Israël, en particulier la cinquième qui précède la Seconde Guerre Mondiale en 1939 et la sixième qui lui succède ainsi qu'à la Shoah.
● 1915
➽ Population israélite estimée en Palestine: 94.000 soit 13.64%
En pleine guerre mondiale, le Royaume-Uni, la France et la Russie planifient dans le plus grand secret le partage du Proche-Orient et définissent les contours de leurs zones d’influence. Ils pensent que la Palestine est un cas particulier, du fait de l’enjeu symbolique que constituent les lieux saints, et doit bénéficier d’un "statut international". Ces messes basses aboutissent à l'accord Sykes-Picot qui redéfinit la nouvelle carte géopolitique du Moyen-Orient. La Palestine est définie comme zone internationale, comprenant Saint-Jean-d'Acre, Haïfa et Jérusalem.
● 1917
Un an plus tard, Arthur Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères adresse une déclaration écrite au Baron Edmond de Rothschild au Royaume-Uni dans laquelle il promet au peuple juif, mais à certaines conditions, comme le respect des populations déjà présentes dans la région, la création d’un "foyer national juif" sur la terre de Palestine, mais il ne s’agit pas encore d’un État juif.
Lettre qui, finalement, aura bien plus d'influence qu'imaginable sur la suite des évènements puisqu'elle sera incluse, en 1923, dans les attendus du mandat Britanique sur la Palestine que la Société des Nations approuvera deux années plus tard lors de la Conférence de San Remo et qui incitera le Royaume Uni à choisir de soutenir le sionisme plutôt que "l'arabisme" dans la gestion dudit mandat.
mandat britanique 1920
● 1920
A la fin de la Grande Guerre, les puissances alliées mettent en oeuvre les accords Sykes-Picot organisant le partage de l'empire Ottoman, ainsi que la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 en faveur de l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. Lors de la conférence tenue à San Remo du 19 au 26 avril 1920, les puissances conviennent de l'attribution à la France d'un mandat sur la Syrie et d'un mandat à la Grande-Bretagne sur la Mésopotamie et sur la Palestine. Cette décision est reprise aux articles 94 et 95 du traité de paix avec la Turquie signé à Sèvres le 10 août 1920, confirmée par le Conseil de la Société des Nations, le 24 juillet 1922, et entre en vigueur le 29 septembre 1923. Avant même l'entrée en vigueur du mandat, le gouvernement britannique demande la révision du texte pour rendre les dispositions relatives à la constitution d'un foyer pour le peuple juif inapplicables à l'est du Jourdain, c'est-à-dire au territoire qui constitue alors la Transjordanie, puis la Jordanie. Dès le début, les mouvements palestiniens refusent de cautionner la construction d’un "Foyer national juif" et rejettent toute participation aux institutions politiques du mandat britannique, à l’exception de la gestion des affaires religieuses.
● 1923
Lors de l’officialisation du Mandat sur la Palestine, et avec la volonté de respecter les promesses formulées envers Hussein ibn Ali et le mouvement sioniste, les Britanniques scindent la région en deux parties séparées par le Jourdain: la Palestine mandataire à l’Ouest du Jourdain incluant foyer national juif et, à l’Est du Jourdain, "l'émirat hachémite de Transjordanie" dit "la Palestine Est" (Eastern Palestine en anglais). Cette séparation exclut le territoire de Transjordanie des engagements de l'empire britannique en faveur de la création d’un foyer national juif.
● 1928
La commémoration par les juifs sionistes de la destruction du Temple par les Romains se radicalise et est ressentie comme une provocation par la communauté musulmane. De nombreux incidents ont lieu près du mur des Lamentations. Des rumeurs commencent à circuler, au sujet d’un complot juif, dont le but serait de s’emparer de l'esplanade des Mosquées. Elles aboutissent à des émeutes qui prennent des allures de pogrom anti-juif dans les massacres à Hébron puis à Safed où 113 Juifs sont tués et 339 autres blessés. Pourtant, l'émigration reprend, et de nombreux Juifs d’Europe centrale continuent d’arriver en Palestine, apportant des capitaux et achetant de plus en plus de terres arabes.
● 1929
Le gouvernement de Sa Majesté déclare sans équivoque qu’il n’est nullement dans ses intentions de transformer la Palestine en un État juif, mais qu'il est question de voir s’établir finalement un État de Palestine indépendant. Ce projet officiel semble entraîner la fin des espoirs sionistes, et provoque une nette dégradation des relations entre l'Agence juive (créée en 1929 comme exécutif sioniste en Palestine), et le gouvernement britannique. Commence alors, et ce, jusqu'en 1947, une longue série d'attentats, de sabotages ou d'attaques variées contre les forces britanniques mandataires de la part des organisations juives armées Irgoun, Lehi et Haganah. La guerre bat son plein en Europe et, par ailleurs, certains chefs arabes tentent, en vain, au travers de rencontres avec Hitler et ses seconds, de ramener l'Allemagne nazie à leur cause.
● 1930
➽ Population israélite estimée en Palestine: 175.000 soit 19.88%
Publication du second Livre Blanc britannique - recueil des lois qui régissent le mandat - prévoyant de limiter pour la première fois l’immigration des Juifs en Palestine.
● 1933
Adolf Hitler accède au pouvoir en Allemagne; l'accord Ha'avara est mis en place entre la fédération sioniste et le gouvernement allemand du Troisième Reich pour faciliter l'émigration des Juifs allemands. Une entreprise d’immigration illégale de réfugiés juifs est mise en place alors que leur nombre dépasse les quotas imposés par les Britanniques.
De 1936 à 1939, 51 nouvelles localités, créées chacune en une seule nuit, voient le jour selon le programme de l'opération Homa Oumigdal (murailles et tour). En parallèle, la révolte arabe se généralise au cours de laquelle les Britanniques et les Juifs sont visés par de nombreux attentats. En réponse, les Britanniques mènent une dure répression, et, en deux années, réussissent à vaincre et à décapiter le mouvement rebelle national palestinien. Dans la foulée, l'Irgoun entreprend des représailles et commet une série d'attentats à la bombe contre les foules et les bus arabes qui feront 250 victimes.
Seconde Guerre Mondiale 1939
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l'armée transjordanienne connue sous le nom de Légion arabe combat en Irak et en Syrie aux côtés des forces britanniques. En 1946, l'émirat acquiert l'indépendance totale et devient le "royaume hachémite de Transjordanie". Il est admis à l'Organisation des Nations unies en 1955 et rejoint la Ligue arabe.
● 1947
Le bateau Exodus est expulsé des côtes de Palestine vers l’Europe, portant à son bord 4.500 survivants de la Shoah, suscitant un important mouvement de sympathie international. Le 18 février 1947, devant l'augmentation des attentats commis par les organisations armées sionistes, les Britanniques annoncent l'abandon de leur mandat sur la Palestine et il appartient à l'ONU, successeur de la Société des Nations qui attribua ce mandat aux Britanniques, de décider des suites à donner à cette décision.
La résolution 181 adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies, le 29 novembre 1947, recommande le partage de la Palestine entre un État juif et un État arabe. La Palestine, où vivent 1.300.000 Arabes et 600.000 Juifs, est divisée en trois entités qui doivent devenir indépendantes le 1er août 1948. Adoptée par 33 voix (dont les États-Unis et l'URSS), contre 13 et 10 abstentions, la résolution ne sera jamais appliquée.
La violence éclate immédiatement entre les Juifs et les Arabes palestiniens soutenus par des volontaires armés par la Ligue arabe. Les Britanniques décident de partir en se refusant à tout transfert organisé du pouvoir. L'indépendance d'Israël est proclamée le 14 mai 1948 et, le lendemain, les États arabes voisins entrent en guerre.
Guerre de l'Indépendance 1948
En 1948, le royaume de Transjordanie est un acteur important de la guerre israéloarabe de 1948 à l'issue de laquelle il occupe les collines de Samarie et le désert de Judée qu'il annexe et rebaptise Cisjordanie (faisant écho à la Transjordanie), de même, il avance dans Jérusalem et prend le contrôle d'une moitié de la ville (l'Est de la ville). Cette annexion est condamnée par la communauté internationale, sauf par la Grande-Bretagne. Les pays arabes ne concèdent à la Jordanie que l'administration du territoire annexé. La Cisjordanie ainsi que la moitié de Jérusalem sont occupées par la Jordanie jusqu'en 1967, lors de la guerre des Six Jours.
La guerre aura pour conséquence la conquête par Israël de la moitié du territoire assigné par l'ONU à l'État arabe.
● 1949
Pour marquer ses modifications territoriales, le royaume change de nom pour devenir le « royaume hachémite de Jordanie » (sans le préfixe « Trans- ») ou plus communément, la Jordanie. Il accueille également sur son territoire plusieurs centaines de milliers de Palestiniens fuyant la guerre.
En 1951, le roi Abdallah est tué lors d'un attentat palestinien.
Après la crise du canal de Suez, le royaume se rapproche du régime de Nasser. Lors de la guerre des Six Jours en 1967, son armée est vaincue en moins de 72 heures de combats contre les Israéliens, qui s'emparent de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Le royaume accueille 300 000 Palestiniens qui fuient les combats.
Face à la déstabilisation engendrée par les mouvements palestiniens et aux tentatives de putsch contre le pouvoir hachémite, le roi Hussein lance une répression massive contre les activistes palestiniens en septembre 1970 et chasse les groupes armés du pays.
En novembre 1971, le groupe terroriste palestinien Septembre Noir assassine le premier ministre jordanien Wasfi Tall.
La Jordanie ne participera pas activement à la guerre du Kippour de 1973.
Après la guerre des Six Jours, le pays perd beaucoup de son prestige aux yeux des Palestiniens qui développent "un État dans l'État". Ils mènent leur propre lutte contre Israël depuis le territoire jordanien et Israël y répond par des incursions, comme la bataille de Karameh en 1968.
En 1974, Hussein renonce à toute revendication sur la Cisjordanie et reconnait l'OLP comme seul représentant légitime du peuple palestinien, afin de calmer les revendications nationalistes palestiniennes au sein même de la Jordanie.
Cette longue saga tourmentée éveille immanquablement de nombreuses interrogations: Est-ce que la meilleure solution pour les Juifs, après la Shoah, fut la création de l'État d'Israël? La brutalité fasciste (lettre au New-York Times de Hannah Arendt et Albert Einstein) exprimée par les factions combattantes juives envers les Palestiniens au soir de la création de la nation fut-elle la juste manière d'amorcer un voisinage propice à la construction? Est-ce qu'un État fondé sur une mémoire brûlante, des récits en tension et les sables mouvants du mensonge peut un jour connaître la stabilité et la reconnaissance requise pour la paix?